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La révolution en marche - Éclairage

La contestation de gauche face au Hezbollah

La démission de journalistes du quotidien « al-Akhbar », signe d’un profond malaise dans les milieux des « résistants ».

Une jeune femme, drapeau au vent, sur le ring, hier à Beyrouth. Andres Martinez Casares/Reuters

Connus pour leur soutien traditionnel à toute « résistance » contre Israël, les militants de la gauche libanaise qui n’avaient pas rejoint, en 2005, le 14 Mars, sont aujourd’hui au cœur de la révolte. Mais pour cette raison, ils se retrouvent face à un dilemme : comment concilier leur proximité avec le Hezbollah et leur participation à un mouvement de protestation populaire que le parti chiite dénigre.

Depuis le début, le 17 octobre dernier, de la révolte qui traverse tout le Liban, la présence marquée des militants de gauche dans les manifestations est notoire, principalement au Liban-Sud, où leur influence est prépondérante. La participation du Parti communiste libanais (PCL), d’autres groupes qui lui sont proches, ainsi que d’anciens militants aux manifestations organisées à Nabatiyé, Kfar Remmane et Tyr, est d’une ampleur telle que nombre d’observateurs ont été jusqu’à considérer que le soulèvement dans ces localités, où prédomine le Hezbollah, a été initié par la gauche libanaise. Devant le bras de fer entre, d’une part, la classe dirigeante dont le Hezbollah est partie intégrante, et le mouvement de protestation qui dénonce la perversion du système politique dans son ensemble, la gauche est désormais acculée à choisir son camp.

Ayant tant bien que mal tenté jusqu’ici d’épargner le Hezbollah, contrairement au reste des protestataires qui ne sont pas privés de le critiquer ouvertement, les manifestants issus des milieux de la gauche se sont limités à brandir des slogans sociopolitiques, notamment dirigés contre la Banque du Liban, évitant ainsi d’aborder les questions stratégiques, dont l’arsenal du Hezbollah. Dans un souci évident de montrer patte blanche, plusieurs d’entre eux se sont évertués à rappeler que le soulèvement n’est pas dirigé contre la « résistance islamique » en tant que telle, mais plutôt contre l’inefficacité et la corruption des responsables politiques.

Mais en diabolisant le mouvement de contestation qui serait, selon lui, téléguidé de l’extérieur, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, s’est clairement mis à dos les protestataires. La position du leader du Hezbollah a poussé certaines figures-clés de la gauche à trancher.


(Lire aussi : Bassil chez Hariri, une petite brèche dans l’immobilisme ambiant)


Malaise
C’est dans ce contexte que l’on pourrait expliquer notamment la démission de deux journalistes du quotidien pro-Hezbollah al-Akhbar, Mohammad Zbib et Joy Slim. Dans un tweet, Mohammad Zbib a indiqué avoir pris cette initiative pour « protester contre la position affichée par la direction du quotidien à l’égard du mouvement de révolte ».

Pour sa part, Joy Slim s’est déclarée sur Twitter « déçue par la manière dont le quotidien a couvert le soulèvement » et par la manière dont al-Akhbar « s’est dépêché de rejoindre les rangs de la contre-révolution en avalisant les théories de complots incendiaires qui ont alimenté les violences dans la rue et les attaques contre les citoyens ». La journaliste a dénoncé au passage les écrits du rédacteur en chef, Ibrahim el-Amine, faisant état d’un mouvement « suspect et financé par les ambassades étrangères ».

Mardi, deux nouveaux journalistes ont annoncé leur démission sur Twitter : Viviane Akiki a expliqué avoir démissionné notamment « pour des raisons professionnelles liées à la couverture par al-Akhbar du soulèvement populaire », et Sabah Ayoub a fait de même.

Pour Tanios Daïbès, militant et homme de gauche indépendant, la démission de Mohammad Zbib et Joy Slim s’est imposée à la lumière des récents développements dans la rue et de l’état de confusion dans lequel se trouvent les militants de gauche depuis un certain temps.

« Le quotidien en question n’a jamais caché sa couleur politique. Les journalistes savaient dès le départ à quoi s’en tenir, sauf que, depuis le début de la révolution, ils ne pouvaient plus concilier entre l’impératif de défendre les doléances de la rue et celui de poursuivre un soutien inconditionnel au Hezbollah », affirme-t-il. Selon lui, un grand nombre de militants de gauche ressentent un profond malaise depuis que la « résistance », qu’ils conçoivent comme un mouvement global légitime, est passée sous l’emprise totale d’un seul homme, Hassan Nasrallah, qui a réduit « le parti à sa personne » et dévoyé la cause initialement défendue.


(Lire aussi : « Nous n’avons plus rien à perdre, nous n’avons plus que la rue »)


Point de bascule
La gauche, qui avait perdu son parrain originel depuis la chute de l’Union soviétique, avait retrouvé avec le Hezbollah un terrain idéologique commun qui se résumait en une lutte destinée à contrer « l’impérialisme américain, le néocolonialisme et le sionisme ». L’alliance conjoncturelle entre les deux mouvances a toutefois commencé à se dégrader « depuis l’implication de la résistance dans les conflits régionaux », comme le rappelle Mohammad Ali Moukalled, un analyste politique proche des milieux du PCL. « La nouvelle génération de la gauche n’est plus convaincue de la légitimité de la résistance telle qu’elle se manifeste aujourd’hui et de la justesse de cette cause. Elle est désormais consciente que le Hezbollah ne lutte plus véritablement contre l’impérialisme et le néocolonialisme », dit-il.

Pour lui, le point de bascule a été sans aucun doute « le soutien apporté par le Hezbollah au régime de Bachar el-Assad, qui a massacré son peuple. La répression des manifestants par la violence, au Sud et à Beyrouth la semaine dernière, a été par la suite un point déterminant », dit-il.

L’autre facteur qui a achevé d’éloigner un certain nombre de militants de gauche du Hezbollah est le poids de la crise économique qui a profondément affecté les plus jeunes parmi eux. Les revendications sociales et économiques ont ainsi pris le dessus sur les questions stratégiques, le redressement de la situation interne étant devenu une priorité aux yeux de ces militants, frustrés de voir le parti chiite défendre le maintien d’une classe politique qui a entraîné le pays au seuil de l’effondrement.


Rq : cet article a été actualisé le 5/11/2019 après deux nouvelles démissions de journalistes d'al-Akhbar.


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Connus pour leur soutien traditionnel à toute « résistance » contre Israël, les militants de la gauche libanaise qui n’avaient pas rejoint, en 2005, le 14 Mars, sont aujourd’hui au cœur de la révolte. Mais pour cette raison, ils se retrouvent face à un dilemme : comment concilier leur proximité avec le Hezbollah et leur participation à un mouvement de protestation...

commentaires (18)

Le point de bascule n'est pas celui là. Il est dans le discours de la théorie du complot où personne n'est dupe. En 2006 , le Liban en majorité était avec la résistance. Mais, aujourd'hui, c'est du réchauffé. Dans la mouvance de gauche (dixit), réformatrice (plutôt) le Hezbollah a mal géré son capital. En dénigrant le mouvement de contestation légitime, il s'est placé dans le camp des accusés. Le Hezbollah a oublié qu'il ne peut pas gouverner le Liban envers et contre tous. Mais il peut encore se rattraper s'il le veut. La priorité c'est la résistance contre la corruption. Dernière chance.

PPZZ58

21 h 32, le 05 novembre 2019

Tous les commentaires

Commentaires (18)

  • Le point de bascule n'est pas celui là. Il est dans le discours de la théorie du complot où personne n'est dupe. En 2006 , le Liban en majorité était avec la résistance. Mais, aujourd'hui, c'est du réchauffé. Dans la mouvance de gauche (dixit), réformatrice (plutôt) le Hezbollah a mal géré son capital. En dénigrant le mouvement de contestation légitime, il s'est placé dans le camp des accusés. Le Hezbollah a oublié qu'il ne peut pas gouverner le Liban envers et contre tous. Mais il peut encore se rattraper s'il le veut. La priorité c'est la résistance contre la corruption. Dernière chance.

    PPZZ58

    21 h 32, le 05 novembre 2019

  • La Gauche libanaise a raison de se détacher petit à petit de leur faux alliés le Hezbollah et Amal. Aucun parti ou mouvement politique ne doit échapper à la rétribution du peuple libanais souverain.

    Tony BASSILA

    21 h 12, le 05 novembre 2019

  • Soros serait-il autant de gauche que de droite... On ne Sora pas!

    Wlek Sanferlou

    20 h 25, le 05 novembre 2019

  • L'Union soviétique berceau du communisme s'est désintégrée en 1989 après une existence éphémère de 72 ans de kolkhozes et de sofkhozes. Elle a laissé des héritiers orphelins de Staline en Chine continentale, en Corée du Nord et à Deir-Mimas au Sud-Liban. Jusqu'à quand ?

    Honneur et Patrie

    19 h 40, le 05 novembre 2019

  • On revient au même refrain, du parti de gauche ou du parti de droite le libanais est devenu pauvre , il veut manger sortir de la soumission ,et le comble les jeunes sont sans travail .

    Antoine Sabbagha

    17 h 09, le 05 novembre 2019

  • Assimiler gauche, Hezb et lutte contre le pouvoir libanais ou lutte contre le colonialisme et l'impérialisme israélien, ridicule! Tous ces combats sont différents. La lutte contre Israël est légitime. Ce sont des criminels. La gauche libanaise n'a jamais existé mais une opposition reste nécessaire. Le soutien à Bachar El Assad est criminel, tout comme la politique Israélienne fascisante. On a dit tous, non? La solution reste à trouver mais on ne peut survivre à 45 ans de guerre et de gabegie sans avoir à en payer le prix. Un jour ou l'autre. La dévaluation et le FMI arrivent!

    TrucMuche

    14 h 32, le 05 novembre 2019

  • CHOISI OU NON CHOISI LE GENDRE EST FICHU.

    LA LIBRE EXPRESSION.

    12 h 56, le 05 novembre 2019

  • Le compte a rebours du règne Hezbollah a commencé en 2005. Ça a pris un certain temps a se montrer en raison du fait qu'il y avait un accord entre les parti du 14 Mars d’éviter a tout prix une nouvelle guerre civile. Le Hezbollah en a profite pour rogner les acquis de la révolution du Cèdre. D’où toutes les couleuvres que le mouvement a avalé depuis. A présent le peuple lui même en a marre et se rebelle contre le système et les arrangements établit puisqu'ils ont totalement foiré. Le rêve de la république Islamique s'envole et s’étiole puisqu'il ne correspond pas du tout au désir du peuple Libanais, y compris des Chiites... Hassouna ferais mieux, même au péril de sa vie, de se ressaisir au plutôt avant que ça ne tourne a la guerre. Une guerre tout le monde sait comment ça commence mais personne ne sait comment la terminer. Dans notre cas, si le Hezbollah et ses sbires viennent a bout du peuple le Liban sombrera dans la misère. Si le peuple s'impose il pourra enfin assumer ses choix librement et le pays ira enfin de l'avant. Peut être pas aussi vite que désiré mais surement vers une meilleures qualité de vie.

    Pierre Hadjigeorgiou

    11 h 55, le 05 novembre 2019

  • ...Pour lui, le point de bascule a été sans aucun doute « le soutien apporté par le Hezbollah au régime de Bachar el-Assad, qui a massacré son peuple. La répression des manifestants par la violence, au Sud et à Beyrouth la semaine dernière, a été par la suite un point déterminant », dit-il."" Voilà un article qui fait du bien ! Je me suis demandé depuis le 19 octobre, où sont passé les mouvements de gauche, les syndicalistes, initiés jadis à la politique dans un souk marxiste. Surtout les syndicalistes complètement dépassés par ces revendications spontanées et citoyennes. Là encore le clivage droite/gauche n’est pas très clair.... Longtemps sur une ligne de crête, mais depuis le séisme de la mort du sunnite Hariri en 2005, et l’engagement du Hizb’ auprès de Assad dans sa guerre contre sa population essentiellement sunnite, font qu’ils ont basculé dans l’autre camp, sans oublier ‘’’La répression des manifestants par la violence, au Sud et à Beyrouth la semaine dernière’’’ Rien que de les citer par leurs sigles : CPL + PCL = ne font pas le même combat. ""La contestation de gauche face Hezbollah"", mais de quelle gauche parle-t-on ? Et c’est ainsi que les clivages libanais restent difficiles à déterminer. Comme on lit ce matin dans (LE SOIR) : ""Au Liban, où la complexité de la donne politique a toujours défié les analystes les plus fins..."" C.F.

    L'ARCHIPEL LIBANAIS

    11 h 29, le 05 novembre 2019

  • J'ajouterai une petite précision , j'ai été un grand admirateur des communistes dans ma jeunesse. Le Che, Castro, Ho Chi Minh, Mao etc...ont été pour moi et le sont encore des légendes. J'avais 20 ans et je criais ma rage pour un Liban laïque, égalitaire deconfessionnalisé etc... mes amis maronites me répondaient qu'un Liban " canton" c'était mieux. Salut les amis.

    FRIK-A-FRAK

    11 h 26, le 05 novembre 2019

  • Le Hezbollah a initié son effondrement à partir du moment où il est sorti de son mouvement de résistant et a rejoint celui de défenseur de l’Iran et de la Syrie. Nous sommes au 21 eme siècle nous n’avons plus qu’un parti c’est le parti Khobziste. C’est le seul à même d’assurer notre survie et celle des générations futures .

    PROFIL BAS

    10 h 55, le 05 novembre 2019

  • Ça ne compe pas ! Le parti communiste n'a aucun député à la chambre ...il est minuscule , minus !

    Chucri Abboud

    10 h 52, le 05 novembre 2019

  • Étonnant que la gauche communiste puisse attirer de la sympathie subitement. Est on sûr qu'on préférerait avoir plus de gauche commununiste que de religieux ? Réfléchissez !

    FRIK-A-FRAK

    10 h 44, le 05 novembre 2019

  • elle a beaucoup trop tarde a reagir HONNETEMENT cette gauche libanaise. se permettre de s'allier a un parti religieux quoique son idéologie puisse etre ( liberer la palestine) des decennies durant ? se le permettre apres que ce meme parti l'avait annihilee comme resistance libanaise contre israel afin d'en avoir l'exclusivite ? Mais bon, il n'est pas trop tard pour bien faire...... AHALAN WA SAHLAN parmi les citoyens LIBANAIS PURS ET DURS ( meme s'ils escomptent une aide "des ambassades "), puisque leurs demandes sont LEGITIMES, qui de plus epousent completement celles d'une gauche -vraie , pure et dure elle aussi

    Gaby SIOUFI

    10 h 39, le 05 novembre 2019

  • Quelques soient les motivations de ces gens qui protestent contre la mainmise de l’Iran et de la Syrie. On ne peut que les féliciter de leur sursaut patriotique que chaque Libanais devrait avoir. Il est temps que ces fanatiques du HB et de Aoun se réveillent aussi pour apporter leur pierre à l’edifice de ce nouveau pays qui naîtra de ses cendres. La raison doit toujours contourner la passion. Ne pas dételer ne pas Abandonner. Ne pas se résigner continuer de vivre en risquant sa vie et risquant la mort. Lorsque l’on déclare le Liban perdu face à une machination diabolique, il faut être uni. Toutes les machines de guerre menaçantes n’y pourront RIEN face à un peuple méprisé et Limogé. On se met à rêver d’un Liban enfin libre.

    Sissi zayyat

    10 h 38, le 05 novembre 2019

  • Evident, quand le peuple demande Min 2Ayna laka haza l2assr ?, les dirigeants répondent : Min 2ayna laka hazihi lsandwicha !!.... ils sont devenues complètement déconnecté de leur peuples ! leur maison brule, et ils regardent ailleurs les complots des ambassades étrangères distribuant des knéfé ...., des Ferrero rocher tant qu'a faire.... ya 3aybelchoum !

    Aboumatta

    09 h 08, le 05 novembre 2019

  • Cette alliance n'avais, de toute manière, pas de sens tout comme celle de Aoun avec le Hezbollah. Que pouvaient être les intérêts stratégiques commun entre un parti athée et social qui se veut patriotique et celui d'un parti Nazi théocratique? Les deux ont des idéologies aux antipodes les uns des autres. Si les communistes Libanais croyaient arriver quelque part, comme Aoun ils ont fini par être acheté, manipulé et usé pour le projet de création d'un état islamique, qui par la suite les auraient laminé. Au lieu de cela, ils auraient du s'allier a ceux qui malgré leurs différents idéologiques sociaux économiques, les auraient accepté et permis de s'exprimer a l'avenir en tant qu'opposition. Il est bizarre de voir que certains politiciens tissent et bâtissent des liens avec leurs ennemis séculaires et ne voient pas plsu loin que le bout de leur nez! Justes pour l'information, que Hassouna nous illumine de ses connaissances, ces gens la sont aussi des ... FL?

    Pierre Hadjigeorgiou

    08 h 41, le 05 novembre 2019

  • Mais je comprend pas pendant la guerre du Liban le Hezbollah et les gauchiste ne se sont pas fait la guerre?!

    Bery tus

    06 h 55, le 05 novembre 2019

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