Liban

Une semaine décisive pour le gouvernement

Décryptage
23/07/2019

La loi sur le budget adoptée au Parlement, l’affaire de Qabr Chmoun est redevenue d’actualité et en principe, la semaine qui commence devrait être décisive sur l’issue qui sera finalement choisie. Jusqu’à hier soir, les tentatives de conciliation menées à la fois par le directeur de la Sûreté générale et par le ministre d’État chargé des Affaires de la présidence n’ont pas été couronnées de succès, les différentes parties campant sur leurs positions. Pour compliquer encore plus la situation, les SR des FSI ont clôturé leur enquête, déférant le dossier devant le procureur général près la Cour de cassation Imad Kabalan qui l’a, à son tour, déféré devant le procureur militaire. Selon des sources judiciaires, il s’agit là d’une question procédurale qui ne constitue pas un choix définitif. Simplement, les SR des FSI, chargés de l’enquête, ne pouvaient plus laisser les suspects en détention sans déférer leur dossier devant le parquet. Toutes les options restent donc ouvertes, que l’on décide de garder le dossier entre les mains de la justice militaire ou de le déférer devant la Cour de justice.

L’option Cour de justice reste en tout cas un sujet de discorde. Pour le chef druze Walid Joumblatt, déférer le dossier devant cette instance constituerait pour lui et pour son parti, le PSP, un désaveu politique flagrant qui pourrait entraîner l’arrestation de certains responsables du parti et même la dissolution de ce dernier, comme cela avait été le cas pour les Forces libanaises en 1994, après l’explosion à l’église Notre-Dame de la Délivrance à Zouk. Selon des sources proches du PSP, Walid Joumblatt serait convaincu que l’insistance à déférer le dossier devant la Cour de justice ne serait pas innocente ni purement interne. Il s’agirait d’une action de représailles, voire d’une vengeance du régime syrien à son égard, à cause de ses positions au sujet du conflit en Syrie. Le leader druze aurait d’ailleurs évoqué cette question avec des diplomates occidentaux en poste à Beyrouth, à la recherche de garanties pour lui et son parti.


(Lire aussi : Qabr Chmoun : la suite de l’enquête a été confiée au tribunal militaire)



Du côté du Parti démocratique, on dément totalement toute dimension syrienne dans l’affaire de Qabr Chmoun. Selon les proches de Talal Arslane, les autorités syriennes ont actuellement de nombreuses autres priorités que celle de se venger de certains chefs de file libanais. De plus, toute action qu’ils pourraient entreprendre actuellement contre un leader libanais se retournerait contre leurs alliés au Liban, le Hezbollah en tête. Ce dernier serait ainsi directement mis en cause, sachant qu’il a déjà suffisamment de problèmes comme cela. De plus, aujourd’hui, les autorités syriennes ont des relations acceptables avec le chef de l’État, le président de la Chambre et d’autres parties libanaises, dont Talal Arslane. Elles n’ont donc pas besoin de mener la moindre action susceptible de déstabiliser le pays et peut-être même d’y renforcer leurs ennemis.

En revanche, le Parti démocratique insiste pour déférer le dossier de Qabr Chmoun devant la Cour de justice, d’une part parce que ce serait une reconnaissance de sa gravité, et d’autre part parce que cela confirmerait la qualification de cet événement de tentative d’assassinat d’un ou plusieurs ministres. De plus, pour ce parti, on ne peut pas mettre sur un même plan des militaires chargés de protéger un ministre et des éléments armés postés pour couper les routes, ou plus. Pour Talal Arslane, ce point est donc crucial et il préfère perdre le vote en Conseil des ministres plutôt que de renoncer au recours devant la Cour de justice. La médiation menée par Abbas Ibrahim et Salim Jreissati portant sur le transfert du dossier devant le tribunal militaire en guise de compromis a donc buté sur ce point. Les regards se tournent actuellement vers le président de la Chambre qui pourrait concevoir un nouveau compromis de nature à sauver la face à toutes les parties. Pourtant, selon les sources du Parti démocratique libanais, Nabih Berry aurait joué un rôle plutôt négatif jusqu’à présent. D’abord en réconciliant le Premier ministre et Walid Joumblatt quelques jours après les événements de Qabr Chmoun. Le chef du législatif avait affirmé que le rendez-vous avait été arrangé avant, mais il a néanmoins renforcé la position de Walid Joumblatt. Ensuite, Nabih Berry aurait tout fait pour éviter un recours au vote en Conseil des ministres pour ne pas avoir à prendre position sur ce sujet entre Walid Joumblatt et Talal Arslane, alors que ses trois ministres peuvent faire pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Comme à son habitude, il préfère les compromis aux solutions radicales qui définissent clairement un vainqueur et un vaincu. Il est ainsi sur la même longueur d’onde que le Premier ministre, dont la priorité est de sauver la cohésion gouvernementale en évitant les conflits qui creusent le fossé entre les différentes parties et paralysent le Conseil des ministres.


(Lire aussi : La crise de Qabr Chmoun risque-t-elle de faire imploser le gouvernement ?)


L’approche du chef de l’État, elle, est différente. Depuis le début, le président Aoun avait affirmé que la solution de cette crise doit se faire en trois étapes. La première est sécuritaire et elle porte sur la remise des suspects aux autorités. La deuxième est judiciaire à travers le transfert du dossier devant les autorités concernées et l’ouverture d’un procès équitable, alors que la troisième est politique. Elle consiste en une réconciliation entre les protagonistes. Baabda (ou Beiteddine, puisque le chef de l’État compte se rendre dans la résidence d’été des présidents après la fin du festival dans cette localité) pourrait abriter cette réconciliation, car aux yeux de Michel Aoun, il n’est pas non plus question d’exclure une composante libanaise ni de dresser des barricades au sein du Conseil des ministres. Mais les étapes devraient se dérouler dans l’ordre, par respect pour l’État et ses institutions.

Jusqu’à présent, aucune des trois étapes n’a été totalement achevée, mais comme le temps presse, toutes les parties sont appelées à adoucir leurs positions.


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MAKE LEBANON GREAT AGAIN

a Cour de justice, d’une part parce que ce serait une reconnaissance de sa gravité, et d’autre part parce que cela confirmerait la qualification de cet événement de tentative d’assassinat d’un ou plusieurs ministres.

Mm Haddad : POUVEZ VOUS ME DIRE COMBIEN D' ATTENTATS DIRIGES CONTRE LES LEADERS CHRETIENS EN GENERAL ONT ETE TRANSFERE A LA COUR DE JUSTICE ET COMBIEN ONT ETE JUGE ET LEURs RESPONSABLES ARRETTES ?

Cessons ce jeu qui cherche uniquement a paralyser M Harriri et auquel , comble de malheur , particpe activemebnt votre prefere M Bassil ministere des affaires etrangeres et qui un jour fera tomber ce ministere .

Sa chute entrainera avec elle tout ce qu'on nous raconte tous les jours sur un gouvernement fort qui est en fait le plus faible jamais nomme
et ne fera que raffermir les Marada et les Forces Libanaises qui eux seront les vrais representant des Chretiens du Liban a ce moment

Ah si vous pourriez un jour analyser cette situation sans aucun parti pris MAIS JE DOIS REVER

Hitti arlette

Chère Scarlett . Depuis l'annonce des résultats des dernières législatives ,le leader Walid joumblatt n'est plus le même. Disons qu'il a perdu (malheureusement) de sa superbe d'autant plus que l'éventail de sa popularité s'est légèrement ébréché . Neamoins, son comportement politique et ses commentaires sur les réseaux sociaux en sont les reflets et les preuves ? Plus tard , ce n'est certes pas son fils Taymour , en phase d'entraînement au rouage du métier , qui sera en mesure de prendre la relève , réparer les dégâts et redresser les murs lézardés.

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