Le Liban en 2014

L’enseignement public, un système moribond qui a montré ses limites

05/01/2015

Un enseignement à deux vitesses. C'est le moins qu'on puisse dire du système éducatif libanais en 2014, vu le fossé qui se creuse irrémédiablement entre les secteurs privé et public. Alors que l'enseignement privé s'envole vers les sommets et forme des élites qui brillent au Liban et à l'étranger, l'éducation nationale est à la traîne. Plombée par l'absence de réformes, par un nombre impressionnant de fonctionnaires surnuméraires, dont une masse d'incompétents embauchés au fil des ans selon le sacro-saint principe du clientélisme et du partage des parts, l'école publique est aujourd'hui en péril. En péril, car confrontée depuis la crise syrienne au défi de scolariser les centaines de milliers d'enfants réfugiés sur le territoire libanais, alors qu'elle est empêtrée dans ses sempiternels problèmes.

Ce nouveau défi, c'est dans l'urgence qu'elle tente de le relever, sans méthode, ni étude préalable, poussée par les organismes onusiens qui brandissent les conventions des droits de l'enfant, mais se font tirer l'oreille pour en financer les coûts supplémentaires.
Elle fait donc cohabiter dans les salles de classe élèves syriens et libanais issus de deux cursus scolaires très différents, et devrait admettre les élèves syriens en attente, les après-midi, à partir de janvier 2015.
Sur le plan humain, les choses ne se passent pas trop mal, malgré les grandes disparités d'âge au sein d'une même section et l'excès de violence des petits Syriens, marqués par les scènes de guerre. C'est sur le plan académique que le bât blesse. Et pour cause, les élèves syriens sont issus d'un enseignement exclusivement arabophone alors que le système éducatif libanais est bilingue, francophone ou anglophone, dès l'école primaire.

Confrontés à une majorité d'élèves qui ne comprennent absolument rien aux leçons de langues ou aux matières scientifiques données en langue étrangère, à des classes peu homogènes qui fonctionnent à deux ou trois vitesses, les enseignants optent pour les explications en arabe. Ils manient par la même occasion deux langues à la fois au sein d'une même phrase. Un véritable cafouillis ! Dépassés par l'ampleur de la tâche, tiraillés entre les impératifs du programme et le niveau des élèves, ils montrent déjà des signes d'épuisement. La grande majorité baisse les bras et se contente de constater avec amertume les résultats catastrophiques des élèves et les lacunes qu'ils accumulent au fil des ans. Rien n'y fait, ni même les sessions de formations organisées par les ambassades et les organisations internationales à leur intention. Seule une petite poignée d'enseignants et de directeurs hors normes parviennent à gérer la grande disparité de niveaux dans les classes, chacun à sa manière, en l'absence de classes de soutien ou de cours de rattrapage destinés aux élèves à la traîne.

Qu'ils soient libanais ou étrangers, les élèves sont perdus et arrivent au brevet sans avoir le niveau requis, ni dans les langues étrangères ni dans les matières scientifiques. Même la langue arabe, leur langue maternelle, ils sont loin de la posséder parfaitement, comme ils le devraient.
Résultat, les petits Libanais désertent en masse l'école publique vers le secteur privé, parfois même pour des écoles de moindre niveau. Une décision motivée d'une part par la baisse généralisée du niveau de l'école publique, et d'autre part par le refus d'un nombre important de parents libanais, marqués par le souvenir de la tutelle syrienne, de voir leurs enfants côtoyer des petits Syriens. Cette désertion est certes constatée par le ministère de l'Éducation et par les Nations unies. Mais le silence le plus total règne sur son degré d'importance. Aucun chiffre ne filtrera d'ailleurs.
Les élèves les plus démunis n'ont d'autre choix que de s'accommoder de cette réalité, leurs parents ne pouvant se permettre de payer des scolarités. Ils restent aux côtés des petits réfugiés principalement syriens et des enfants de travailleurs étrangers établis au Liban. Soit. Mais à quel prix ! Il ne faut pas s'étonner que le décrochage scolaire soit en nette augmentation. Là encore, aucun chiffre n'est à même de le démontrer.

Le constat est consternant. L'école publique est aujourd'hui montrée du doigt comme étant l'école des réfugiés syriens, en l'absence d'un plan de redressement ou du moindre débat sur son avenir et celui des milliers d'élèves laissés pour compte d'un système moribond qui a montré ses limites.

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