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Khaldoon, 24 ans, barman à plein temps : « Un travail physique épuisant et une situation très précaire »

Un homme, un métier
14/10/2013

C’est dans une rue calme d’un quartier résidentiel de la capitale que Khaldoon débute sa journée, tous les matins vers 8 heures, en ouvrant le café-bar où il travaille depuis quelques mois. À 24 ans, le jeune homme est un habitué des lieux de détente et de restauration nocturnes qui font partie de son quotidien depuis qu’il a 16 ans. « J’ai débarqué à Beyrouth très jeune pour poursuivre mes études, et le métier de barman s’est vite imposé comme la façon la plus simple de m’assurer un revenu correct qui me permette de vivre », se souvient Khaldoon. Il raconte avoir commencé par faire la plonge dans les restaurants et servir les bières dans les bars puis, progressivement, en regardant les autres travailler, il a appris à identifier les alcools, à faire les cocktails et même à cuisiner.


Khaldoon admet que pour des étudiants qui ont besoin de financer leurs études ou de jeunes gens qui n’ont pas de qualification précise, le métier de barman est attractif pour la rémunération qu’il assure. « Pour un débutant, le salaire de base est généralement de 500 dollars et il peut facilement doubler avec les pourboires, selon le lieu où on travaille », explique le jeune homme. Selon lui, dans les endroits les plus huppés de la capitale, les pourboires sont nettement plus élevés que dans de petits bars, « mais pour un barman, ce n’est pas le critère principal », assure-t-il. « Le contact avec la clientèle est primordial, les gens attendent de nous beaucoup plus que le simple fait de leur servir un verre ; il faut être tout le temps disponible pour les écouter, les conseiller sur leur consommation, leur sourire, les aider s’ils sont soûls, et faire cela avec un public qu’on n’affectionne pas est tout simplement insupportable. » C’est pour cette raison que Khaldoon ne reste jamais très longtemps dans un même endroit, « jamais plus d’un an, sinon je m’ennuie ».


Mais cette « liberté de changement » pour les uns ou « grand turnover » pour les spécialistes de la chose sociale est en réalité révélatrice de conditions de travail très dures qu’impose ce métier. Un temps plein normal est de six jours par semaine et d’au moins neuf heures par jour, « avec la plupart du temps des horaires de nuit qui te décalent complètement du rythme de vie en société ». « En plus, il faut tout le temps être disponible, on peut t’appeler à n’importe quel moment de la journée pour remplacer un collègue ou faire des heures supplémentaires », se plaint Khaldoon qui, pour ces raisons, s’est débarrassé de son téléphone portable. Il explique aussi que la grande majorité des bars n’inscrivent pas leurs employés à la Sécurité sociale et les payent au noir. « La nouvelle tendance aujourd’hui est d’embaucher de plus en plus de travailleurs étrangers, qui sont aussi compétents que les Libanais, mais beaucoup moins payés. »


Khaldoon ne s’imagine pas faire ce métier toute sa vie et rêve de reprendre ses études de théâtre. « Mais, pour arrêter, il faut avoir suffisamment économisé, chose que j’ai du mal à faire avec les 900 à 1 000 dollars que je gagne et qui me permettent juste de payer mon loyer, de faire les courses et de sortir de temps en temps. » Partir à l’étranger est également une option que le jeune homme envisage sérieusement, « car ici il n’y a aucun moyen d’évoluer et je n’ai pas envie de me rendre compte dans une dizaine d’années que j’en suis toujours à servir des verres derrière un bar à deux heures du matin ».

 

 

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