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Liban

Qabr Chmoun : la suite de l’enquête a été confiée au tribunal militaire

incidents

Hariri reçoit Bou Faour et Gharib, et songe à convoquer le Conseil des ministres.

Fady NOUN | OLJ
23/07/2019

Que s’est-il passé au lieu-dit Bassatine, à la lisière de Qabr Chmoun, dans le Chouf ? L’opacité la plus totale continue d’entourer les résultats de l’enquête préliminaire conduite par les renseignements des FSI. Clôturée la semaine dernière, ses conclusions ont été remises au procureur général près la Cour de cassation par intérim, le juge Imad Kabalan. Après examen et au regard de la plainte déposée par le Parti socialiste progressiste de Walid Joumblatt contre les gardes du corps du ministre d’État pour les Affaires des réfugiés, Saleh Gharib, ce dernier a transmis le dossier de l’enquête au commissaire du gouvernement près le tribunal militaire, le juge Peter Germanos.

Pourtant, rien n’est encore joué. L’enquête que doit mener M. Germanos peut encore conclure au complot. Dans ce cas, sur recommandation du juge d’instruction militaire, l’affaire serait déférée devant la Cour de justice. Mais on n’en est pas là, loin s’en faut, et le chef du gouvernement s’y oppose catégoriquement.

Dans les faits, deux gardes du corps du ministre Saleh Gharib ont été tués dimanche 30 juin dans un échange de tirs qui s’est produit au lieu-dit Bassatine, au retour du ministre du village de Chemlane, où il avait rencontré son homologue des Affaires étrangères, Gebran Bassil. En principe, ce dernier aurait dû faire partie du convoi, mais il s’était ravisé sur un conseil, à la dernière minute. Une troisième victime de ces échanges de tirs, un homme de Qabr Chmoun qui se trouvait sur les lieux en curieux, a été également atteinte et se trouve toujours dans un état critique.

Ce qui s’est passé quand le convoi de M. Gharib s’est heurté à Bassatine au barrage dressé par les partisans du chef du PSP, Walid Joumblatt, demeure confus. Ces derniers faisaient-ils obstacle à Saleh Gharib ou à celui qui aurait dû être son hôte, Gebran Bassil ? Les gardes du corps ont-ils péché par excès de zèle et tiré en l’air pour frayer un chemin au convoi ? Ont-ils commis une bavure et tiré au jugé sur la foule ? Officiellement et publiquement, on n’en sait rien encore. Tout ce que l’on sait, c’est que ces deux agents de l’ordre ont été mortellement atteints par des tirs et que la voiture de M. Gharib porte les traces de 19 balles dans sa carrosserie.


(Lire aussi : Une semaine décisive pour le gouvernement, le décryptage de Scarlett Haddad)


Crime ou bavure ?

C’est en tout cas la mort de ces deux agents de l’ordre qui justifie aux yeux des enquêteurs le défèrement du dossier devant le tribunal militaire, du moins dans un premier temps. Pour sa part, Talal Arslane continue d’exiger que l’affaire aille devant la Cour de justice, ce qu’il justifie par une tentative d’attenter à la vie du ministre Gharib. C’est à ce titre qu’il refuse de livrer à la justice ses propres hommes, une dizaine, sinon en qualité de témoins. Fidèle à sa version des faits, M. Arslane refuse en effet que la victime et le bourreau, à savoir l’État et les milices, soient traités à pied d’égalité, et refuse de confondre crime et bavure.

Pour sa part, Walid Joumblatt juge que c’est à l’enquête de déterminer s’il y a eu préméditation d’homicide. Du reste, il cherche à se présenter en victime et poursuit en justice M. Arslane, justement pour justifier la thèse de l’incident, bavure ou homicide involontaire, et prévenir une procédure qui pourrait l’éclabousser personnellement et même, à la limite, aboutir à une décision de dissolution du PSP. À cet égard, les enquêteurs cherchent à savoir quels ordres avaient reçus les éléments armés du PSP : ceux d’interdire au convoi de poursuivre son chemin ou celui de tirer à vue ?

Les efforts officiels pour régler ce grave incident interdruze, qui empêche depuis le 30 juin la réunion du Conseil des ministres, sont quotidiens. Mais ils n’ont toujours pas abouti, et l’échec de la mission du général Abbas Ibrahim, chargé d’assouplir la position de Talal Arslane, est évidente sur ce plan.

Dans le cadre de ces efforts, le Premier ministre Saad Hariri a reçu hier le ministre de l’Industrie Waël Bou Faour (PSP) et Saleh Gharib. Interrogé à l’issue de la réunion, ce dernier est resté inflexible sur la nécessité de garder ouverte l’option d’un défèrement de l’affaire devant la Cour de justice. Ce principe est non négociable, a-t-il répété. M. Gharib a également assuré qu’il assisterait au Conseil des ministres s’il est convoqué, mais qu’un vote en Conseil des ministres, même si le pointage des voix le donnait perdant, lui paraissait « incontournable ».


(Lire aussi : La crise de Qabr Chmoun risque-t-elle de faire imploser le gouvernement ?)



Aoun et Berry prennent leurs distances

Pour sa part, le président de la Chambre Nabih Berry a reçu hier Wi’am Wahhab, qui à l’issue de son entretien avec M. Berry a pris ses distances par rapport à son ancien allié et plaidé en faveur d’un compromis. L’ancien député ne l’a pas dit explicitement, mais sa plaidoirie s’explique peut-être par la persistance de la tension dans les zones à prédominance druze. M. Wahhab a appelé, en effet, à la fin d’une situation anormale où la libre circulation des personnes n’est pas revenue à la normale.

Le Conseil des ministres, qui ne s’est plus réuni depuis deux semaines, en partie en raison du débat parlementaire sur le budget, se tiendra-t-il jeudi, comme l’espère le président du Conseil, et comme l’a prévu hier le ministre de l’Économie Mansour Bteich ? On le devine, c’est moins la réunion du gouvernement que la possibilité que lui soit soumise l’affaire de Qabr Chmoun qui fait problème. Avec le transfert du dossier au tribunal militaire, il semble que cette perspective se soit provisoirement éloignée, mais l’incertitude continue de régner.

En tout cas, on assure de source informée que le président de la Chambre et le chef de l’État penchent désormais, eux aussi, pour le compromis, redoutant de voir, comme M. Hariri, le gouvernement « cassé en deux » par cette affaire, avec un vote dont les résultats, selon les pointages, donnerait 14 « pour » et 14 « contre », ce qui réintroduirait dans le paysage la division entre 8 et 14 Mars. On assurait hier qu’au cas où, par surprise, cette question se pose, et pour éviter la cassure, M. Hariri se retirerait immédiatement de la séance gouvernementale. Les deux prochains jours devraient apporter certaines réponses au drame de Qabr Chmoun, à ses conséquences désastreuses sur la vie politique et aux efforts officiels pour, comme a dit M. Gharib après son entretien avec le chef du gouvernement, « arrondir les angles ».


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Yves Prevost

Ainsi, l'affaire de Qabr Chmoun qui n'implique que des civils va être confiée au tribunal militaire, au même moment où celle de l'école militaire qui n'implique que des militaires va être confiée à des tribunaux civils!
Qu'est-ce que cet imbroglio?

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