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Qabr Chmoun : le président de la Chambre œuvre à un compromis politique

L’idée de recourir au tribunal militaire n’aurait pas abouti, Salim Jreissati réclamant que l’enquête soit confiée à un comité sécuritaire mixte.

Une délégation de deputés joumblattistes reçue par le cheikh Abdel Amir Kabalan au siège du Conseil supérieur chiite. Photo ANI

Les effets des affrontements meurtriers de Qabr Chmoun entre le Parti socialiste progressiste de Walid Joumblatt et le Parti démocrate libanais mené par son rival, le député Talal Arslane, persistent, s’étant cristallisés en politique sur la question de la juridiction devant laquelle ils devraient être soumis : la Cour de justice, une juridiction d’exception sans appel qui examine en particulier les atteintes à la Sécurité de l’État, dont M. Arslane réclame la saisine, soutenu par le Courant patriotique libre – et officieusement par le Hezbollah ? – ou l’autre instance d’exception, le tribunal militaire, qu’aurait proposée le directeur de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, dans le cadre de sa médiation entre le PSP et le PDL ? Et pourquoi pas la juridiction spéciale qu’est le tribunal des imprimés, une option proposée ironiquement par Walid Joumblatt dans un tweet, révélant implicitement l’impasse de la médiation.

La saisine de la Cour de justice nécessite un décret en Conseil des ministres. L’impossibilité d’un tel accord cause jusqu’à nouvel ordre le blocage des réunions du cabinet, que le Premier ministre Saad Hariri tente de lever.

S’il a annoncé avant-hier en marge des réunions du Parlement la reprise des séances du Conseil des ministres la semaine prochaine – sans qu’il n’y soit finalement donné suite – c’est qu’il réagissait à des développements justifiant un certain optimisme. Le général Abbas Ibrahim venait en effet de se réunir à Khaldé au domicile de Talal Arslane, en compagnie du ministre d’État aux Affaires présidentielles, Salim Jreissati, et a été vu en début de soirée au Parlement, où il a rencontré Saad Hariri ainsi que le ministre de la Défense, Élias Bou Saab, dans le bureau du président de la Chambre, Nabih Berry.


(Lire aussi : L’ouverture de Joumblatt sur Aoun et Arslane : une initiative mort-née ?)


Selon nos informations, cette réunion aurait abouti à une solution en trois points, mise en échec aussitôt :

– dissocier le Conseil des ministres du dossier de Qabr Chmoun ;

– livrer tous les suspects à la justice : le PSP est le seul à avoir livré des partisans ayant pris part aux accrochages, le PDL déclarant qu’il ne livrerait ses partisans qu’à titre de témoins ;

– renvoyer le dossier devant le tribunal militaire, quitte à ce qu’il soit ensuite transféré devant la Cour de justice. Cette mouture était à première vue propice à contenir les positions des uns et des autres, mais est restée sans aboutissement. Séparer le dossier de la Montagne du Conseil des ministres implique que le transfert devant la justice soit précédé d’une enquête sur les incidents, c’est-à-dire que le choix de la juridiction ne soit tributaire que de cette enquête – auquel cas même le PSP serait disposé à adhérer a l’option de la Cour de justice. Sauf que cette enquête est actuellement menée par les services de renseignements des Forces de sécurité intérieure, accusés par le PDL de parti-pris en faveur de Walid Joumblatt. Or l’enquête, qui toucherait à sa fin, ne serait pas, selon une source informée, favorable à la thèse du guet-apens dont aurait été victime le ministre d’État pour les Affaires des réfugiés, Saleh Gharib, lors des heurts de Qabr Chmoun.

Salim Jreissati a proposé de confier l’enquête a une commission ad hoc regroupant les différents services de sécurité. Une hypothèse inédite qui ne serait pas sans provoquer des rivalités paralysantes entre services, de l’avis de proches du Premier ministre et du PSP, tous deux rejetant cette option.


(Lire aussi : Cour de justice : toujours pas de compromis en vue)


« Ne pas jouer avec la sécurité »
Par conséquent, le seul moyen de débloquer la question de la Cour de justice est que Talal Arslane livre ses hommes à la justice et qu’il reconnaisse la compétence des FSI à mener l’enquête. Cela lèverait l’obstacle au recours à la Cour de justice, tant qu’un tel recours est décidé par consensus et non par vote en Conseil des ministres, selon une source haut placée du PSP, le consensus étant une garantie que le dossier ne soit pas un instrument de marginalisation du PSP, voire de vindicte politique, comme il l’avait été avec le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, sous la tutelle syrienne.

Face au « danger de jouer avec la sécurité », selon une source du PSP, la solution la plus sûre demeure le compromis politique, pour lequel œuvre le président de la Chambre, Nabih Berry. L’objectif est « une formule qui sauvegarde ce qu’il reste de la crédibilité de l’État », selon cette source. Une rencontre sous l’égide du président de la République continue d’être envisagée, malgré l’impasse.

Dans une tentative de limiter les retombées des affrontements sur le vivre-ensemble, une délégation joumblattiste effectue une tournée auprès des autorités politiques et religieuses du pays. Hier, la délégation s’est rendue auprès du Conseil supérieur chiite. Une rencontre restée dans les limites de la symbolique, sans effet sur l’alignement du Hezbollah sur Talal Arslane, confie une source du PSP.



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commentaires (2)

LE PAYS DES COMPROMIS. COMPROMIS EN TOUT. ET ON VEUT SE QUALIFIER DE PAYS DEMOCRATIQUE. LE CONCENSUS N,EST PAS LA DEMOCRATIE. C,EST L,ENTENDEMENT DES TRIBUS.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

10 h 45, le 19 juillet 2019

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Commentaires (2)

  • LE PAYS DES COMPROMIS. COMPROMIS EN TOUT. ET ON VEUT SE QUALIFIER DE PAYS DEMOCRATIQUE. LE CONCENSUS N,EST PAS LA DEMOCRATIE. C,EST L,ENTENDEMENT DES TRIBUS.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    10 h 45, le 19 juillet 2019

  • pour lequel œuvre le président de la Chambre, Nabih Berry. L’objectif est « une formule qui sauvegarde ce qu’il reste de la crédibilité de l’État » M BERRY A PERDU LUI MEME TOUTE CREDIBILITE ET NE SAIT PLUS OU EST SA PLACE APRES L'INCIDENT OU IL A RECLAME D'UN MINISTRE DE NE PAS APPLIQUER LA LOI A CAUSE DE QUELQUES REMOUS DANS DES CAMPS DE REFUGIES

    LA VERITE

    03 h 37, le 19 juillet 2019