Le village préféré des Libanais - 2019

Bécharré, entre anges et chérubins

Le village préféré des Libanais 2019

Pour la quatrième année consécutive, les lecteurs de « L'Orient-Le Jour » au Liban et dans le monde voteront pour « Le village préféré des Libanais ». Cette année, dix nouveaux villages sont en lice. Un reportage écrit et une vidéo, chaque jour pendant dix jours, pour vous aider à choisir... Après Amchit, Barouk et Baskinta, voici Bécharré. Votez pour votre village préféré avant le 28 juillet.

10/07/2019

Dans sa Mission de Phénicie, Ernest Renan s’attarde sur « la tendance des maronites à placer l’Éden dans leur Vallée sainte ». Les Bécharriotes, en particulier, ont fait appel à tous les saints de l’Église, aux prophètes, aux martyrs chrétiens, à la Vierge Marie… aux anges et aux chérubins pour les placer dans leur vallée et sur ses falaises. Et pour couronner le tout, ils ont lancé un appel à Dieu pour qu’il trône sur leur forêt de cèdres. Le village étant perché à quelque 1 500 mètres d’altitude, l’appel a, semble-t-il, été entendu. La forêt est devenue celle des « cèdres de Dieu ».

L’histoire des chrétiens maronites ne se lit pas dans les pages d’un livre, mais dans les grottes et renfoncements rocheux de Bécharré et de ses environs. Pour le père Hani Tok, l’emplacement des églises et des monastères n’est pas fortuit. « Dieu est au sommet, trônant sur la forêt des cèdres qui porte son nom. Un peu plus bas, la vallée est encerclée de prophètes tels que saint Daniel à Hadath el-Jebbé, le mont Saint-Élie à Hadchit, un autre à Blawza, saint Chaaya à Bazoun et saint Élisée à Bécharré. Vient ensuite la Vierge Marie qui symbolise le passage de l’Ancien au Nouveau Testament. Sur deux autres niveaux siègent les moines et les martyrs », explique-t-il. Ainsi, du fin fond de la vallée jusqu’au sommet de la montagne, les Bécharriotes, en bons chrétiens, gravissent les échelons de la sainteté pour parvenir au divin.

Mar Séba, patron du village, n’est ni au sommet ni au pied de la montagne mais au cœur de Bécharré, non loin des habitants et du souk qui regorge de vie. De part et d’autre de la cathédrale qui porte son nom, des représentations de saints orientaux et de quelques saints originaux de Bécharré se dressent sur les murs en dessous des vitraux. Moins imposante que la cathédrale mais de loin plus chaleureuse, l’église Mar Geryès est, du fait de la simplicité et de la modestie de son architecture, l’archétypique de l’église maronite.

De tous les lieux de culte maronites, ceux qui décrivent le mieux l’histoire de la communauté sont les grottes nichées dans la Vallée sainte où se retiraient les ermites et les reclus, et où trouvaient refuge les maronites fuyant les persécutions. Classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1998, la Vallée sainte est considérée comme le berceau des maronites : le couvent de Qannoubine a été le premier siège du patriarcat quand cet ordre a été créé dans le couvent Saint-Élisée. Enfin, la première imprimerie du Moyen-Orient est installée dans le monastère de saint Antoine de Qozhaya. La forêt des cèdres de Dieu, dont la présence solennelle évoque la neige, les sources, le pur silence des sommets où le temps semble figé, est, elle aussi, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco.

Pour Joseph Ishac, député de la région, le classement de deux sites bécharriotes au patrimoine de l’Unesco atteste de la richesse des attributs de sa région. « Outre son cachet spirituel et religieux, le village de Bécharré regorge de sites culturels, naturels et patrimoniaux », précise M. Ishac avant de poursuivre : « Ces sites attirent les touristes des quatre coins du monde et, depuis le lancement du Festival des Cèdres, la région a retrouvé son rôle culturel et artistique, ainsi que sa stature parmi les destinations estivales. »




L’art, le sport et les pommes de Bécharré
Bécharré trône sur le versant occidental du Mont-Liban, plus précisément sur le mont Makmel, la plus haute des montagnes du Liban, et s’étend jusqu’à Qornet el-Sawda, le plus haut sommet du Moyen-Orient avec ses 3 088 mètres d’altitude. Ancré sur le flanc de la vallée des Saints, le village, qui est un paradis pour les adeptes du tourisme religieux, offre également à ses visiteurs un passage très subtil du sacré au profane.

« Bienvenue dans la maison natale de Bécharré », lance le guide touristique Jhonny Nehmé avant de se rendre compte de son lapsus et de lancer : « Bienvenue dans la maison natale de Gibran Khalil Gibran. » « La complicité entre Bécharré et le célèbre artiste est telle qu’elle prête à confusion… » justifie-t-il. Bâtisse montagnarde simple et modeste composée de quelques pièces destinées à la vie d’une famille soudée par l’affection et la solidarité, caractéristiques des habitants des jurds, la maison de l’illustre poète et peintre rappelle le Liban d’antan.

Conformément à son souhait, la dépouille mortelle de Gibran, qui a passé le plus clair de sa vie à l’étranger, est revenue à Bécharré. C’est en 1975 que le musée Gibran Khalil Gibran a vu le jour pour être plus tard élargi. Aujourd’hui, il comprend 16 salles rendant compte des œuvres et de la vie de l’artiste aux multiples facettes. Ses œuvres traduisent sa volonté de marier les techniques occidentales aux sujets orientaux, et reflètent la grande spiritualité d’un homme épris d’absolu et de vérité. Le mausolée de Gibran est situé sous terre, dans une salle creusée dans la roche. Les cendres reposent dans une petite fente creusée dans le mur et entourée de bois de cèdre. L’auteur du Prophète est, bien entendu, prophète en son village, Bécharré, « la patrie de son cœur », comme il l’avait nommé.

Pour ceux qui préfèrent le sport à l’art, un bon nombre d’activités physiques sont proposées : randonnée, parapente, vélo, ATV... En hiver, les skieurs amateurs ou confirmés pourront se livrer aux joies de la glisse.

S’il n’est pas question de faire du ski en été, il n’en reste pas moins que des traces de l’hiver persistent même en saison estivale. Le brouillard peut envelopper le village comme un halo n’importe quel jour de l’année. Les pommes de Bécharré attendent, tout comme les agriculteurs, ce brouillard avec impatience. Si elles restent vertes jusqu’à la fin de mois d’août, le brouillard, à partir de septembre, les fera rougir.

Les pommes de Bécharré pourraient même être plus alléchantes que la pomme qu’Ève a eu l’audace de croquer et de proposer à Adam. Mais à Bécharré, sur les flancs de la Vallée sainte, on ne risque rien.




Fiche technique

Nombre d’habitants : environ 8 000 résidents en hiver, entre 15 000 et 20 000 en été.

Président du conseil municipal : Freddy Keyrouz.

Superficie : 62 km2.

Altitude : 1 450 mètres.

Possibilité de séjourner : de très nombreux hôtels, certains de très bonne qualité. On retiendra :

El-Naher 03-970225 Kadicha valley

Zaytouna 70-784060 Kadicha valley

Al-Rif 06-672090 Becharri Main Road

Mississippi 06-671020 Dawalib

River Roc 03-576995 Dawalib

Sabagh 06-671217 Dawalib

Al-Challal 03-158641 Becharri Main Road

Raffoul 06-671579 Harrim Street

Makhlouf 71-775543 Gebran K. Gebran Street

Montagnard 03-571154 Gebran K. Gebran Street

RTC 03-432226 Gebran K. Gebran Street

TRC Sweet 03-432226 Gebran K. Gebran Street

Al-Atlal 03-663076 Cedars Street

Las Galinas 71-694514 Cedars Street

Jesser al-Amar 03-940511 Cedars Street

Al-Chir 03-457815 Cedars Street

Ahla Jalsseh 03-259220 Cedars Street

La caverne 06-672402 Cedars Street

3ichana 03-468606 Ichana

Rasse el-Ine 70-682876 Rasse El Ine

Nebee Mar Semaan 70-736278 Mar Semaan

Themat al-Jabal 03-363852 Mar Semaan

Al-Seyar 03-191340 Cedars Street

Janat al-Arz 03-743760 Al Salib

Café des Cèdres 03-522962 Cedars

Bourj al-Arz 03-247764 Cedars

Restaurants : de nombreux restaurants orientaux et occidentaux, dans le village et les alentours.

Climat : froid en hiver, agréable en été.


À ne pas rater

* Les anciennes églises du village :

• Mar Séba

• Notre-Dame de l’Assomption

• Saint-Jean

• Saint-Joseph pour les pères carmes

• Sacré-Cœur-de-Jésus

• Notre-Dame du lait

• Mar Geryès

• Saint-Christopher

• Notre-Dame de Saydanéya

• Sainte-Moura

• Saint-Antoine-de-Padoue

• Saint-Joseph-de-la-Colline

• Notre-Dame de la Lumière

• Église de la Transfiguration

• Notre-Dame des Cèdres

• Église de la Sainte-Famille

• Saint-Charbel région Baal

• Saint-Charbel Jalsé

• Saint-Siméon-de-Stylite

• Notre-Dame de la région Marj Bécharré

* Les randonnées et autres activités sportives :

• Ski divers

• Randonnée

• Parapente

• Alpinisme

• Vélo.

* Le musée de Gibran Khalil Gibran et sa maison natale.

* La forêt des cèdres de Dieu.

* La Vallée sainte.

* Déguster impérativement les pommes de Bécharré.


Comment y accéder ?

Bécharré est à 110 kilomètres de Beyrouth. Venant de la capitale, suivez l’autoroute vers Tripoli, puis, au niveau de Chekka, prenez la bifurcation jusqu’à Amioun, puis Kousba et Tourza. Au barrage de l’armée, prenez légèrement à droite la route qui mène à Bécharré.

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Stes David

Par goût personnel j'ai surtout apprécié le cimiètere phénicien de Bécharré qui est situé un peu à coté du musée Gibran Khalil Gibran. Ce cimiètere est impressionant et possède d'un 'obelisk' une sorte de pyramide très ancienne, de l'époque phénicienne qui indique l'endroit du tombe phénicien. Aussi sur le chemin vers Bécharré il y a Tourza ou on peut s'arrêter pour visiter le sfinx phénicien, il y a là-bas un tombe phénicien indiqué par la figure d'un animal mythologique, un sfinx phénicien.

Yves Prevost

"le couvent de Qannoubine a été le premier siège du patriarcat quand cet ordre a été créé dans le couvent Saint-Élisée."
Je ne sais quel sens il faut donner à cette phrase qui doit être le résultat d'une erreur du typographe. Le couvent de Qannoubine est devenu le siège du patriarcat (mais pas le premier) en 1440 quand le patriarche Johanna al Jagi a dù s'enfuir de Mayfouq, et il l'est demeuré jusqu'en 1823. Quand au couvent saint Elisée (Mar Lichaa) il a été le berceau du premier Ordre monastique maronite fondé en 1700 (qui s'est, par la suite scindé en deux: Alépin devenus Mariamite et Baladite maintenant nommé Ordre Libanais Maronite) .
L'article recense 20 églises. Elles devaient être plus nombreuses autrefois car, selon une tradition, un prêtre pouvait dire la messe chaque jour de l'année sur un autel différent!