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Moyen Orient et Monde

Et si Téhéran franchissait les limites de l’accord sur le nucléaire ?

Iran

En cas de renoncement à ses engagements, l’Iran pourrait s’exposer à des représailles économiques et/ou militaires.

28/06/2019

La République islamique iranienne songe à dépasser prochainement, en dépit des avertissements de la communauté internationale, les limites de ses engagements pris lors de la signature de l’accord sur le nucléaire de 2015 (JCPOA) et dont les États-Unis se sont retirés en mai 2018. L’accord impose à Téhéran de limiter ses réserves d’uranium enrichi et ses réserves d’eau lourde, destinées à refroidir des réacteurs, à 130 tonnes. Mais la grave crise américano-iranienne dans le golfe Arabo-Persique couplée avec les efforts des Européens, jugés insuffisants par Téhéran, pour contourner les sanctions de Washington, pousse l’Iran à jouer la carte de la menace de la reprise de ses activités nucléaires.

Le JCPOA limite le stock iranien d’uranium enrichi à 3,67 %, soit, selon les calculs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), 202,8 kg d’uranium. Dans sa dernière vérification mercredi dernier, l’AIEA a affirmé que l’Iran était très proche de dépasser ses stocks d’uranium enrichi, avec 200 kg au compteur.

D’un point de vue technique, le niveau d’enrichissement fixé par l’accord de 2015, et actuellement utilisé par l’Iran, est suffisant pour permettre l’application au domaine civil comme la production d’électricité. Mais les Iraniens projettent de multiplier leur taux d’enrichissement par quatre, ce qui le porterait à 15 % environ. Ce seuil est inférieur à celui de 20 %, considéré par la réglementation internationale comme étant applicable militairement, mais largement au-dessus de celui fixé par l’accord.

En mars 2018, alors que les États-Unis ne s’étaient pas encore retirés de l’accord sur le nucléaire, le porte-parole de l’Organisation de l’énergie atomique d’Iran (OEAI) Behrouz Kamalvandi, avait affirmé que « l’Iran pourra reprendre l’enrichissement de l’uranium à 20 % en moins de 48 heures » si les États-Unis sortaient du deal. Ce calcul paraît difficile sachant que, selon les spécialistes des questions nucléaires, il est possible de passer de 0 % à 20 % en l’espace de quelques semaines ou mois, et non quelques jours. Il est par ailleurs paradoxalement plus difficile d’enrichir de l’uranium de 0 % à 20 %, que de 20 % à et 80/90 %. À partir de ce seuil, l’uranium est considéré comme de « qualité arme » et peut servir à la fabrication d’un engin nucléaire.

Téhéran a-t-il néanmoins les capacités d’aller jusqu’à 80-90 % d’enrichissement d’uranium ? « Il en a les moyens, mais je doute qu’il le fasse », estime Alex Vatanka, spécialiste de l’Iran au sein du Middle East Institute, contacté par L’Orient-Le Jour, précisant que « l’Iran a besoin d’attirer l’attention, et veut montrer qu’il ne se laisse pas faire, et que s’il tombe ou saigne, d’autres saigneront ou tomberont avec lui ». Cette stratégie s’avère néanmoins risquée pour Téhéran qui pourrait s’exposer à des représailles économiques et/ou militaires.



(Lire aussi : Les Européens n’ont jamais été en mesure de sauver le JCPOA)



Quelles conséquences ?
L’accord sur le nucléaire a prévu une clause spéciale au cas où Téhéran ne respecterait pas ses engagements vis-à-vis du deal. C’est le « snap-back ». « Un mécanisme de retour automatique de toutes les sanctions de l’ONU en cas de violation par l’Iran de ses obligations, permettra de s’assurer que l’Iran respecte ses engagements pendant toute la durée de l’accord », stipule l’accord.

L’Iran pourrait également s’exposer, selon les analystes, à des actions de la part de pays qui lui sont hostiles contre ses installations nucléaires. Israël est le plus susceptible de ces pays à se prêter à l’exercice. L’État hébreu n’a pas hésité à s’en prendre aux installations nucléaires de ses voisins arabes, notamment contre les sites irakien d’Osirak en juin 1981 et syrien d’al-Kibar en 2007. « Les Israéliens ont toujours dit qu’ils mettraient en œuvre la “doctrine Begin” : à savoir l’utilisation des moyens militaires pour détruire une installation nucléaire, soit un réacteur, soit un centre d’enrichissement, soit un centre de retraitement du combustible nucléaire usagé », explique Benjamin Hautecouverture, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), contacté par L’Orient-Le Jour. « Puisqu’ils l’ont déjà fait, les Israéliens pourraient être prompts à réitérer une attaque ciblée sur une installation nucléaire, cette fois iranienne », estime-t-il. « Franchir la limite peut facilement devenir une ligne rouge. Le président Trump a répété à plusieurs reprises qu’il ne voulait pas que l’Iran dispose de l’arme nucléaire », explique Alex Vatanka. « En guise d’éventuelles représailles, Washington pourrait opter pour des frappes calculées et très limitées », poursuit-il, évoquant l’hypothèse « d’un scénario de type “Osirak” si les Iraniens franchissent la limite nucléaire ».

Mais l’inconnue reste le seuil d’enrichissement que les Américains et/ou les Israéliens jugeront « critique » pour engager des actions militaires sur les installations nucléaires iraniennes. « Ni les Israéliens ni les Américains ne diront quel est le seuil qu’ils considèrent comme critique (…) Ce qui est néanmoins très probable, c’est qu’ils n’attendront pas que le niveau d’enrichissement soit très haut pour agir », complète Benjamin Hautecouverture. « Quand est-ce que ce seuil sera atteint, cela dépendra de ce que dit l’AIEA, de ce que les Iraniens acceptent de rendre transparent et aussi du renseignement dont disposent les Israéliens », conclut-il.



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