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Dans le centre-ville de Beyrouth, les manifestants opposent leur détermination à un pouvoir bunkérisé

Liban

Selon la Croix-Rouge, 373 personnes ont été blessées dans la répression des manifestants qui tentaient d'empêcher les députés de parvenir au parlement pour voter la confiance au gouvernement Diab.

11/02/2020

Le centre-ville de Beyrouth s’est transformé en véritable scène de bataille mardi matin, entre des milliers de manifestants qui ont tenté d’empêcher les députés de parvenir au parlement pour voter la confiance au gouvernement de Hassane Diab, et les forces de sécurité qui ont eu recours à une pluie de gaz lacrymogènes, aux canons à eau, aux balles en caoutchouc et aux matraques pour les disperser, selon les journalistes de L’OLJ sur place. Malgré la détermination des manifestants, un nombre suffisant de députés a pu parvenir au Parlement pour assurer le quorum et que soit ouverte la séance parlementaire (mise à jour : le cabinet a obtenu la confiance à 19h). Mais cette séance parlementaire restera dans les annales, car plus de 370 personnes ont été blessées en tentant de s’opposer à l’arrivée des représentants du peuple à l’hémicycle, transformé en forteresse retranchée.

Les protestataires s’étaient regroupés dès sept heures du matin en plusieurs points du centre-ville pour tenter de bloquer les accès du Parlement : près du bâtiment du Nahar, près de la base navale, du côté de Riad el-Solh ou encore du côté de Zokak el-Blatt, à proximité du Grand Sérail. Et dès le matin, les forces de sécurité n’ont pas lésiné sur les tirs de grenades lacrymogènes et les canons à eau, pour dégager les manifestants, également bousculés voire matraqués.


(Retrouvez, ici, le déroulé en continu de la matinée, dans le centre-ville de Beyrouth)


Désormais habitués aux méthodes répressives des forces de l'ordre, certains manifestants étaient venus équipés de casques et de masques à gaz, tandis que d'autres avaient le visage couvert de foulards. D'autres étaient venus avec des oignons, pour tenter de contrer l'effet des gaz. Dans le centre-ville, se trouvaient des manifestants venus de Beyrouth, mais aussi de la Békaa ou encore de Tripoli. Ces derniers avaient commencé à affluer dès lundi soir dans le centre-ville, où ils ont campé malgré le froid pour être sur le pied de guerre dès ce matin. Des militants de la capitale avaient annoncé sur les réseaux sociaux être disposés à les héberger pendant la nuit, alors que des églises et des mosquées du centre-ville leur avaient ouvert leurs portes. Un groupe de quelque 300 manifestants du Liban-sud a pour sa part quitté Saïda à bord de dix bus tôt le matin pour se joindre aux protestataires.

Les points de tension, à travers le centre-ville sont nombreux : sur la route côtière, face à la base navale, un grand nombre de manifestants en colère, criant "pas de confiance", ont été bousculés sans ménagement par l’armée. D'autres protestataires se sont regroupés vers Zokak el-Blatt ainsi que sur le Ring, et dans le quartier de Kantari, où l'armée et les forces de sécurité sont déployées en force.


AFP / IBRAHIM AMRO


"Nous sommes là depuis 1 heure du matin. C'est important de montrer qu'on est mobilisé, qu'on n'a pas confiance", affirmait un jeune homme venu de Tripoli avec ses camarades. "Nous n'avons qu'une demande simple, un gouvernement de technocrates et d'indépendants, mais elle n'a pas été réalisée", disait pour sa part Tamara Rasamny, une manifestante. "Mais ce n'est pas surprenant car comment demander à ceux qu'on veut faire chuter de former un nouveau gouvernement ? Ce n'est pas logique!".

Souheir est venue en brandissant une énorme pancarte sur laquelle elle a inscrit "pas de confiance". "Ce gouvernement n'est qu'un clone du précédent, avec de nouveaux noms. Nous venons faire entendre notre voix, dire que nous ne voulons pas un tel gouvernement".


(Repère : Les principaux points de la déclaration ministérielle)


Sur le tunnel menant de Hamra vers le Ring, de jeunes manifestants ont bloqué la route dans les deux sens. "On ne veut pas donner la confiance au gouvernement, on va faire le maximum pour les empêcher d'accéder au parlement. On veut juste faire entendre notre voix, nous n'avons pas de travail, pas de maison et eux ont mis leur argent en Suisse", disait l'un de ces jeunes venus de Beyrouth, Hamza. C'est d'ailleurs grâce à sa pancarte, où était écrit "la décision nous revient" avec le hashtag "pas de confiance", qu'une manifestante, Rana Fakhoury, a évité d'être touchée directement par une grenade qui s'est fichée dans son message.


"Ils protègent les voyous"

A Zokak el-Blatt, des échauffourées ont opposé les manifestants aux forces de l’ordre au passage du véhicule transportant le ministre de l'Environnement et du Développement administratif, Damien Kattar, en route pour le Parlement. Le 4x4, visé par des jets d’œufs, a réussi à s'infiltrer dans le périmètre du Parlement, où les forces de l'ordre ont escorté le véhicule. Le député Salim Saadé (Parti syrien national social) a eu moins de chance : il a été blessé à la tête et hospitalisé, après que des contestataires aient attaqué sa voiture à coups de pierres et lui aient lancé des œufs, au niveau de l’hôtel Phoenicia. Quelques heures plus tard, le député s'est tout de même rendu au parlement, où il a pris la parole, s'excusant avec humour pour son retard avant d'être applaudi par ses collègues.

C'est surtout du côté de Zokak el-Blatt que la plupart des députés semblent être entrés au parlement, malgré les centaines de manifestants mobilisés dans le secteur. Pour ce faire, ils ont profité du chaos créé par l’irruption de partisans du mouvement Amal, qui ont commencé à lancer des pierres depuis les toits de ce quartier sur les protestataires. L’armée a alors fait usage de gaz lacrymogènes, et plusieurs députés se sont faufilés vers le parlement. "Les voyous d'Amal nous attaquent et l'armée nous a abandonnés", criait un manifestant en colère. "Nabih Berry est un voleur!" répétaient les manifestants, un slogan qui suscite depuis le début de la contestation la colère des partisans du mouvement de M. Berry, chef du parlement et du mouvement Amal.

Et pour compléter ce tableau surréaliste, des dizaines de motards de Khandak al-Ghamiq, quartier où sont nombreux les partisans d'Amal et du Hezbollah, ont escorté la voiture noire d'un député et se sont dirigés vers le Parlement par ce même accès. L'armée leur a ouvert la voie, puis leur a permis de ressortir, les motards faisant un doigt d’honneur aux manifestants qui ont laissé éclater leur colère. Des femmes ont interpelé les forces de l'ordre, leur lançant : "Vous n'avez pas honte? Vous êtes en train de protéger les voyous!"

Partout ailleurs, devant l'immeuble d'an-Nahar ou à Riad el-Solh, les forces de sécurité ont fait un usage intensif des gaz lacrymogènes, recouvrant ces zones d’une épaisse fumée sans parvenir à disperser les protestataires.Malgré la détermination des manifestants, le quorum a été atteint vers 11h45, heure à laquelle la séance s'est ouverte.


Devant l'immeuble du Nahar. AFP / JOSEPH EID


"Pas de confiance au gouvernement ! Pas de confiance au président de la République ! Pas de confiance au chef du gouvernement! Kellon yaani kellon!" criait un manifestant à l'aide d'un haut-parleur pour galvaniser les protestataires devant l’immeuble du Nahar. "Le peuple libanais s'adresse à la communauté internationale. Nous refusons d'accorder la confiance à ce gouvernement", a-t-il ajouté, alors que les manifestants entonnaient l'hymne national au milieu des applaudissements.

Non loin de là, des protestataires en colère ont mis le feu au siège de la BLOM Bank dont s’élevait une épaisse fumée noire, alors qu’un tintamarre emplissait l'air dans le secteur de Riad el-Solh, les protestataires tapant sur des casseroles ou sur les palissades en métal.


A l'intérieur d'une agence de la BLOM Bank. REUTERS//Mohamed Azakir


En début d'après-midi et alors que les discours des députés réunis dans un parlement bunkérisé et déconnecté de la rue s'éternisaient, les forces de l'ordre ont délogé à coups de grenades lacrymogènes les manifestants massés à proximité de la mosquée al-Amine ainsi que ceux qui se trouvaient devant la bâtiment du Nahar, les repoussant vers Saïfi.

Selon un bilan de la Croix-Rouge en fin d'après-midi, 373 personnes ont été blessées, dont 45 ont été évacuées vers des hôpitaux de la région, tandis que les autres étant traitées sur place. Les journalistes ont eu droit à leur lot de violence, notamment le photographe Jad Ghorayeb, blessé à la bouche par une balle en caoutchouc, selon le centre Skeyes. Des journalistes d'OTV, chaîne du CPL de Gebran Bassil, figure conspuée par la contestation, ont également été agressés par des manifestants.



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Wlek Sanferlou

Yallah, contentons nous dun gouvernement conçu et formé par des illusionniste de kermesse. Les iraniens envoie un satellite wui ne tient pas son orbite et appelle ceci une réussite! De même il nous planque un cabinet de fortune où la ministre de la defense l'est devenu à cause des bonnes relations de son mari avec le président fortissimo, et ils l'appellent exploit!!

Waynak ya petit robert et ya fihras al lougha el aarabia!! On n'y comprend plus rien.

Yallah, on envie les tortues qui elle au moins avancent lentement alors que nous, précipitamment on s'enfonce vers l'enfer!

VIRAGE CONTRÔLÉ

La confiance est votée et les manipulés discrédités.

Si les résistants du hezb voulaient vraiment les réduire au silence ça serait déjà fait.

Cette résistance agit avec bcp d'intelligence et saura nous sortir du trou dans lequel les manipulés l'ont précipité.

La preuve ? Ils contrôlent tout le pays mais n'apparaissent nulle part. Ce qui n'empêche pas les gogols de les sentir bien profond.

Antoine Sabbagha

Pas de confiance dans un pays comme touts les pays arabes ou les gouverneurs n 'ont pas besoin du peuple pour leur donner confiance .Triste .

Aboumatta

La seule solution est de diviser le pays
Taksiim ...
Une partie pour les voleurs
Une partie pour les 2awedim
Et chacun vivra ainsi a la façon dont il voit la démocratie

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TRISTE DEVENIR POUR LE LIBAN.

Ziad Moukarim

Long vie aux révolutionnaires , ils se battent pour nous et pour notre futur, ceux qui attisent la guerre c’est les baltajeyi de Berry & co .
N’accuser pas les révolutionnaires , soit nous aurons un changement digne de nom, soit c’est la mort de notre rêve de voir notre pays évolué , il n’y a plus de place pour un retour en arrière, vive la revolution et Kelon ye3ne kelon.

Irene Said

Mais...ces manifestants indisciplinés et casseurs, c'est eux qui ont obligé le pouvoir à se "bunkériser" !

Ils n'ont toujours pas compris, depuis plus de 100 jours, que même une "révolution" doit se faire avec un minimum de sens civique et...beaucoup d'intelligence et de maîtrise de soi, ainsi qu'un projet bien étudié pour l'avenir de ce pays.
Et ce n'est pas en continuant à casser et détruire qu'ils vont bâtir un nouveau pays !
Irène Saïd

Jean Michael

Ce sont les voyoux du Hezbollah et Amal qui vont nous mener a la guerre civile. La contestation est legitime et DOIT CONTINUER.

Eleni Caridopoulou

Et maintenant ou nous allons , d'après le film de Labaki

Chucri Abboud

MESSIEURS LES RÉVOLUTIONNAIRES , VOUS ÊTES TROP EXCITÉS , ON VOUS SUPPLIE D'ARRÊTER VOS HYSTÉRIES . LE PAYS A BESOIN DE CALME POUR RETOURNER AU TRAVAIL . LA BESOGNE EST IMMENSE . NOUS N'AVONS PLUS BESOIN DE VOUS .
SI VOUS CONTINUEZ , VOUS ALLEZ NOUS MENER A LA GUERRE CIVILE

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