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Sara, 60 ans, professeur de langue arabe dans une école privée : « Le problème du salaire met en péril la profession »

Une femme, un métier
23/09/2013

C’est sa 38e rentrée scolaire en tant que professeur d’arabe dans une école privée de Beyrouth et toujours le même plaisir de retrouver ses élèves. Après avoir enseigné pendant 20 ans dans le primaire, puis quelques années au collège, Sara a aujourd’hui trois classes de première et terminale et est devenue coordinatrice de langue arabe pour toute l’école.


Avec ses 38 ans d’ancienneté, Sara a un salaire de 3,4 millions de livres, plus des indemnités de fonction pour le poste de coordinatrice équivalentes au salaire minimum. Dans son établissement, les professeurs reçoivent un 13e et un 14e mois et des primes, mais elle convient qu’ils sont particulièrement choyés et que c’est loin d’être le cas de toutes les écoles. Sara se souvient que son salaire de jeune professeur dans les années 1970 et 80 – environ 500 livres à l’époque – lui permettait d’avoir un pouvoir d’achat très convenable. « Mon mari, qui enseignait à l’université, touchait 1 000 livres et avec les deux salaires nous avons réussi à acheter une maison, une voiture et élever nos trois enfants, mais ça c’était une autre époque. » Aujourd’hui, un jeune qui débute dans la profession touche en moyenne 800 000 livres, soit quasiment l’équivalent du salaire minimum, et, selon la grille des salaires, les salaires augmentent d’un échelon tous les deux ans.

 

Sara a rejoint il y a quelques mois les marches de protestation du Comité de coordination syndicale (CCS) pour réclamer la révision de cette grille des salaires à laquelle sont indexés tous les professeurs, du public et du privé. « Même s’il est vrai que le métier de professeur a des avantages comme les vacances en même temps que ses enfants ou leur scolarisation gratuite, le salaire est trop décalé par rapport à la réalité de la cherté de vie et aux efforts fournis. » Pour elle, ce problème de salaire met sérieusement en péril la profession et la qualité de l’enseignement.


Comment survivent alors les professeurs ? Selon Sara, il faut que l’un des conjoints ait des revenus nettement plus élevés pour pouvoir assurer à la famille un niveau de vie correct, ou sinon, comme le font la grande majorité des professeurs, avoir recours aux cours particuliers. Au cours de ses longues années d’enseignement, Sara a vu cette pratique se répandre à une vitesse parfois inquiétante. Les parents sont très angoissés par la réussite scolaire de leurs enfants et font de plus en plus appel aux services des professeurs après les cours. De son côté, Sara convient que les professeurs, dans le besoin financièrement, profitent largement de cette demande et peuvent pratiquer des tarifs exorbitants pouvant dépasser les 100 dollars de l’heure.


Sara a aujourd’hui largement dépassé les 30 ans d’ancienneté requis pour partir à la retraite, mais elle ne compte pas encore s’arrêter là. « J’aime trop le contact avec les élèves, et puis qu’est-ce que je m’ennuierai chez moi ! »

 

 

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