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Liban

Le cas Hannibal Kadhafi : un outil entre les mains de Moscou et Damas

Affaire Moussa Sadr

La Russie a officiellement pris position hier pour la libération du fils de l’ex-dictateur libyen, détenu au Liban depuis 2015.

31/01/2019

Un nouveau forcing politique et diplomatique s’exerce depuis quelques semaines pour la remise en liberté de Hannibal Kadhafi, fils de l’ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, arrêté au Liban depuis décembre 2015, aux fins d’une enquête sur la disparition de l’imam Moussa Sadr et de ses deux compagnons lors d’une visite officielle en Libye en 1978.

Jusque-là limité à des requêtes du régime syrien et de responsables libyens pour sa remise en liberté, ce forcing est appuyé par des efforts diplomatiques inédits de Moscou, que le vice-ministre russe des Affaires étrangères Mikhaïl Bogdanov a choisi d’officialiser hier.

Dans une déclaration à l’agence Sputnik, le diplomate a confirmé que son pays œuvrait pour la remise en liberté de Hannibal Kadhafi. La Russie « est en contact à ce sujet avec les différentes parties libanaises, à savoir les représentants de partis politiques et de communautés ». Il n’a pas manqué de critiquer l’arrestation en soi. « Nous savons que Hannibal Kadhafi est dans une prison libanaise, mais sans jugement… À mon avis, c’est quelque chose d’anormal, d’autant qu’il a été kidnappé en Syrie (qui lui offrait l’asile, NDLR), ce qui est ignoble », a-t-il déclaré, avant de renchérir : « Sa détention est illogique et nous voulons que cesse cette souffrance. »


(Lire aussi : La guerre verbale se corse entre Amal et le CPL)


Quid du Hezbollah ?
L’entrée en scène de Moscou serait à lire dans le prolongement du rôle régional qu’il entend s’arroger, précisément en Libye. C’est ce que précise à L’Orient-Le Jour l’avocat Akram Azouri, qui a été l’avocat de Hannibal Kadhafi lors de la première année de sa détention, avant de jeter l’éponge en novembre 2016 en dénonçant « une collusion frauduleuse entre la famille de l’imam Moussa Sadr et l’État, contre la justice libanaise ». Il estime « normal » que « la Russie, pays qui reprend de son influence régionale, se serve d’une affaire problématique, comme celle de la détention de Hannibal Kadhafi », pour gagner du terrain, en l’occurrence en Libye où « Moscou pense jouer un rôle ».

Cette lecture concorde avec des informations obtenues auprès d’une source libanaise proche du dossier sur les contours d’une solution en Libye, « parrainée par Moscou, avec l’Égypte et les Émirats arabes unis » et qui verrait Seif al-Islam Kadhafi prendre les rênes du pouvoir. Libérer son frère permettrait de faciliter l’ascension au pouvoir de ce dernier.

La question a en tout cas été posée à Mikhaïl Bogdanov par l’agence russe sur les liens de la Russie avec Seif al-Islam. Il a répondu en précisant que Moscou est « en contact continu avec ses représentants en Europe, dans les pays arabes et en Libye et considère que toutes les parties libyennes doivent participer à la transition politique ».

La question prioritaire demeure toutefois de savoir comment « le duopole chiite, Amal-Hezbollah, qui se dit l’allié des Russes, peut se soumettre à la volonté de Moscou sur un dossier aussi sensible pour la communauté chiite que la disparition de Moussa Sadr », s’interroge Moustapha Fahs.


(Pour mémoire :  La polémique enfle autour d’Hannibal Kadhafi avec en arrière-plan le sommet arabe)


Berry-Damas
La question se pose d’autant plus que le forcing russe pour la remise en liberté de Hannibal Kadhafi sert aussi les intérêts du régime syrien, ou en tout cas donne à Damas le moyen d’instrumentaliser ce dossier pour faire pression sur le président de la Chambre Nabih Berry, qui avait gardé ses distances par rapport au régime dès le début des soulèvements en Syrie. Damas poserait la libération de Hannibal Kadhafi comme condition préalable à une reprise de contact entre lui et le président Berry, selon une source indépendante.

Si une normalisation est envisageable par le chef du mouvement Amal, la remise en liberté de Hannibal Kadhafi reste un prix trop lourd à payer.

Le plaidoyer de Nabih Berry pour que la Syrie soit représentée au sommet économique arabe n’a pas suffi : le ministre sortant de la Justice Salim Jreissati, proche de Damas, a adressé une missive au directeur de l’inspection judiciaire le 9 janvier pour faire le point sur la pertinence de l’arrestation de Hannibal Kadhafi – non sans provoquer une polémique ponctuelle avec un député d’Amal, Ali Bazzi.

La déclaration de Mikhaïl Bogdanov hier a provoqué une réponse immédiate de l’avocat de la famille de l’imam disparu Moussa Sadr, qui résonne avec cette polémique entre Amal et le camp aouniste. Le communiqué a dénoncé une « ingérence dans les affaires libanaises ». Mais plutôt que de se focaliser sur la déclaration russe, le texte l’a invoquée pour inciter le ministre sortant des Affaires étrangères, Gebran Bassil, à y réagir. « Nous ne pouvons que mettre cette déclaration entre les mains du ministère des AE qui est censé prendre position », selon le texte, qui a rappelé à M. Bassil ses propos sur l’imam Moussa Sadr, « l’imam de tout le Liban et de tous les Arabes ».


Pour mémoire

Polémique entre Jreissati et Bazzi autour de l’affaire Hannibal Kadhafi



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TrucMuche

Seulement au Liban!
Il a quand même profité de façon ignominieuse du système dictatorial mis en place en Lybie.
Est-ce une raison pour croupir en prison sans jugement? Certes non! Mais combien subissent le même sort dans le monde en général et au Moyen-Orient en particulier? Et personne ne moufte!
Maintenant les histoires de disparition de personnalités religieuses, qui s'en fout? Il y a eu beaucoup de disparus pendant notre bonne vieille guerre civile! Quelqu'un s'en préoccupe,réellement ?

MGMTR

Les adversités politiques se font contre un régime ou contre un système politique. Il n'y a aucun sens de retenir prisonnier une personne dont le seul tort est d'être le fils d'un dictateur criminel.

S'il décède en prison, d'une crise cardiaque par exemple, il resterait dans l'Histoire du Liban comme étant un innocent détenu arbitrairement sans accusation ni jugement ni condamnation.

L'on ose espérer que le nouveau gouvernement le libère dans un délai raisonnable, pour effacer cette affaire de la mémoire collective.

L’azuréen

Il représente son père et l’ancien régime ? C’est absurde

Wlek Sanferlou

Avec un nom si phoenicien le malchanceux fils Khadafi était mal partit depuis sa naissance...

BOSS QUI BOSSE

Ce que je ne comprends vraiment pas, c'est comment le peuple lybien qii s'est soulevé contre kaddafi , aidé par l occident qui a foutu le chaos en Lybie, comment ce peuple lybien ne cherche pas à rompre avec le passé sombre de la dictature de kaddafi en aidant à éclaircir ce point noir de son histoire ?

L'Allemagne d'après le nazisme a bien aidé à purger l'époque hitlérienne en dénonçant ses crimes contre l'humanité.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

PREMIERE FOIS DANS L,HISTOIRE OU UN FILS QUI AVAIT DEUX ANS LORSQUE SON PERE PRETENDUMENT A COMMIS UN CRIME EST PRIS DANS LE CYCLE DE LA REVANCHE DES REVANCHARDS...

Atalante fugitive

Pffff! encore une prise d'otage,,,,,

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