Crise

Eurobonds : le gouvernement annoncera une décision samedi, mais laquelle ?

Selon une source diplomatique occidentale, le Hezbollah serait plus nuancé dans son refus d’une intervention du Fonds monétaire international.


Le Premier ministre, Hassane Diab, réuni avec une délégation du FMI le 19 février 2020, au Grand Sérail. Photo Dalati et Nohra

À mesure que se rapproche l’échéance du 9 mars sur le remboursement d’une série d’eurobonds, l’inquiétude des Libanais, mais également de la communauté internationale, surtout des amis du Liban, augmente : que va décider le gouvernement Diab ? Le cabinet va annoncer sa décision samedi concernant le remboursement, ou non, de 1,2 milliard d’eurobonds– des bons du Trésor émis en dollars – arrivant à échéance lundi prochain, selon une source proche du gouvernement. « Pour le moment, nous tenons des réunions intensives avec les experts et les ministres », indique cette source à L’Orient-Le Jour. Sans vouloir préciser quelle sera la décision finale, alors que plusieurs milieux politiques laissent entendre que la décision des autorités de restructurer la dette est déjà prise, la source proche du gouvernement indique que « plusieurs options sont sur la table ». Un ancien ministre fait, pour sa part, état de divisions au sein du gouvernement, qui ont empêché jusqu’à présent d’aboutir à une position unifiée.

De son côté, une source diplomatique occidentale indique que la décision du gouvernement n’est pas encore prise et que le Premier ministre Hassane Diab n’a donné aucune indication, non pas parce qu’il cherche à cacher sa décision, mais parce que la question ne fait pas encore consensus au sein de son équipe et de ses parrains. « Nous sommes très inquiets », reconnaît cette source, selon laquelle le pire scénario serait que le gouvernement retarde la décision.

Lundi, M. Diab avait évoqué lors d’un discours devant les membres du corps consulaire qu’une décision « critique », qui « constituera un tournant majeur pour l’avenir du Liban », était en cours d’étude au sein du gouvernement et indiqué qu’il fallait s’attendre à des « décisions douloureuses ». « En toute franchise, compte tenu de la situation dans laquelle il se trouve, l’État n’est plus en mesure de protéger les Libanais et de leur assurer une vie décente », avait également reconnu le Premier ministre, un aveu d’impuissance qui avait provoqué une flambée de colère dans la rue.


(Lire aussi : Le ministre des Finances dément avoir proposé un nouveau swap aux banques)



Refus catégorique de Berry

Pris entre l’enclume de la Banque centrale et des banques, et le marteau du Hezbollah, le chef du gouvernement aurait dans un premier temps penché pour le remboursement des eurobonds, avant de recevoir un message du parti chiite l’avertissant clairement qu’il était opposé à cette mesure, indiquent des sources concordantes. Actuellement, Hassane Diab serait plutôt en faveur d’une restructuration de la dette, ajoutent ces sources. Hier, le président du Parlement, Nabih Berry, dont le conseiller Ghazi Wazni est l’actuel ministre des Finances, a exprimé son opposition catégorique au remboursement des eurobonds. « La majorité du peuple libanais ainsi que le Parlement refusent catégoriquement de payer » les eurobonds, a affirmé M. Berry lors de sa réunion hebdomadaire avec les députés, selon des propos relayés par le député Ali Bazzi (Amal). Il a fait assumer aux banques la responsabilité de la crise financière actuelle. « Nous sommes en faveur de toute décision que prendra le gouvernement, sauf celle qui consisterait à payer », a-t-il ajouté.

Mais qu’il décide de faire défaut ou pas, le gouvernement devra impérativement présenter un programme économique crédible pour montrer qu’il est engagé dans des réformes et rassurer la communauté internationale. Or c’est là que le bât blesse : sans l’implication du Fonds monétaire international, il semble désormais très difficile de redresser la situation économique et financière, et le Hezbollah pour le moment y est opposé.


(Lire aussi : Le taux de change parallèle a dépassé la barre des 2 600 livres pour un dollar)



La position du Hezbollah « évolue »

Le gouvernement s’est borné jusqu’à présent à demander une assistance technique au FMI, dont une mission d’urgence a été dépêchée le mois dernier à Beyrouth, mais s’est bien gardé de demander une assistance financière à cette institution. Le Hezbollah a dit clairement la semaine dernière, par la voix de son numéro deux, cheikh Naïm Kassem, qu’il refusait l’intervention du FMI. Mardi, Hassan Fadlallah, député du parti pro-iranien, a toutefois tenu des propos plus nuancés. « Nous sommes opposés aux mesures que propose généralement le FMI dans le cadre de ses plans de sauvetage (...) . Qui peut assumer la responsabilité de hausser les impôts, de vendre les biens de l’État au secteur privé, de tout privatiser et de renvoyer une grande partie des fonctionnaires ? » a déclaré le député à l’agence Reuters. « Notre position n’est pas dirigée contre le FMI en tant qu’institution financière internationale, mais contre les conditions qui seraient imposées au Liban car elles déclencheraient une révolution populaire », a-t-il ajouté.

Hier, cheikh Kassem a estimé que le Liban n’était pas « obligé de se soumettre à l’intimidation et aux pressions des Fonds internationaux et des grandes puissances », appelant le gouvernement à mettre sur pied « un plan de réformes économiques et financières exhaustif qui traite notamment en toute objectivité de la question des eurobonds ». Selon la source diplomatique occidentale, la position du Hezbollah, qui était au départ totalement hostile à l’intervention du FMI, « a évolué ». « Ils ont compris que le Liban a besoin d’une aide extérieure et il qu’il faut a minima un soutien du FMI pour obtenir une aide de l’étranger », explique cette source. Elle souligne qu’il faut éviter « un débat binaire », pour ou contre le FMI, et explique que cette institution ne peut pas imposer des mesures et qu’elle n’est pas à la solde des États-Unis comme le craint le Hezbollah.


(Lire aussi : Khalil : Les banques appelées à racheter leurs eurobonds cédés aux fonds étrangers)




« Pas de chèque en blanc »

Seul un plan de réformes crédibles du gouvernement pourrait toutefois permettre au Liban d’obtenir des aides, de la part de l’Union européenne notamment. Comme l’explique la source diplomatique occidentale, « on ne veut pas que le pays coule, mais nous ne donnons pas non plus de chèque en blanc ». Une position européenne qui se démarque de l’attitude plus intransigeante des États-Unis qui ont une « lecture iranienne » de la région et regardent le Liban à travers le prisme du Hezbollah qu’ils sont déterminés à affaiblir coûte que coûte. Si les Européens se montrent déterminés à donner une chance au gouvernement Diab, les États-Unis misent sur son incapacité à sortir de la crise, selon la même source.

Quant aux pays du Golfe, ils n’ont pour le moment pas de volonté d’aider le Liban, selon une source diplomatique arabe. L’Arabie saoudite, qui considère que le pays est dans le giron iranien, l’a bien montré en refusant d’assister à la réunion des principaux soutiens internationaux du Liban à Paris, en décembre dernier, alors que les États-Unis ne sont venus qu’en raison de l’insistance de la France. Même s’ils avaient la volonté d’aider le Liban, les pays du Golfe attendraient un feu vert américain, ajoute cette même source.


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commentaires (15)

MR Diab a les mains liées c'est le Hezbollah qui dirige tout ,pauvre Liban

Eleni Caridopoulou

17 h 24, le 05 mars 2020

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Commentaires (15)

  • MR Diab a les mains liées c'est le Hezbollah qui dirige tout ,pauvre Liban

    Eleni Caridopoulou

    17 h 24, le 05 mars 2020

  • Il est clair que le Hezb veut entrainer tout le pays dans sa tourmente en le prenant sans aucun scrupule en Otage.. C est mal connaitre l’effet Boomerang de cette decision. C est une revolution générale qui va s’en suivre.

    Cadige William

    14 h 43, le 05 mars 2020

  • Donc on emprunte, et on ne rembourse pas. C’est ça la proposition de Mr Berri et du Hezb? Et qui donc va nous faire confiance à l’avenir pour nous prêter ce dont nous avons absolument besoin pour vivre? Et de toute façon, est-ce bien éthique tout ça? Mettons nous un instant à la place de ceux qui nous ont prêté cet argent. Et ne prenons pas l’excuse que les taux d’intérêts étaient trop élevés, plus bas personne ne nous aurait rien prêté du tout. Le courage n’est pas de ne pas remplir nos obligations , mais d’arracher la racine du mal, la corruption endémique. Essayez comme personne physique d’aller dire à votre banquier que vous ne remboursez pas votre prêt!!!!

    Bashir Karim

    14 h 41, le 05 mars 2020

  • Que Larijani enovoie des fonds, j' entends par les canaux officiels, puisqu' il a genereusement annoncé qu' il offre sont aide au Liban... hahahahahaha...

    LeRougeEtLeNoir

    13 h 09, le 05 mars 2020

  • Si on venait à prendre les corrompus fossoyeurs de l'état et que par bonheur on arrivait à rapatrier les fonds volés, le HEZB libanais de la résistance sera le dernier partie à être inquiété. Non pas qu'il ne compte pas de corrompus, j'en ai pas la moindre idée, mais parce que son argent il ne l'expatrie dans aucune banque a l'étranger . Il n'en fait qu'un usage interne . Donc on peut aboyer autant qu'on voudra contre cette résistance ils seront les derniers que la bave pourra atteindre .

    FRIK-A-FRAK

    12 h 52, le 05 mars 2020

  • Wilayet El FAKIR ( le pauvre), tant voulu par le Hezb et ses allies de convenance...

    Jack Gardner

    12 h 30, le 05 mars 2020

  • LA DESTRUCTION ECONOMICO-POLITIQUE DU PAYS PAR L,AXE HEZBO-AMALO-CPL !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    11 h 23, le 05 mars 2020

  • L'ETAT FORT ET NOUVEAU dans toute sa splendeur, promis par un "phare" il y a environ 2 ans ! On est éblouis...si ce n'est aveuglés... Irène Saïd

    Irene Said

    10 h 52, le 05 mars 2020

  • En s'opposant a l'aide du FMI le parti du diable va précipiter le Liban en enfer

    Tabet Ibrahim

    10 h 24, le 05 mars 2020

  • Le Gouvernement annoncera la seule decision qu'il peut annoncer. 1) y'a plus de sous pour vous payer 2) vous faites un gros re-echelonement 3)...ou alors vous vous entenderez avec nos enfants.

    Lebinlon

    10 h 11, le 05 mars 2020

  • hezbollah ne veut pas des conditions severes qu'imposerait le FMI ? SOIT. sachant que le Liban a besoin de "Fresh $ " par milliards , qu'il prenne la seule initiative salvatrice- la seule- a convaincre aoun&berry de ramasser manu militari les qqs dizaineS/centaines de VOLEURS du peuple,saisir Tous leurs biens,interdire de voyage leurs familles&proches les mettre devant 1 choix ki je vs assure leur sera TRES facile a prendre: Roumieh ou rembourser la majeure partie de leur butin. deputes, ministres,directeurs generaux,entrepreneurs,cartels du petrole&du gaz , menacer pareil a leurs familles.. mais oui, une MBS en plus mechant .... pragmatisme oblige:en seront exclus les qqs GRANDS ( se comptent sur les doigts d'1 seule main)

    gaby sioufi

    10 h 07, le 05 mars 2020

  • "... Eurobonds : le gouvernement annoncera une décision samedi ..." Vu le reste de l’article, pourquoi ne pas écrire directement "le hezbollah annoncera..." ou "amal annoncera..."?

    Gros Gnon

    04 h 34, le 05 mars 2020

  • "... Nous sommes en faveur de toute décision que prendra le gouvernement, sauf celle qui consisterait à payer ..." Ça dénote une ignorance totale des conséquences pour l’économique du Liban. Les dernières institutions encore à même de plus ou moins supporter le fardeau financier du pays seront en faillite imminente. Nous n’aurons plus que le choix entre se soumettre au FMI (fonds monétaire international), ou au FMI (fonds monétaire Iranien)...

    Gros Gnon

    02 h 28, le 05 mars 2020

  • Il semblerait, et j’espère avoir tort , que de sinistres marchandages se font en coulisse, au détriment d’un Etat totalement impuissant...

    LeRougeEtLeNoir

    00 h 17, le 05 mars 2020

  • Va-t-on être pendu par les pieds ou bien par le cou? Telle est la question . Va-t-on faire défaut samedi ou dans deux mois. ??

    LeRougeEtLeNoir

    00 h 15, le 05 mars 2020