Le village préféré des Libanais - 2019

Cana, miraculeuse et résistante

Le village préféré des Libanais
10/07/2019

À 93 km au sud de Beyrouth, le village de Cana, également connu sous le nom de Cana de Galilée, se dresse fièrement au cœur du Liban-Sud. Village mixte, il est le centre d’un tourisme religieux chrétien florissant. Et pour cause, certains historiens considèrent que Cana correspond à l’emplacement géographique où le Christ aurait effectué son premier miracle, lors des célèbres « noces de Cana ». Cana de Galilée est également tristement célèbre pour avoir été le théâtre, en 1996 et en 2006, d’attaques israéliennes qui ont fait une centaine de morts parmi les civils.

Si Cana de Galilée est aujourd’hui considéré par certains comme le Cana biblique, c’est surtout grâce aux travaux des historiens Youssef Hourani et Martiniano Pellegrino Roncaglia, qui ont donné consistance à une tradition remontant à Eusèbe de Césarée, premier historien de l’Église ; une tradition qui situe le lieu où Jésus a accompli son premier miracle au voisinage de Tyr. Dans l’évangile de saint Jean, les noces de Cana correspondent au premier miracle du Christ, lorsque, à la demande de sa mère, il change l’eau en vin lors d’un mariage. L’évangile de Jean fait référence à six cuves de pierre utilisées pour les ablutions rituelles des juifs. C’est l’eau contenue dans ces cuves qui aurait été, selon le texte, transformée en vin. Or l’on trouve à Cana de grandes cuves, visibles aujourd’hui, remontant à l’époque de la présence du Christ dans la région.

L’Église n’a toutefois pas encore tranché concernant cette hypothèse, et certains chercheurs tendent à situer le Cana biblique à Kfar Kenna, en terre palestinienne.

Non loin de l’emplacement des cuves se dresse le sanctuaire du prophète al-Jalil, un saint homme vénéré par la communauté chiite, mais dont on connaît peu de choses. La tradition populaire veut que ce prophète soit le père de la mariée des noces de Cana.

On trouve également à Cana, niché au creux d’une vallée, un autre site historique composé de reliefs sculptés dans les rochers et remontant au Ier siècle après Jésus-Christ. Selon les croyances populaires, les reliefs qui y sont sculptés représentent le Christ et ses disciples durant la Cène, la Vierge et l’enfant, ou encore la résurrection de Lazare. Non loin des sculptures, les fidèles peuvent se recueillir dans une grotte que les habitants de la région considèrent comme ayant abrité les premiers chrétiens persécutés. Cette grotte fait l’objet, depuis les années 2000, d’un culte de la Vierge.

« Il nous importe de mettre en relief le côté sacré de notre village, indique Mohammad Attiyé, ancien président de la municipalité de Cana. Nos sites ont été placés par le ministère du Tourisme sur la carte du tourisme religieux au Liban. Un couple est même venu de Zghorta pour se marier ici, tellement le site est important pour la communauté chrétienne », ajoute-t-il.

À noter que la figure du Christ est également vénérée dans l’islam, où il est considéré comme étant le prophète Issa, ce qui fait que Cana attire beaucoup de visiteurs libanais, toutes confessions confondues, en plus des pèlerins étrangers.

Coexistence islamo-chrétienne
Dans ce village à majorité chiite, également habité par une communauté chrétienne grecque-catholique, les habitants insistent sur la coexistence et la proximité des deux communautés.

« La population chiite et chrétienne de Cana défend la tradition populaire sur les sites de tourisme religieux du village », explique l’anthropologue Nour Farra, créatrice de l’application Holy Lebanon qui répertorie les sites religieux du Liban.

Au sein du village, l’association Chabab Cana (Jeunes de Cana) s’emploie, depuis 2016, à promouvoir la diversité et le tourisme dans la localité. Les jeunes ont planté 2 500 arbres autour de la grotte et des reliefs et travaillent à créer un sentier de randonnée dans la vallée d’Achour. « Selon les croyances populaires, le Christ empruntait cette vallée lors de ses déplacements, et il s’y adressait aux fidèles », explique Hassan Dakhlallah, président de Chabab Cana.

Dans le quartier chrétien se dresse l’église Saint-Joseph des grecs-catholiques. Bâtie en 1906, l’église a été victime d’un incendie il y a quelques années, mais elle a été rénovée dans le respect de la tradition. Derrière l’église trône une grande statue de la Vierge, don en 2011 de Margot Tyan, belle-mère de l’ancien président de la République Amine Gemayel. Une étrange stèle en pierre située derrière le bâtiment abriterait, selon les paroissiens, les restes d’une religieuse.

Le village est par ailleurs fier du peintre Moussa Tiba (1939-2014), enfant du village, qui y a ouvert un musée où sont notamment exposées ses aquarelles.

Les amateurs de vestiges archéologiques ne rateront pas le sarcophage de Hiram, sur la route reliant Tyr à Cana, au niveau du village de Hnaouay. D’une longueur de 4 mètres, il s’agit d’un des plus grands sarcophages du Liban. Quant à la dépouille mortelle qu’il abritait, les archéologues pensent qu’il s’agissait de Hiram, roi de Tyr.




La ville aux matyrs
Si les habitants de Cana aspirent aujourd’hui à attirer plus de visiteurs, il n’en reste pas moins que les esprits sont encore marqués par les deux agressions israéliennes du 18 avril 1996 et du 30 juillet 2006, lors de la guerre qui a opposé le Hezbollah à l’État hébreu. On peut visiter les deux endroits où les attaques ont été perpétrées et lors desquelles des familles entières ont été décimées. Les victimes ont été enterrées sur place, dans des espaces érigés en leur mémoire.

Non loin de l’endroit où a eu lieu l’agression de 1996, les visiteurs peuvent accéder à un bâtiment qui abrite les tombes des victimes, au milieu de photos du leader du mouvement Amal, Nabih Berry, et de son fondateur, l’imam Moussa Sadr. À l’étage se trouve une exposition permanente de peinture sur le massacre perpétré par l’aviation israélienne contre ce QG de la Finul où pensaient avoir trouvé refuge des civils. L’emplacement de l’attaque de 2006 a également été transformé en cimetière. On y retrouve, au milieu des drapeaux du Hezbollah, les pierres tombales de la trentaine de victimes tombées ce jour-là.




Fiche technique

Nombre d’habitants : 20 000 habitants enregistrés à Cana, répartis entre ceux qui y résident tout le long de l’année et les émigrés qui reviennent en été.

Président du conseil municipal : Mohammad Attiyé jusqu’au 23 juin 2019, Mohammad Kracht depuis le 24 juin 2019.

Célébrités du village : Moussa Tiba, peintre (1939-2014) ; Michel Ayoub, ancien directeur général du ministère de l’Industrie.

Possibilité de séjourner : les hôtels et maisons d’hôte sont inexistants à Cana. Possibilité de séjourner à Tyr (à 13 km de Cana) ou Aïn Ebel (à 21,8 km de la localité).

Restaurants : Eres Cana (les noces de Cana), réservation obligatoire au 03-057768. Inzaghi, snack, restaurant et grillades (76-733180). Vous trouverez également plusieurs snacks et boulangeries dans le village.

Spécialités culinaires : cuisine libanaise, plats traditionnels, production d’olives et d’huile d’olive. Mouné, plats libanais ou travaux manuels à acheter auprès de l’association The Holy Family, située dans le quartier Saint-Joseph. Prendre contact avec Majida Boutros (71-712315).

Activités : randonnées ou promenades à Wadi Ashour, vélo, tourisme religieux.

Altitude : 300 m.

Climat : températures douces, été comme hiver.



À ne pas rater

* Les reliefs représentant le Christ.

* La grotte dédiée à la Vierge.

* Les cuves historiques qui auraient servi à accomplir le premier miracle du Christ.

* Le musée Moussa Tiba (ouvert les jeudis et les dimanches, de 10h à 18h. Tél. : 07-430149).

* L’église Saint-Joseph des grecs-catholiques.

* Le festival annuel de Cana, en été, avec son souk et ses produits du terroir. Les dates seront annoncées bientôt.

* Sarcophage de Hiram, à l’entrée du village, du côté de la localité de Hnaouay.

* Wadi Achour.

* Sanctuaire du prophète al-Jalil.




Comment y accéder ?

De Beyrouth, prendre l’autoroute vers Saïda. Se diriger ensuite vers Tyr.

* Une fois à Tyr, prendre la route qui mène vers le village de Jouaya, puis vers Cana. Cette route vous permettra d’admirer l’arrière-pays.

* À partir de Tyr, prendre la route maritime puis bifurquer vers Cana au niveau de la station d’essence Safieddine.

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Honneur et Patrie

Je connais Cana et Bazouriyé depuis près de 70 ans, je venais de Jounieh pour taquiner les cailles en avril dans les champs de fève. Mes amis les chasseurs locaux remplissaient le coffre de ma voiture de fève fraîche pour le bonheur de toute ma famille. Un geste de générosité qui me pousse à dire: "Au Liban, c'était mieux avant".
A l'époque, on ne parlait pas encore de la Grotte de Cana.

BOSS QUI BOSSE

Heureusement pour les libanais que Cana est à l'endroit où elle se trouve.

Le sud liban a souffert des attaques ravageurs sur des civils par l'aviation usurpatrice.