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Liban

Deux ans après le départ des islamistes, Ersal se remet à vivre

Reportage

Pour les réfugiés syriens aux maisons détruites, tout est mieux que de rentrer dans leur pays.


19/07/2019

Deux ans après le départ des fondamentalistes d’al-Nosra et du groupe État islamique, Ersal est redevenu un village libanais presque ordinaire. L’armée s’est déployée dans la localité, et celle-ci a repris des relations ordinaires avec ses voisins, notamment avec Laboué où, à diverses reprises, des militants du Hezbollah bloquaient l’unique route menant au village.

Désormais, les 35 000 habitants de Ersal se rendent librement dans leurs champs d’abricots et de cerises situés dans le jurd, qui avaient été occupés durant quelques années par des miliciens venus de Syrie. Ils peuvent également traverser les villages voisins pour arriver aux champs agricoles situés à la frontière avec la Syrie, dans la localité de Macharih el-Qaa. Ils écoulent aussi leur marchandise de pierres coupées dans les carrières du jurd, très prisées dans la construction de bâtiments en pierre de taille. Cela a été rendu impossible durant plusieurs années après la fermeture des routes par les hommes du Hezbollah, la présence des islamistes sunnites dans le jurd et les combats de l’été 2014 entre l’armée d’une part, et l’EI et al-Nosra de l’autre. Ces derniers avaient négocié en juillet 2017 un accord avec le Hezbollah, et ils ont pu regagner libres la Syrie en bus climatisés et accompagnés de leurs femmes et enfants.


(Lire aussi : À Ersal, la colère des réfugiés syriens dans les campements réduits à l’état de ruine)


Depuis le début de la crise syrienne, Ersal a ouvert grandes ses portes aux réfugiés. Elle en accueille aujourd’hui 70 000. Au fil des ans, plus de 6 000 réfugiés ont été relocalisés à l’intérieur du Liban par l’armée qui estimait que leur présence pesait sur la sécurité, surtout que certains campements étaient proches des points de contrôle militaires.

Aujourd’hui, l’armée a détruit les constructions en dur, bâties dans des campements de réfugiés éparpillés dans toute la localité, gardant uniquement une base en béton et des pans de mur hauts de 50 centimètres. Le reste est reconstruit avec des bâches, du plastique ou du bois.

Nasrat Rayed, vice-président du conseil municipal de Ersal, souligne, dans un entretien avec L’Orient-Le Jour, que la municipalité aurait préféré regrouper tous les réfugiés syriens dans un seul camp. « Ersal dispose d’immenses terrains domaniaux, nous aurions pu construire un seul camp. Cela aurait été plus efficace, que ce soit sur le plan de la sécurité ou celui de l’infrastructure. La présence d’autant de réfugiés dans notre village pèse sur l’électricité, l’eau, la collecte des ordures… Bref, sur toute notre infrastructure. Nous recevons certes des aides des organisations internationales, mais cela reste insuffisant », confie-t-il.



(Pour mémoire : Réfugiés syriens : l’armée aujourd’hui à Ersal pour « une mission d’observation et de comptage »)


Les prisons d’Assad
Pour Rachid, un réfugié syrien d’une quarantaine d’années, « tout est mieux que la possibilité de retourner en Syrie ». Les murs et le plafond de sa modeste maison construite dans un campement de réfugiés ont été détruits au mois de juin par l’armée libanaise.

Rachid, originaire du Qalamoun, est arrivé au Liban il y a six ans. Avant de témoigner, il montre les traces de torture qu’il porte au dos. C’est un miraculé des prisons de Bachar el-Assad. Il a passé quatre mois dans une cellule de prison de Damas et s’est réfugié au Liban une fois remis en liberté.

« Nous sommes en territoire libanais, et l’État libanais est libre de faire ce qu’il veut. Nous respectons les lois de ce pays qui nous a accueillis à bras ouverts. C’est vrai qu’ici en hiver, il y a deux mètres de neige et que le toit d’une tente pourrait s’affaisser sous le poids… Mais tout est mieux que de rentrer en Syrie », dit-il. « Nous sommes des réfugiés, et les Libanais sont de très bons hôtes », insiste-t-il.

Mayda est elle aussi originaire du Qalamoun syrien. Elle fait partie de la minorité sunnite du village chrétien de Maaloula. Elle acquiesce quand son voisin Rachid parle. Elle aussi remplacera les murs de parpaing par des bâches.

Vivant dans ce campement de Ersal avec ses quatre filles en bas âge, son mari et sa mère aveugle, elle affirme : « Nous sommes des réfugiés, nous n’avons pas le droit de contester les décisions de l’État libanais. » « C’est vrai que notre vie n’est pas facile et qu’avec les bâches ou la tôle ondulée, la maison sera plus chaude en été et plus froide en hiver, mais nous n’avons pas le choix. C’est mieux que d’être expulsés pour rejoindre la Syrie », explique-t-elle.

Dans ce camp de réfugiés de Ersal, les Syriens – qui font partie de l’opposition dans leur pays – ont une seule et unique peur, celle d’être renvoyés chez eux, et c’est pour cela qu’ils acceptent sans rechigner les décisions de l’État libanais.


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