Justice

Ghosn interdit de quitter le pays : une « mesure technique » pour un jugement au Liban ?

L’ancien patron de Renault-Nissan a été entendu hier au Palais de justice de Beyrouth, concernant la notice rouge d’Interpol et un voyage qu’il avait effectué en Israël.

Carlos Ghosn, lors de sa conférence de presse donnée mercredi à Beyrouth. Joseph Eid/AFP

Des dizaines de journalistes, dont de nombreux Japonais, se sont rassemblés hier matin devant le Palais de justice de Beyrouth, dans l’espoir d’apercevoir Carlos Ghosn. Le magnat de l’automobile déchu s’y était rendu pour un interrogatoire de plus de deux heures, après avoir été convoqué par le parquet général au sujet d’une demande d’arrestation d’Interpol, reçue par le Liban la semaine dernière. Mais personne n’a pu apercevoir Carlos Ghosn, ni à son arrivée ni à sa sortie du Palais de justice, l’homme d’affaires ayant emprunté une porte dérobée située à l’arrière du bâtiment.

La justice libanaise a relâché M. Ghosn tout en lui interdisant de quitter le pays. La décision a été prise par le procureur général de la République, Ghassan Oueidate, après une audition par des enquêteurs libanais à l’issue de laquelle M. Ghosn a promis de « coopérer pleinement avec la justice libanaise, avec qui je suis plus à l’aise que je ne l’étais avec la justice japonaise », selon lui.

Son passeport français, avec lequel il est entré au Liban, a été confisqué et les procureurs ont demandé à Tokyo l’envoi de son dossier judiciaire. Une mesure qui pourrait sans doute lui éviter tout risque de renvoi dans l’immédiat vers le Japon. « Je ne suis pas venu au Liban pour repartir », a dit M. Ghosn à la chaîne locale LBCI. « Je leur ai remis le passeport qui ne m’est plus d’aucune utilité. »


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L’ancien patron de Renault-Nissan a également été entendu dans le cadre d’une plainte déposée contre lui par un groupe d’avocats libanais concernant un voyage qu’il a effectué en Israël en 2008. M. Ghosn a été relâché sous caution d’élection de domicile dans le cadre de cette plainte.

Lors d’une discussion avec des médias, dont L’Orient-Le Jour, Carlos Abou Jaoudé, un des avocats de Carlos Ghosn, a assuré que l’interdiction de quitter le territoire émise à l’encontre de son client est une « mesure technique qui va avec la procédure présentée ». « M. Ghosn était dans de très bonnes dispositions ce matin. Il était très content d’être devant des tribunaux qui vont lui permettre de prouver son innocence », a encore dit Me Abou Jaoudé, qui s’exprimait à l’issue de l’audience. « Il est un peu tôt pour interpréter cette interdiction de quitter le territoire, a confié pour sa part Jean Tamalet, un autre avocat de M. Ghosn interrogé par L’Orient-Le Jour. Cette décision comporte plusieurs dimensions. Mon interprétation est qu’il s’agit d’une protection supplémentaire, face au Japon certes, mais pas uniquement. Carlos Ghosn ne peut pas quitter le territoire, donc il ne peut pas être entendu dans un autre pays. Il s’agit peut-être d’un signal envoyé par le Liban pour montrer qu’il dispose d’un État de droit », a ajouté Me Tamalet.



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Concernant la notice rouge émise par Interpol – un avis de recherche international – M. Tamalet explique qu’il s’agit d’une « formalité administrative ». « Ça ne signifie pas que toutes les polices du monde s’attendent à devoir appréhender M. Ghosn », a-t-il souligné.

Une source judiciaire consultée par l’AFP a indiqué pour sa part que Carlos Ghosn « restera interdit de voyage jusqu’à réception de son dossier judiciaire du Japon ». « En fonction du contenu du dossier, s’il est avéré que les crimes dont il est accusé au Japon imposent des poursuites judiciaires au Liban, il sera jugé. Si aucune poursuite judiciaire ne s’impose en vertu de la législation libanaise, il sera alors libre », a ajouté la source.

M. Ghosn, détenteur des nationalités française, libanaise et brésilienne, fait l’objet de quatre inculpations au Japon : deux pour des revenus différés non déclarés aux autorités boursières par Nissan et deux autres pour abus de confiance aggravé.



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Une guerre économique évidente
« Beaucoup de personnes mal intentionnées, ne connaissant pas ou ne comprenant pas bien le dossier ou le mettant sous l’angle de la contestation sociale en France, regardent avec beaucoup de mépris le fait que M. Ghosn soit venu au Liban. Mais le Liban au moins a eu la clairvoyance de comprendre immédiatement qu’il y a une dimension de guerre économique évidente dans ce dossier, a par ailleurs déclaré Me Tamalet à L’Orient-Le Jour. Ce n’est pas le Japon contre le reste du monde. C’est un petit groupe isolé mais puissant de nationalistes qui ont infiltré différents niveaux du pouvoir japonais et des grandes entreprises et on sait bien quelle est la liste de ces personnes, notamment au sein de Nissan. Ces personnes ont fomenté un complot pour virer littéralement de Nissan les intérêts français, avec le résultat qu’on sait », a poursuivi l’avocat, qui ajoute que « Renault et Nissan sont en mauvaise posture depuis un an ».

Concernant la note d’information visant M. Ghosn par rapport à un voyage en Israël, Me Tamalet a préféré ne pas se prononcer sur la question, tout en estimant toutefois qu’il s’agit d’une « accusation très fragile ».

Alors qu’il était encore président de Renault-Nissan, M. Ghosn s’était rendu en Israël en 2008, dans le cadre d’un partenariat pour le lancement d’une voiture électrique. Interrogé à ce sujet mercredi lors de sa conférence, il s’était « excusé » auprès des Libanais. « J’y suis allé en tant que directeur général de Renault, sur demande de la direction », a-t-il précisé. « J’y suis allé en tant que Français, en raison d’un contrat entre Renault et une compagnie israélienne. »


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Si Carlos Ghosn a présenté ses excuses pour son déplacement en Israël, il ne semble pas pour autant avoir convaincu le collectif d’avocats qui l’a dénoncé. « Le ministre de la Justice, Albert Serhane, dit que la dernière visite de M. Ghosn à l’État hébreu remonte à 2008. Mais il semblerait qu’il se soit rendu à nouveau là-bas après 2008, pour un renouvellement de contrats, en 2012 et 2017. La justice doit enquêter là-dessus », a affirmé à L’OLJ Jad Tohmé, un des avocats ayant présenté une note d’information à ce sujet, aux côtés des avocats Hassan Bazzi et Ali Abbas.

Me Tohmé a par ailleurs tenu à préciser « qu’il n’y a rien de personnel dans cette affaire et personne ne nous a rien demandé à ce sujet ». « Nous sommes tout simplement un groupe d’avocats qui luttons contre la corruption et en faveur des affaires d’intérêt national », s’est-il défendu.

« Nous avons porté plainte contre Carlos Ghosn parce qu’il est entré en Israël, alors que le Liban boycotte ce pays et qu’il y a une interdiction de coopération commerciale avec l’État hébreu. M. Ghosn a commis un crime, même s’il est entré en Israël avec son passeport français », a souligné Me Tohmé.

Interrogé sur le timing de la plainte, il a indiqué que c’est maintenant qu’il a eu connaissance des photos montrant M. Ghosn en Israël en 2008. « Il lui est demandé de donner la date de son dernier déplacement en Israël et de dire s’il y est allé pour signer un contrat. La justice décidera s’il y a prescription ou non », a conclu l’avocat.


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IL EST HONTEUX DE POURSUIVRE GHOSN PDG DE RENAULT/NISSAN POUR DES VISITES D,AFFAIRES FRANCAISES EN ISRAEL. IL N,EST PAS ALLE EN TANT QUE LIBANAIS FAIRE DU TOURISME.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

10 h 03, le 10 janvier 2020

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Commentaires (1)

  • IL EST HONTEUX DE POURSUIVRE GHOSN PDG DE RENAULT/NISSAN POUR DES VISITES D,AFFAIRES FRANCAISES EN ISRAEL. IL N,EST PAS ALLE EN TANT QUE LIBANAIS FAIRE DU TOURISME.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    10 h 03, le 10 janvier 2020