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Liban

Les étudiants, tiraillés entre leurs études et leur volonté de ne pas quitter la rue

Universités

« La crise risque de perdurer », redoute le père Salim Daccache, recteur de l’USJ.

05/11/2019

La reprise des cours, jeudi dernier, à l’Université américaine de Beyrouth, (AUB) a donné le la aux grandes universités privées du pays, alors que la rue libanaise continuait inlassablement d’exprimer sa colère contre la classe politique. Hier, c’était au tour de l’Université Saint-Joseph (USJ) et de la Lebanese American university (LAU) de rouvrir leurs portes. La NDU (Notre Dame University) et la Beirut Arab University restaient fermées, de même que la seule université publique du pays, l’Université libanaise. Mais partout où les universités ont rouvert leurs portes, c’est souvent dans des salles de classe aux trois quarts vides, que les enseignants ont donné leur cours.


La rue Bliss, bloquée par les étudiants
D’une part, les manifestants continuent de couper les routes, limitant ainsi les déplacements en voiture. De l’autre, de nombreux universitaires refusent de quitter les places publiques. Sans oublier que nombre d’étudiants activement engagés dans la révolution multiplient les protestations contre la reprise des cours, dénonçant ce qu’ils considèrent être une normalisation de la situation, alors que les objectifs de la révolution n’ont toujours pas été atteints, à savoir, la formation d’un cabinet ministériel indépendant du pouvoir politique. Ils craignent que les places publiques ne se vident s’ils devaient reprendre le cours normal de leur vie estudiantine. À l’AUB, ils ont donc carrément bloqué la rue Bliss à la circulation. À la LAU, ils se sont assis par terre à l’entrée supérieure du campus. Et à l’USJ, après avoir appelé à bloquer les routes devant le campus de la rue Huvelin, ils ont accordé un délai à l’administration, réclamant l’aménagement de leurs horaires et l’assouplissement des conditions de présence, histoire de leur permettre de poursuivre leur engagement citoyen sur les places publiques.

La question est à présent de savoir comment les étudiants parviendront à relever les deux défis qui s’imposent à eux, tous deux liés à leur avenir ; comment ils envisagent de concilier leur bataille pour un Liban meilleur et leurs études universitaires.


(Lire aussi : Bassil chez Hariri, une petite brèche dans l’immobilisme ambiant)


« En se réinventant, pour maintenir la pression d’une autre manière que le blocage des routes », répond à L’Orient-Le Jour le père Salim Daccache. Pour le recteur de l’USJ « la crise risque de perdurer et de compromettre l’année académique, qu’il faut s’employer à sauver à tout prix ». « En continuant aussi à revendiquer un changement, car l’appel des jeunes à la citoyenneté et leur refus du clientélisme notamment sont une cause nationale, et non pas sectaire ni politique », ajoute-t-il.

« Nous devons penser aux étudiants d’abord », rappelle de son côté à L’OLJ le président de l’AUB, Fadlo Khouri, estimant que « l’éducation est nécessaire pour que ces jeunes puissent mener leur combat ».

Cela dit, certaines institutions qui ont fortement encouragé les manifestants dès les premiers jours font preuve d’une grande souplesse vis-à-vis des absents, assurant aussi des cours en ligne dans la mesure du possible. Le doyen des étudiants de l’AUB, Talal Nezameddin, se dit, pour sa part, certain de la capacité des étudiants à mener de pair ces deux priorités. « Se battre pour un avenir meilleur nécessite un travail intense. Et si on y croit vraiment, il faut se lancer, quitte à faire des sacrifices, à affronter des difficultés », affirme-t-il, rappelant qu’on n’obtient rien par la facilité.


(Lire aussi : « Nous n’avons plus rien à perdre, nous n’avons plus que la rue »)


En colère et sous pression
Mais pour les étudiants, les choses ne semblent pas si évidentes. « C’est un grand dilemme pour moi », affirme Ralph K., étudiant en quatrième année d’architecture à l’AUB, qui a pris part aux mouvements de rue, dès les premiers jours. Car le jeune homme se dit tiraillé entre ses obligations estudiantines, son semestre à boucler avec succès, et son devoir citoyen.

« Je suis dans l’obligation de terminer un projet que je trouve désormais sans importance, même s’il est nécessaire à mon éducation, avoue-t-il. Mais en même temps, je me dois d’être dans la rue. »

Karim H., étudiant en sciences de l’informatique au sein de la même université, fait partie de cette poignée de contestataires qui bloquent l’accès à la rue Bliss. « En colère » contre la décision de l’AUB de reprendre les cours pour des impératifs académiques et d’accréditations, il se dit « trahi », car la reprise s’est faite comme si de rien n’était, il reconnaît néanmoins que « certains étudiants sont opposés » à la contestation.

« L’institution nous avait pourtant encouragés à prendre part au mouvement, à ses débuts. Mais aujourd’hui, elle fixe déjà des dates d’examens », déplore-t-il, se disant « sous pression », car il ne se sent pas capable de mener de front les deux défis avec efficacité, celui de réussir son semestre et celui de poursuivre son engagement dans la rue pour un Liban meilleur.


(Lire aussi : La contestation de gauche face au Hezbollah)


Tout aussi déterminé, Ayyad M. assure que la reprise des cours universitaires ne freinera pas son engagement patriotique. « Si je parviens à m’organiser, j’assisterai aux cours. Sinon, j’accorderai la priorité à la rue, car nous avons le devoir de nous rebeller contre ce qui se passe dans notre pays, et nous avons le pouvoir de changer les choses », assure cet étudiant en master de sciences sociales sur le genre à la LAU.

Si le jeune homme se dit « chanceux », c’est que les mouvements de rue sont quelque part son terrain de recherche et que son institution universitaire accorde aux étudiants-manifestants un soutien indéfectible.

Verena A. poursuit un master en droit des affaires à l’USJ. « Nous devons maintenir la pression et fermer les routes jusqu’à la formation d’un gouvernement indépendant », soutient-elle.

Hier, à l’USJ, les cours ont repris après plus de deux semaines d’interruption. Au cours des deux premières semaines du soulèvement, ses professeurs, à l’instar de ceux de l’AUB, avaient multiplié interventions et débats auprès des manifestants, après une prise de position claire des deux institutions en faveur de la rue. Ce qui a valu à ses deux recteurs d’être « invités » par le chef de l’État, Michel Aoun, à Baabda.

« Je suis engagée jusqu’au bout et ne m’arrêterai pas, affirme l’étudiante, faisant état de sa volonté de concilier son engagement pour le pays et ses études universitaires. Car l’intérêt commun est bien plus important que l’intérêt privé. » D’où la nécessité que l’administration universitaire fasse preuve de souplesse et réaménage les horaires. Avec pour objectifs, de permettre aux contestataires de mener de front leurs deux combats et de ne pas vider les places publiques.


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Antoine Sabbagha

Un vrai défi pour les universitaires mais qui peuvent toujours manifester en week end

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

ILS PEUVEBT FAIRE LES DEUX. ETUDIER LE JOUR ET MANIFESTER LE SOIR OU PLUTOT LES DIMANCHES.

Sissi zayyat

Ils font tout pour décourager les jeunes et les dissuader de rester dans la rue.
Bientôt l'armée que nous avons toujours aimée et chérie et idéalisée se trouvera un rôle pour se retourner contre son propre peuple pour accomplir la mission qui lui a été confiée.
Jusqu’alors inactive elle se sentira enfin utile pour tabasser nos jeunes et rouvrir les routes avec le sentiment du travail accompli.
Et LÀ c’est la HONTE et la sidération qui s’emparera de tous les Libanais. Cette institution tant rêvée et idolâtrée et magnifiée s'avérera complice du pouvoir pourri contre des citoyens honnêtes. Cela ne devrait pas avoir lieu NON
Au NOM du LIBAN et au NOM de la Population abstenez-vous de répondre aveuglément aux ordres
sinon c’est la malédiction qui s’abattrait sur tout le monde vous êtes notre seul recours , vous n’avez pas le droit de nous décevoir.

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