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Liban - Reportage

Jbeil quasi inacessible

« Comme tant d’autres, je n’ai pas d’autre choix que d’aller de l’avant dans la révolution », lance un manifestant, sur un barrage.

Une conductrice traversant, hier, un barrage de pneus enflammés, sur l’autoroute au niveau de Jbeil. Joseph Eid/AFP

Au 19e jour de la mobilisation massive qui traverse le Liban, la ville de Jbeil n’a jamais été aussi inaccessible. En ce lundi, sur les routes secondaires parallèles à l’autoroute, les automobilistes, coincés dans les embouteillages, prennent leur mal en patience. La fumée des pneus qui se consument est visible de loin.

L’autoroute qui relie Beyrouth au Nord est hermétiquement fermée depuis dimanche soir, comme en tant d’autres points du Liban. Il s’agit là de la réponse des manifestants au retard dans la formation d’un nouveau gouvernement après la démission du Premier ministre Saad Hariri, mardi dernier. Cette démission, ainsi que la formation d’un gouvernement neutre de technocrates figurent parmi les revendications des manifestants dans l’ensemble du pays depuis le début du mouvement de contestation, le 17 octobre dernier.Si les habitants du caza de Jbeil ont décidé de se joindre à la révolte, c’est qu’ils souffrent des mêmes problèmes socio-économiques et environnementaux que le reste du pays. Lundi, vers midi, ils sont quelques irréductibles sur le site de blocage, le pont à l’entrée de Jbeil qui renvoie vers l’autoroute, en attendant les foules qui affluent dès l’après-midi. « Cela fait depuis minuit que nous sommes là sans interruption, lance l’un d’eux. Nous n’avons ni dormi ni mangé, et pourtant nous tenons bon. »


(Lire aussi : Bassil chez Hariri, une petite brèche dans l’immobilisme ambiant)


Les histoires de ces manifestants, jeunes et moins jeunes, suffisent à elles seules à expliquer cette insurrection nationale. L’un d’eux (ils ont tous préféré rester anonymes) garde son entreprise fermée pour participer au mouvement de la rue. « Quelle différence ? Il n’y a pas de travail en tout cas », dit-il, approuvé par le propriétaire d’un commerce de voitures. Un de leurs compagnons est plombier. « La concurrence de la main-d’œuvre étrangère et l’effondrement du secteur de l’immobilier nous laissent désœuvrés », raconte-t-il. Beaucoup, d’ailleurs, citent l’effet négatif de l’arrêt des prêts de la Banque de l’habitat, qui a notamment touché les jeunes de la classe moyenne.

« J’ai deux diplômes, un en informatique et l’autre en génie mécanique. Et pourtant, je n’ai pas trouvé d’emploi », dit un jeune homme. « Et si j’avais accepté un travail mal payé, comme mon frère, j’aurais dépensé mon maigre salaire à payer les taxes », ajoute-t-il. Pour passer du temps dans ces sit-in, beaucoup mettent en péril leurs emplois. C’est le cas d’un jeune manifestant, pourtant employé dans l’entreprise de son propre père. « Je suis un employé comme un autre et il insiste pour que je respecte les horaires, raconte-t-il. Il va finir par me renvoyer. » Ces témoignages font écho à ceux des manifestants des autres sites où sont montés des barrages. Plus au sud, une autre poignée d’irréductibles bloque l’autoroute au niveau de Ghazir, sur la route de Jounieh. Parmi eux, Joseph, employé dans un restaurant, qui risque lui aussi de perdre son emploi s’il continue d’ignorer les messages de son patron. « Mais ma présence ici en vaut la peine, affirme-t-il. La situation économique est si mauvaise que notre salaire avait été réduit de moitié. Comme tant d’autres, je n’ai pas d’autre choix que d’aller de l’avant dans la révolution. »


(Lire aussi : « Nous n’avons plus rien à perdre, nous n’avons plus que la rue »)


Une gifle et une plainte
Alors que la mobilisation est entrée dans sa troisième semaine, des échauffourées avec des éléments de l’armée en permission se sont déroulées à Jbeil puis à Ghazir. « Ils sont arrivés dans un minibus blanc, nous leur avons désigné la route parallèle ouverte aux militaires et aux ambulances, racontent des manifestants a Jbeil. Ils ont refusé de nous écouter et ont insisté pour passer par l’autoroute. Ils tenaient apparemment à causer des problèmes, mais n’agissaient pas sur ordre du commandement de l’armée, puisque l’officier sur place a préféré nous écouter. C’est pour leur barrer la route que nous avons brûlé des pneus, ce que nous ne faisons pas d’habitude parce que nous en connaissons les dangers. »

Au demeurant, un heurt a quand même opposé les protestataires aux militaires, selon plusieurs témoins. L’un des manifestants, qui a requis l’anonymat, raconte avoir été giflé par l’un de ces soldats en permission. « Nous avons noté le numéro d’immatriculation de son véhicule et avons déjà porté plainte contre lui auprès du commandement de l’armée », dit-il. « Je n’ai pas riposté parce que je respecte l’uniforme, mais cela n’en est pas moins inadmissible », ajoute-t-il, visiblement secoué.



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