Liban

Berry : Nous ne permettrons pas à Israël de restaurer son image au Moyen-Orient à nos dépens

Le président du Parlement libanais a adressé cette mise en garde à l’État hébreu, lors d'un discours prononcé devant ses partisans à Nabatiyé, à l’occasion du 41e anniversaire de la disparition de l’imam Moussa Sadr, fondateur du mouvement Amal.

Le président du Parlement libanais Nabih Berry, lors d'un discours devant ses partisans, le 31 août 2019 à Nabatiyé, à l'occasion du 41e anniversaire de la disparition de l'imam Moussa Sadr. Photo ANI

Le président du Parlement libanais et chef du mouvement Amal, Nabih Berry, a adressé samedi une mise en garde à Israël, à l’occasion du 41e anniversaire de la disparition de l’imam Moussa Sadr, fondateur de la formation chiite, au moment où la tension est vive entre le Liban et Israël. Cette tension fait suite aux attaques de drones israéliens ayant ciblé la banlieue-sud le week-end dernier, à des tirs de l'armée libanaise sur d'autres drones survolant le secteur frontalier mercredi soir, et des fusées éclairantes israéliennes tirées au-dessus de la frontière-sud aujourd'hui.

L’imam Moussa Sadr, président du Conseil supérieur chiite, et ses deux compagnons, le cheikh Mohammad Yaacoub et le journaliste Abbas Badreddine, ont disparu le 31 août 1978 lors d’une visite à Tripoli, en Libye, où ils devaient rencontrer le colonel Mouammar Kadhafi qui à l'époque dirigeait le pays. Au Liban, la thèse de l’enlèvement, voire de l’élimination des trois hommes est privilégiée. En août 2017, le président Berry avait assuré lors de son discours de commémoration que l’imam était toujours en vie. Dans sa déclaration ministérielle, le gouvernement s’est engagé à redoubler d’efforts à tous les niveaux afin de libérer Moussa Sadr et ses compagnons, et assurer leur retour sains et saufs. Le mois dernier, le juge Zaher Hamadé, chargé de l'instruction de l'affaire devant la Cour de Justice libanaise, un tribunal d'exception, a lancé un mandat d'arrêt par contumace à l'encontre de Seif el-Islam Kadhafi, fils de l'ancien dictateur libyen et neuf autres Libyens, accusés d'être impliqués dans la disparition de l’imam et de ses compagnons. 


(Lire aussi : Fusées éclairantes à la frontière : "Personne n'a été touché", assure le porte-parole de la Finul)


Pas de "normalisation" avec la Libye

"Nous œuvrons à obtenir la libération de l'Imam Sadr et ses compagnons des geôles libyennes, car il n'est pas dans nos mœurs et habitudes de renoncer à cela. Nous comptons sur la justice libanaise afin qu'elle s'active à obtenir les informations nécessaires de la part des détenus dans le cadre de cette affaire", a affirmé M. Berry, lors d'un discours prononcé sur la place dite de Achoura à Nabatiyé au Liban-Sud, où de violents affrontements avaient opposé le 16 octobre 1983 les habitants aux forces d’occupation israéliennes qui voulaient empêcher les fidèles de commémorer le souvenir de cet événement religieux chiite.

"Aucune forme de normalisation n'est possible avec les autorités libyennes, avant la résolution de l'affaire de la disparition de l'Imam Sadr et de ses compagnons", a prévenu Nabih Berry. "Nous réitérons notre appel au gouvernement libanais à faire tout ce qui est possible, en vertu de la déclaration ministérielle", pour aboutir à la vérité dans l'affaire Sadr, a-t-il ajouté.

Le chef de l’État Michel Aoun a lui aussi rendu hommage à l'imam Sadr. "A l'occasion du 41e anniversaire de la disparition de l'imam Moussa Sadr et de ses deux compagnons, nous nous souvenons de ses enseignements et de sa pensée qui ont toujours constitué un pilier national autour duquel les Libanais se sont rassemblés, après avoir réalisé que l'union fait la force et qu'il ne peut y avoir de sortie de crise sans le pardon (...)", a écrit le chef de l’État sur Twitter.


(Lire aussi : Trois discours en un week-end... pour résumer la complexité de la situation, le décryptage de Scarlett Haddad)


Le "front libanais et sa résistance"

Devant plusieurs milliers de partisans d'Amal, le président du Parlement a ensuite abordé la question du conflit avec Israël. 

"Amal ne permettra pas à Israël de restaurer son image au Moyen-Orient à nos dépens. Après s'être assuré qu'il n'y aura pas de guerre entre les États-Unis et l'Iran, Israël se tourne vers le front libanais et sa résistance pour régler ses comptes, surtout que (le Premier ministre israélien Benjamin) Netanyahu a besoin d'une victoire avant les élections israéliennes", a estimé M. Berry. "Comme vous avez été le fer de lance de la résistance, vous êtes appelés à être prêts aujourd'hui à faire face à l'ennemi pour lui faire comprendre que chaque parcelle du territoire libanais est résistante. Le peuple, l'armée et la résistance, constituent un triptyque qui cimente le pays", a également martelé le chef du mouvement Amal à ses partisans. 

Le gouvernement israélien ne cesse de dénoncer les agissements de l’Iran dans la région, l’accusant de vouloir s’implanter dans la Syrie voisine en guerre ou lui imputant de récentes attaques dans le Golfe. Il partage ainsi avec de nombreux États du Golfe cette farouche opposition à Téhéran, profitant de cela pour effectuer des gestes de rapprochements avec certains de leurs gouvernements, notamment Bahreïn ou encore Oman. 


"État d'urgence économique"

Nabih Berry a enfin abordé l'aspect économique local, appelant à déclarer l'état d'urgence économique dans le pays qui fait face à de nombreuses difficultés à ce niveau. "Nous devons déclarer l'état d'urgence économique, en ayant pour programme la feuille de route économique annoncée depuis le palais de Baabda le 9 août, et en nous basant sur les résultats de la réunion élargie prévue lundi au palais présidentiel, ainsi que sur l'application des lois en la matière".

Une réunion élargie consacrée à la situation financière et économique du pays s'était tenue le 9 août au palais de Baabda, en présence du chef de l’État, du Premier ministre Saad Hariri, et du président du Parlement Nabih Berry. Elle s’était achevée par une lecture, donnée par M. Hariri, d’une série d’engagements pris par les participants, dont la bonne exécution du budget de 2019 (adopté le 19 juillet par le Parlement avec plus de sept mois de retard) et le vote du budget de 2020 dans les délais constitutionnels.

Nabih Berry a en outre appelé à "appliquer dans sa totalité" l'accord de Taëf qui avait mis fin à la guerre civile en 1990. "Ceci nous permettra d'aboutir à un État civil. (...) Le Sénat, prévu par Taëf, constituera une garantie pour la représentation des communautés", a souligné le président du Parlement.


Les "complots" contre la Syrie

Sur le plan régional, Nabih Berry a évoqué, outre la Libye et la guerre qui ravage le Yémen, le conflit en Syrie voisine, sachant que le président du Parlement libanais est un allié du chef de l’État syrien Bachar el-Assad.

"Le Liban est concerné par ce qui se passe en Syrie", a lancé M. Berry, alors qu'en vertu de la Déclaration de Baabda, le Liban se tient à distance des confits régionaux, notamment celui en Syrie. "La Syrie continue de faire face à des complots contre son unité. (...) Nous le disons franchement, nous sommes avec la Syrie et en faveur la libération de son territoire. Maintenir l'unité de la Syrie équivaut à maintenir l'unité du Liban", a estimé le chef d'Amal. Il a ensuite noté que "jusqu'à présent, il n'y a pas de dialogue avec les autorités syriennes au sujet des déplacés syriens" qui se trouvent au Liban.

Avec une population de quatre millions d'habitants, le Liban affirme accueillir entre 1,5 million et deux millions de Syriens, dont un million inscrits en tant que réfugiés auprès de l'ONU. Régulièrement, des voix s'élèvent au sein de la classe politique et dans les médias pour réclamer leur départ, mettant en avant la fin des combats dans plusieurs régions syriennes et leur reprochant de contribuer aux difficultés économiques du pays.


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Le président du Parlement libanais et chef du mouvement Amal, Nabih Berry, a adressé samedi une mise en garde à Israël, à l’occasion du 41e anniversaire de la disparition de l’imam Moussa Sadr, fondateur de la formation chiite, au moment où la tension est vive entre le Liban et Israël. Cette tension fait suite aux

commentaires (5)

comment tenir Seif el Islam responsable de la disparition de l'Imam Sadr alors qu'il n'avait que 6 ans an 1978 ?!! Mr Berry et le Conseil Superieur Chiite ont tous les details sur la mort de l'Imam. Ils preferent de ne pas rendre la verite publique parce que tout simplement ca ne les arrange pas.

EL KHALIL ABDALLAH

13 h 05, le 02 septembre 2019

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Commentaires (5)

  • comment tenir Seif el Islam responsable de la disparition de l'Imam Sadr alors qu'il n'avait que 6 ans an 1978 ?!! Mr Berry et le Conseil Superieur Chiite ont tous les details sur la mort de l'Imam. Ils preferent de ne pas rendre la verite publique parce que tout simplement ca ne les arrange pas.

    EL KHALIL ABDALLAH

    13 h 05, le 02 septembre 2019

  • AVEC LEURS FANFARONNADES LES DEUX MILICES IRANIENNES QUI OPERENT SUR LE SOL LIBANAIS ONT EFFACE ISRAEL DE LA CARTE DU MONDE. GARE AU CYCLONE S,IL VA SE LEVER !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    11 h 41, le 01 septembre 2019

  • Je rend homage à l’imam Moussa Al Sader. Avec lui, on aurait pas eu des organizations Chiite armées qui tiennent le pays en otage, qui l’affaiblissent économiquement, qui font fuir les investisseurs, qui rendent les Libanais anxieux et inquiets pour leur sort. Votre discours est lassant car vous répéter la même chose depuis vingt ans alors que le pays à changer et a besoin de solutions pour sortir d’un pétrin que vous avez contribuez à créer. Votre communauté surtout a besoin que vous évoluez.

    Zovighian Michel

    04 h 53, le 01 septembre 2019

  • Les usurpateurs n'impressionnent que ces arabes golfettes .

    FRIK-A-FRAK

    21 h 01, le 31 août 2019

  • A.P.R. SLOGAN VIDE. CHANGEZ-LE SINON FAITES DES REFERENDUMS DE L,ARMEE ET DU PEUPLE POUR VOIR S,ILS ACCEPTENT CE SLOGAN. ET TREVE DE FANFARONNADES !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    20 h 48, le 31 août 2019