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Liban

Réfugiés syriens : l’armée aujourd’hui à Ersal pour « une mission d’observation et de comptage »

Réfugiés syriens

Un nouveau délai de grâce aurait été accordé pour la destruction des habitations en dur dans les campements.

01/07/2019

Le délai fixé par le Conseil supérieur de la défense aux réfugiés syriens pour détruire leurs constructions en dur devait expirer aujourd’hui, après avoir été prorogé une première fois. Mais il semble qu’un « nouveau délai de grâce ait été accordé aux réfugiés syriens », afin de leur « donner le temps nécessaire pour détruire les structures en béton » qu’ils avaient aménagées pour se protéger du froid et de la chaleur. D’autant que ces derniers ont « fait preuve de bonne volonté » en se pliant à la décision des autorités libanaises. Sans oublier que parmi les réfugiés, « on compte de nombreuses veuves, des personnes malades ou handicapées, des personnes âgées aussi, qui ont besoin d’assistance pour détruire leurs logements de fortune ».

C’est ce qu’indique à L’Orient-Le Jour Rima Karnabi, membre de la municipalité de Ersal, qui dénonce le « laisser-faire » des précédentes autorités locales (avant 2016). Un laisser-faire qui a « facilité l’installation d’un camp de réfugiés informel à l’intérieur du village, sans la moindre infrastructure, sans réseaux d’égouts, causant d’importants désagréments aux habitants de la localité ».Le démantèlement des constructions en dur suit donc son cours, avec l’aide d’associations humanitaires qui assurent aux réfugiés quelques équipements leur permettant de reconstruire leurs logements de fortune. Des planches de bois, des bâches, de la tôle... « Une opération à laquelle ne participe pas l’armée libanaise ou les forces de sécurité qui ne lancent pas d’opérations de démolition de logements de fortune ni de démantèlement de camps de réfugiés. Pas plus qu’elles n’incitent les réfugiés à détruire leurs logements, explique à L’Orient-Le Jour une source militaire informée. Leur mission réside plutôt dans la sécurité de l’entourage des camps informels. » Cette mission les pousse parfois « à effectuer des descentes, à la recherche de personnes recherchées par la justice ou d’armes ».

Les réfugiés syriens sont donc invités par les autorités locales, les municipalités notamment, « à détruire eux-mêmes leurs constructions illégales ». Avec la possibilité de se faire aider, plus particulièrement lorsqu’il s’agit de femmes seules, de personnes âgées ou malades. « Les forces de l’ordre ne démantèlent pas les camps de réfugiés, mais accompagnent de loin la destruction des structures en béton », insiste la source militaire. C’est donc dans le cadre d’une « mission d’observation et de comptage que l’armée doit se rendre aujourd’hui à Ersal », histoire « de prendre connaissance de l’avancée » des opérations de démolition des maisonnettes construites par les réfugiés, ou même des constructions en dur aménagées pour consolider les tentes. « La troupe établira aussi des statistiques, pour recenser les départs ou les réinstallations. » Car, précise la source, « nous assistons à quelques départs, par très petits nombres, il est vrai », depuis la décision du Conseil supérieur de défense de détruire les habitations en dur de réfugiés.


(Lire aussi : Huit ONG libanaises mettent en garde contre l'expulsion forcée de Syriens)



L’absence de politique publique

Cela ne veut pas pour autant dire que les choses se déroulent comme sur des roulettes. La décision du Conseil supérieur de la défense, prise en avril dernier, vient soutenir la campagne menée par le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, à l’encontre des réfugiés syriens. Une campagne placée sous la bannière du refus de l’implantation, mais qui ne manque pas de provoquer des frictions entre les réfugiés syriens et des communautés hôtes touchées par le chômage et la crise économique. Début juin, dans le village chrétien de Deir el-Ahmar, à la suite d’un incendie dans un campement informel, les réfugiés syriens s’en sont violemment pris à la Défense civile qui avait apostrophé une femme dans des termes irrévérencieux. Résultat, quelque 700 déplacés ont été renvoyés de la localité qui n’en voulait plus, pour être réinstallés dans une autre région de la Békaa. Officiellement, cette décision avait pour objectif de protéger aussi bien les habitants du village que les réfugiés syriens.

Mais la population réfugiée ne manque pas de dénoncer dans l’initiative de destruction des constructions en béton « un nouvel épisode d’exode forcé ». « Les réfugiés sont menacés d’être rapatriés en Syrie s’ils ne détruisent pas les maisons en dur. Cela se fait parallèlement à la montée des discours de haine », observe une réfugiée syrienne, Muzna Alzohori, engagée dans l’action humanitaire auprès de ses compatriotes.


(Lire aussi : Des intellectuels libanais expriment leur "dégoût face à l'hystérie raciste" de Gebran Bassil)



De son côté, un expert en matière de politiques publiques et de réfugiés, Ziad el-Sayegh, fait part de sa consternation. « Nous voyons malheureusement le résultat de l’absence de politique publique des autorités à l’égard des réfugiés aussi bien syriens que palestiniens », déplore-t-il, affirmant que l’État a lamentablement échoué dans la gestion du dossier. Et de rappeler comment « au début de la crise syrienne, les réfugiés se sont installés au Liban dans le chaos le plus total, sans contrôle, sans garde-fous, sans aides sociales ni légales ». « Ils ont fait avec les moyens du bord », précise-t-il. « Et aujourd’hui, au lieu de demander des comptes aux autorités libanaises, on s’en prend aux réfugiés qui vivent dans la grande précarité et qui tentent de s’installer de manière plus salubre, sous prétexte de les pousser au retour », dénonce-t-il. « Or ce retour ne peut se faire que par le biais d’un mécanisme », martèle l’expert, insistant sur la nécessité de traiter le dossier sur base d’un équilibre entre ses aspects humanitaire, souverain et politique. « Deux cent mille réfugiés syriens sont déjà rentrés chez eux grâce à l’initiative réussie de la Sûreté générale », reconnaît l’expert. Et de se demander : « Pourquoi, au lieu de détruire des logements de fortune, l’État ne travaille-t-il pas au rapatriement des 300 000 réfugiés déplacés de Qousseir ? »


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ON RISQUE L,ETONNEMENT EN LES COMPTANT.

Antoine Sabbagha

Des structures en béton ou en bois le danger de la présence des syriens reste grand pour l'avenir du Liban .

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