Le village préféré des Libanais - 2019

Ghazir, le ciel, le soleil et la mer

Le village préféré des Libanais

Pour la quatrième année consécutive, les lecteurs de « L'Orient-Le Jour » au Liban et dans le monde voteront pour « Le village préféré des Libanais ». Cette année, dix nouveaux villages sont en lice. Un reportage écrit et une vidéo, chaque jour pendant dix jours, pour vous aider à choisir... Après Amchit, Barouk, Baskinta, Bécharré et Cana, voici Ghazir. Le vote est ouvert jusqu'au 28 juillet.

10/07/2019

Au bout de la baie de Jounieh se languit Ghazir. Ses pieds baignent dans la Méditerranée, son long corps longiligne est couché à flanc de montagne et sa tête – ou bien est-ce son cœur ? – surplombe fièrement la région. La multitude de clochers se dressant au sommet de la colline semblent donner plus de hauteur encore à « ce qui peut ressembler à une petite ville, mais a, en fait, un réel esprit de village », comme la décrit le président de la municipalité, Charles Haddad.

Tout en bas du village, le front de mer de Ghazir est un des rares encore sauvages du coin. Trop sauvage peut-être, selon M. Haddad, en référence aux joncs et aux herbes folles qui envahissent le kilomètre et demi de plage de galets bordant la mer. Mais cela change du béton qui a défiguré le reste du littoral libanais. Bientôt, des projets d’aménagement « dans le plus grand respect des normes environnementales » pourraient être réalisés pour accueillir les amateurs de soleil et de baignades, promet M. Haddad.

Veillant depuis des siècles sur ce bout du littoral se trouve un pont du début de notre ère. Il s’agit d’un des derniers vestiges de la route maritime construite par les Romains reliant l’Égypte à ce qui était alors la Phénicie. Pour profiter de la vue qu’ont eue des générations de personnes empruntant cette route longeant l’horizon, les visiteurs peuvent s’asseoir à l’une des tables des restaurants panoramiques qui surplombent la côte.

Pour se rendre au cœur du village, il faut emprunter la route sinueuse qui traverse le Ghazir « moderne », avec sa collection de magasins, grandes enseignes et quartiers résidentiels, comme celui de Kfarhbab. Impossible toutefois de se perdre en chemin : la voie est balisée par les innombrables statues d’Abouna Yaacoub, le bienheureux père Jacques, figure religieuse et spirituelle de la localité et du Liban tout entier. « Les habitants de Ghazir sont très pieux », assure sœur Marie-Colombe, de la congrégation des franciscaines de la Croix du Liban. « Khalil Haddad (le nom d’origine d’Abouna Yaacoub) entendait de sa petite chambre les clochers de toutes les églises environnantes, ce qui a sûrement influencé sa vocation », raconte-t-elle encore. La religieuse ne tarit pas de détails sur la vie de l’homme de religion lors des visites qu’elle organise dans la petite maison familiale, où il est né en 1875.

Entré en religion, le père Jacques résidait au couvent Saint-Antoine-de-Padoue, installé sur une colline dominant majestueusement Ghazir, lorsqu’il n’était pas aux quatre coins du pays pour fonder des institutions religieuses et des écoles ou essaimer ses enseignements. Son engagement lui valut, en 2008, 54 ans après sa mort, d’être béatifié par le Vatican, à la grande fierté des habitants de son village natal.




À croire que l’air de Ghazir rend réellement bienheureux. Une autre sainte figure du Liban y a résidé sept années durant : sainte Rafqa de Hemlaya. Cette dernière a vécu de 1862 à 1870 au séminaire de Ghazir, où elle travaillait dans les cuisines. « Un service éprouvant », raconte le père Élie Khoueiry, père économe de cette école de formation des prêtres maronites.

Installé au sommet du village, voisin du siège de la municipalité, le séminaire maronite est un impressionnant complexe de bâtiments anciens. Il fut tour à tour couvent, séminaire jésuite et orphelinat, pendant la Première Guerre mondiale. C’est au cours de la première moitié du XXe siècle qu’il a été transformé en séminaire maronite, où vivent désormais, dans une ambiance feutrée et modeste, une centaine de séminaristes. Autant de nouvelles vies pour le bâtiment d’origine, un palais construit par les princes Chéhab, cette dynastie qui a gouverné le Mont-Liban à partir du début du XVIIIe siècle. Dans la cour du séminaire actuel, le père Khoueiry pointe d’ailleurs du doigt deux hauts cyprès, « symbole des Chéhab, que l’on retrouvait dans tous les bâtiments qu’ils construisaient », témoins inébranlables du temps où Ghazir était la capitale du Mont-Liban, riche notamment de ses cultures de vers à soie.

C’est d’ailleurs de l’époque des Chéhab que date le développement de la partie ancienne du village, et, entre autres, de son souk traditionnel et paisible aux échoppes en tous genres, du marchand des quatre-saisons à l’étal coloré à l’atelier de ferrailleur, en passant par un magasin de narguilés. La promenade, le nez en l’air à contempler les vieilles maisons à arcades et une glace à la main, y est particulièrement agréable. C’est également à cette famille de princes Chéhab que l’on doit le palais du Mzar, perché sur une colline non loin du centre-ville. Ce petit château, construit au XVIIIe siècle par l’émir Bachir Chéhab II (1767-1850) comme cadeau à un de ses neveux, et dont il ne reste aujourd’hui que la structure, se mue le week-end en salle de réception à la vue grandiose.

Le sérail municipal, qui jouxte le séminaire maronite, a lui été construit après la disparition de cette dynastie de grands hommes, à la fin du XIXe siècle. Immortalisé sur une grande toile dans le bureau du président du conseil municipal, Bachir Chéhab II, son tarbouche et son regard sévère ne ratent d’ailleurs rien de ce qu’il se passe dans ce haut bâtiment baigné de lumière.

Et on l’imagine, lui et les autres ancêtres ornant les murs du sérail, fiers d’entendre le président du conseil municipal déclamer son amour pour Ghazir, le village qui l’a vu naître et qu’il considère, à l’instar de plusieurs autres, « comme son père et sa mère », comme sa « petite patrie au sein de la grande patrie qu’est le Liban ».


Fiche technique :

Nombre d’habitants : environ 5 500 électeurs, entre 20 000 et 25 000 résidents.

Président du conseil municipal : Charles Haddad (09-920955).

Célébrités du village : la dynastie des Chéhab et notamment l’émir Bachir Chéhab II (1767-1850) ; l’ancien président Fouad Chéhab (1902-1973) ; le bienheureux père Jacques ; la famille Zouein : l’ancien ministre et député Maurice Zouein, l’ancienne députée Gilberte Zouein.

Restaurants : Manuella (09-830000), Seif el-Bahr (09-850005), al-Phenic (09-852152), Manarat el-Khalij (09-856678), Cielo Verde (76-707707), Kasser el-Sanawbar (03-356089). Sur l’autoroute : Glace Awad.

Possibilité de séjourner : la maison d’hôte Beit Wadih (76-377155).

Altitude : 400 m.

Climat : méditerranéen, doux l’hiver, avec averses et orages ; chaud l’été, avec des brises.


À ne pas rater

* Une promenade dans le vieux souk.

* Une visite des anciens bâtiments du séminaire maronite (09-920150).

* Une visite du couvent Saint-Antoine (siège de l’ordre libanais maronite – appeler avant pour prendre l’autorisation de visiter les bâtiments).

* Une visite de la dizaine d’églises du village, et de la maison du père Jacques.

* Un déjeuner dans un grand restaurant de mezzés et poisson le long de la baie.


Comment y accéder

À partir de Beyrouth, prendre l’autoroute partant vers le nord sur 27 kilomètres ; après avoir passé Jounieh, au niveau du centre commercial Métro, tourner à droite (grand panneau indiquant la sortie vers Ghazir) ; poursuivre sur la route principale jusqu’au centre du village.

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Honneur et Patrie

Les célébrités de Ghazir, le Ghazir maritime, le député Georges Bayk Zouein, surnommé "Le Lion Libanais" un immense pilier du Bloc national libanais fondé par le président Emile Eddé.

Honneur et Patrie

De grâce, épargnez le kilomètre et demi de plage de galets situé entre Mameltein et le pont romain. C'est le terrain limité par le pont romain qui avait servi de campement pour la brigade indienne de l'armée britannique en 1941-42. C'est le seul endroit encore vierge de la Baie de Jounieh depuis les Phéniciens.

Tina Chamoun

Pourquoi avez-vous zappé la maison où a séjourné Ernest Renan??