Liban

Ghosn ne sera plus interdit de quitter le Liban en l'absence de demande d'extradition d'ici à 40 jours, dit Serhane

Carole Ghosn sera entendue si Interpol émet une notice rouge, affirme Serhane.

L'ambassadeur du Japon à Beyrouth, Takeshi Okubo, reçu le 10 janvier 2020 par le ministre libanais sortant de la Justice, Albert Serhane. Photo Ani

Le ministre libanais sortant de la Justice, Albert Serhane, a affirmé vendredi que l'interdiction faite au magnat de l'automobile déchu Carlos Ghosn, accusé de malversations financières, de quitter le Liban, suite à une demande d'arrestation d'Interpol, tombera si le Japon n'envoie pas de demande d'extradition d'ici à 40 jours.

"Il était du devoir de la justice libanaise d'enquêter et d'auditionner Carlos Ghosn, comme le commande la procédure après réception d'une notice rouge d'Interpol à son encontre. A l'issue de cette audition conduite jeudi par le procureur général de la République, Ghassan Oueidate, Carlos Ghosn a été interdit de quitter le territoire libanais et son passeport français a été confisqué", a rappelé M. Serhane lors de plusieurs entretiens avec les médias étrangers, selon des propos compilés par l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

"Cette décision est liée à une éventuelle demande d'extradition de Carlos Ghosn envoyée par le gouvernement japonais au Liban. Par conséquent, si les autorités japonaises ne font pas cette demande dans les 40 prochains jours, l'interdiction de quitter le territoire tombe", précise le ministre sortant de la Justice. Le Liban n'a pas d'accord d'extradition avec le Japon.

Détenteur des nationalités française, libanaise et brésilienne, M. Ghosn fait l'objet de quatre inculpations au Japon : deux pour des revenus différés non déclarés aux autorités boursières par Nissan (qui est aussi poursuivi sur ce volet), et deux autres pour abus de confiance aggravé. Interpellé en novembre 2018 à la descente de son jet au Japon, l'homme d'affaires qui fut le chef d'entreprise le mieux payé au monde avait été libéré sous caution en avril 2019, au terme de 130 jours d'incarcération. Assigné à domicile, il avait interdiction de quitter le Japon dans l'attente de son procès, dont la date n'a pas été fixée. Mais fin décembre, l'ancien PDG de Renault-Nissan a fui le Japon pour le Liban via la Turquie au prix d'une exfiltration aux allures de film hollywoodien. Mercredi, Carlos Ghosn a tenu une spectaculaire conférence de presse, lors de laquelle il a déclaré avoir pris la fuite pour laver son nom face à une "campagne" orchestrée à son encontre au Japon et s'est dit prêt à être jugé là où il aurait la garantie de bénéficier d'un procès équitable.

Dans un communiqué publié vendredi, François Zimeray, l'avocat français de Carlos Ghosn, a estimé que le Japon n'avait pas garanti les conditions d'un procès équitable respectant la présomption d'innocence. La veille, à l'issue de son audition, l'ex-magnat de l'automobile avait porté de lourdes accusations à l'encontre du système judiciaire japonais le qualifiant de "rétrograde" et le comparant à la justice de la Corée du Nord, de la Chine ou de la Russie soviétique.



(Lire aussi : Ghosn interdit de quitter le pays : une « mesure technique » pour un jugement au Liban ?)



"Même procédure" pour Carole Ghosn
Par ailleurs, Albert Serhane a déclaré que la même procédure s'appliquerait si Interpol émettait une notice rouge à l'encontre de Carole Ghosn, l'épouse de l'ancien patron automobile. "Dans ce cas, elle sera également convoquée pour être entendue et répondre aux accusations", a affirmé le ministre de la Justice, rappelant que les mesures de précaution pouvant être prises peuvent aller de l'interdiction de quitter le territoire à l'arrestation, en passant par une amende.
L’épouse du magnat de l’automobile est visée par un mandat d’arrêt japonais pour faux témoignage dans l’enquête visant son mari. Elle est soupçonnée de fausses déclarations devant un tribunal de Tokyo en avril 2019, quand elle avait été interrogée sur ses éventuelles rencontres avec une personne en lien avec les accusations visant M. Ghosn.

"L'Etat libanais tient beaucoup à ses bonnes relations avec le Japon", a assuré M. Serhane, qui a reçu dans la journée l'ambassadeur du Japon à Beyrouth, Takeshi Okubo, ajoutant que le dossier Ghosn "n’affectera pas la collaboration entre les deux pays dans le cadre des relations bilatérales".

Par ailleurs, le ministre est revenu sur la plainte déposée contre M. Ghosn par trois avocats libanais pour être entré en Israël, rappelant que les lois libanaises "criminalisent la collaboration avec l'ennemi israélien". L'enquête à ce sujet se poursuit, indique M. Serhane. Alors qu'il était encore président de Renault-Nissan, M. Ghosn s'était rendu en Israël en 2008, dans le cadre d'un partenariat pour le lancement d'une voiture électrique. Après l'avoir interrogé jeudi sur ce sujet, le juge Oueidate avait décidé de le relâcher sous caution d'élection de domicile. Interrogé sur le sujet mercredi lors de sa conférence, M. Ghosn avait affirmé qu'il s'était rendu en Israël en tant que ressortissant français et s'était "excusé" auprès des Libanais.



Lire aussi

La prestation de Carlos Ghosn suscite des avis partagés

Ghosn en Israël : que dit la loi libanaise et que risque l'ancien PDG de Renault-Nissan

Droit pénal japonais : les critiques de Ghosn, les réponses des spécialistes

Ghosn : "Je suis prêt à aider le Liban si on me le demande"

Ce que Ghosn a plaidé et vécu depuis son arrestation au Japon

Les invités du soirl'éditorial de Issa GORAIEB

L'enquête de Nissan "visait à abattre Carlos Ghosn", assurent les avocats de ce dernier

Fuite de Carlos Ghosn : ce que l'on pense savoir



Le ministre libanais sortant de la Justice, Albert Serhane, a affirmé vendredi que l'interdiction faite au magnat de l'automobile déchu Carlos Ghosn, accusé de malversations financières, de quitter le Liban, suite à une demande d'arrestation d'Interpol, tombera si le Japon n'envoie pas de demande d'extradition d'ici à 40 jours.

"Il était du devoir de la justice libanaise...

commentaires (2)

On tremble rien qu’à l’idée d’être privés de sushis par les japonais LOL. Monsieur Ghosn, soyez assuré que la grande majorité du peuple libanais vous soutient contre l’acharnement de la dite justice japonaise ou plutôt l’injustice japonaise

Liberté de Penser

08 h 41, le 11 janvier 2020

Tous les commentaires

Commentaires (2)

  • On tremble rien qu’à l’idée d’être privés de sushis par les japonais LOL. Monsieur Ghosn, soyez assuré que la grande majorité du peuple libanais vous soutient contre l’acharnement de la dite justice japonaise ou plutôt l’injustice japonaise

    Liberté de Penser

    08 h 41, le 11 janvier 2020

  • J'espère que Mr Serhane ne va pas céder au pression des Japonais car j'ai des amis Italiens qui ont été passes des vacances au Japon ils n'ont pas eu une bonne impression de ce pays , ils ne parlent pas l'anglais , ils sont froid et on dirait des automates

    Eleni Caridopoulou

    20 h 45, le 10 janvier 2020