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Moyen Orient et Monde

Tensions Iran-USA : « Presque tous les quatre jours on gravit un barreau de l’échelle »

Interview express

« L’Orient-Le Jour » a interrogé François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Iran de 2001 à 2005.

21/06/2019

Le ton se corse (encore) entre Washington et Téhéran. Dans le contexte des très vives tensions entre les États-Unis et la République islamique, les autorités iraniennes ont annoncé hier avoir abattu un drone « espion » américain, au-dessus de la province côtière d’Hormozgan, dans le sud de l’Iran. Le Pentagone a confirmé que l’appareil avait été abattu tout en précisant qu’il se trouvait dans l’espace aérien international, au-dessus du détroit d’Ormuz, et non dans celui de la République islamique, comme l’a affirmé le corps des gardiens de la révolution islamique (GRI, pasdaran). « C’est un message clair, net et précis : les défenseurs des frontières (...) ripostent à toutes les agressions étrangères et notre réaction est, et sera, catégorique et absolue », a déclaré de son côté Hossein Salami, commandant en chef des GRI, cité par Tasnim. « Nous déclarons que nous ne cherchons pas la guerre mais nous sommes prêts à répondre à toute déclaration de guerre », a-t-il ajouté. Les cours du pétrole ont par ailleurs bondi après un tweet du président américain Donald Trump affirmant que l’Iran avait « fait une énorme erreur ». Un palier de plus dans l’escalade Washington-Téhéran est-il en train d’être franchi ? Le point sur la situation avec François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Iran de 2001 à 2005.


(Lire aussi : Détroit d'Ormuz : déséquilibre des forces et guérilla navale)



Avec la destruction de ce drone « espion », quel est le message envoyé par les Iraniens ? Les Américains ?

« Les Américains ont l’habitude de survoler la région, y compris l’Iran avec des drones “espions”. Ce n’est par ailleurs pas la première fois que les Iraniens abattent un drone américain. Un appareil du même style s’était écrasé ou avait déjà été abattu en Iran du temps de la présidence Obama. Mais avec l’incident d’hier, les Iraniens veulent montrer qu’ils ne se laisseront pas faire et qu’il n’y a plus de tolérance contre aucune agression. Du point de vue du droit international, si ce drone a bien été abattu au-dessus de l’espace aérien iranien, l’Iran est parfaitement habilité à le faire. On en est là aujourd’hui. Mais là, on est dans une conjoncture beaucoup plus tendue et les Iraniens semblent répondre du tac au tac après l’annonce américaine d’envoi de nouvelles troupes dans la région. L’Iran a saisi l’occasion qui lui était donnée pour montrer qu’il ne se laisse pas marcher sur les pieds. »


(Lire aussi : Drone US abattu par l’Iran : Après s’être montré menaçant, Trump évoque… "une erreur humaine")


Entre-t-on dans une nouvelle étape dans les tensions Washington-Téhéran ?

« Avec la destruction du drone américain, on a franchi un échelon supplémentaire sur l’échelle des tensions américano-iraniennes. Presque tous les quatre jours, on gravit un barreau de l’échelle. Cela a commencé début mai avec la fin des exemptions accordées par les États-Unis à certains pays leur permettant d’acheter du pétrole iranien, qui a enchaîné avec l’endommagement de 4 navires par des petites mines. Par la suite, juste après que Trump se fut attaqué aux sociétés pétrochimiques iraniennes en les plaçant sous sanctions, ces sociétés qui étaient des sources de revenus importantes pour l’Iran, on a eu les deux pétroliers attaqués en mer de Oman. Le dernier épisode, c’est la décision, lundi, de l’envoi d’un millier de soldats américains dans la région, ce à quoi l’Iran a répondu avec la destruction du drone. Il y a manifestement un phénomène d’escalade, ce que les Américains appellent le “game of chicken”, soit le jeu de la “poule mouillée”. C’est à celui qui craquera le premier. »


Le chef des pasdaran a affirmé aujourd’hui que les frontières étaient l’une des lignes rouges de la République islamique, ce qui a justifié la destruction du drone américain. Mais quelles sont celles des Américains ? Des morts ? Une attaque contre un de leurs bateaux ou de leurs avions ?

« Pour tout pays, où qu’il se trouve et quel qu’il soit, qu’un avion hostile pénètre dans son espace aérien est une ligne rouge. En ce qui concerne les Américains, le secrétaire d’État Mike Pompeo a récemment affirmé lors d’une visite en Irak que “s’il y a un mort américain, on basculera dans une autre dimension avec de graves conséquences”. Cela est la première ligne rouge américaine. Il y a également d’autres incidents considérés comme des lignes rouges comme par exemple des frappes sur le porte-avions américain stationné en mer de Oman, qui serait vu alors comme une agression délibérée, ou des morts moins “spectaculaires”, comme des attentats contre des soldats américains, conduites par des milices pro-iraniennes . »


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