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Moyen Orient et Monde

Pourquoi Khamenei ne s’inspire-t-il pas de la stratégie de Kim Jong-un ?

Éclairage

Les deux dossiers, bien que traitant l’un et l’autre de l’enjeu du nucléaire, sont fondamentalement différents.

27/06/2019

« Nous sommes prêts à négocier sans conditions préalables. » Voilà plusieurs jours que tant Donald Trump que les faucons de son administration, Mike Pompeo et John Bolton, répètent ce message à l’adresse des Iraniens, tout en accentuant dans le même temps leur politique de « pression maximale » sur la République islamique. Le président américain semble considérer que le meilleur moyen de pousser les Iraniens à accepter ses conditions est de les mettre dos au mur tout en leur proposant alors une petite porte de sortie. Il veut réitérer le scénario-nord-coréen où, après des semaines de grandes tensions pendant lesquelles le président américain avait menacé de recourir à la solution militaire, un processus diplomatique a été amorcé qui a abouti à la tenue de deux sommets réunissant Kim Jong-un et Donald Trump. Tous les experts s’accordent à dire que ces sommets n’ont eu aucun résultat concret et que cela a surtout validé la stratégie du leader de la Corée du Nord, hier marginalisée par la communauté internationale, aujourd’hui puissance nucléaire et parlant en tête à tête avec les Américains.

Compte tenu du précédent nord-coréen, pourquoi les Iraniens ne saisissent-ils pas la perche tendue par le président américain qui serait, il y a fort à parier, susceptible de se contenter à court et moyen termes de quelques déclarations de bonne volonté et d’une poignée de main qui lui permettrait de mettre en avant son « art du deal » ?

Tout simplement parce que les deux dossiers, bien que traitant l’un et l’autre de l’enjeu du nucléaire, sont fondamentalement différents. La Corée du Nord est arrivée à la table des négociations en position de force, puisqu’en dépit des pressions internationales elle a pu se doter de l’arme nucléaire et l’utiliser ainsi comme un atout de poids dans les négociations. Pyongyang avait en outre intérêt à revenir dans le jeu des nations et à démontrer qu’il pouvait parler d’égal à égal avec la première puissance mondiale, sans rien renier pour autant de ses fondamentaux.


(Lire aussi : Washington et Téhéran s’enferment dans un cercle vicieux)


Les Iraniens sont dans un tout autre contexte. De leur point de vue, la négociation a déjà eu lieu et a abouti à la signature de l’accord nucléaire avec les 5+1 (États-Unis, Russie, France, Allemagne, Grande-Bretagne, Chine) en juillet 2015. Donald Trump a déchiré l’accord en mai 2018 et a réimposé des sanctions contre l’Iran, malgré le fait que l’Iran respectait les termes de l’accord, selon l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique). Non seulement le régime iranien a un déficit de confiance envers cette administration mais il n’est pas non plus dans son habitude de négocier en position de faiblesse. « Contrairement aux Nord-Coréens, la légitimité du régime iranien est basée sur sa résistance aux pressions extérieures. Succomber à cette pression consisterait à admettre ses faiblesses et à encourager les autres acteurs de la région à prendre avantage de celles-ci », explique à L’OLJ Shahram Chubin, chercheur au sein du programme de politique nucléaire de Carnegie. Dans un tel contexte, revenir à la table des négociations avec les Américains représenterait une perte de crédibilité complète pour le régime iranien. « Il est difficile d’imaginer comment une telle solution pourrait être acceptée par le peuple iranien », confirme Emmanuelle Maître, chercheuse pour la Fondation pour la recherche stratégique.

Le retrait américain a largement discrédité la stratégie des courants modérés au sein du régime qui avaient tout misé sur la diplomatie et qui ne sont pas aujourd’hui en mesure de défendre à nouveau cette position.


(Lire aussi : Trump empêtré dans ses contradictions sur l’Iran)


Pas de levée des sanctions
Si l’Iran ne semble même pas prêt à faire semblant de s’engager dans de nouvelles négociations, c’est qu’il n’y a également que peu de certitudes que celles-ci aboutiront réellement à la levée des sanctions. « Les Iraniens souhaitent être considérés comme un pouvoir régional. Le développement sain d’une économie robuste dont la population iranienne pourrait prendre part en est indispensable », explique Richard Nephew, professeur au sein de l’université de Columbia à New York.

La politique américaine, alternant la carotte et le bâton, a tendance à radicaliser la position iranienne qui se méfie des objectifs américains. « Les 12 conditions posées par Mike Pompeo après le retrait américain de l’accord en mai 2018 sont délibérément non négociables car l’objectif recherché est bien l’effondrement du régime iranien et non la négociation d’un nouvel accord plus ambitieux », affirme Marc Finaud, professeur au Centre de politique de sécurité de Genève et ancien diplomate.

Si le dossier nord-coréen a bien eu une influence sur la perception des Iraniens, c’est qu’il semble au contraire les avoir convaincus d’une part que le président américain n’était pas prêt à entrer en guerre et d’autre part qu’il valait mieux avoir l’arme nucléaire pour négocier avec Washington. « Le fait que l’administration Trump soit plus conciliante envers la Corée du Nord qu’avec l’Iran pourrait mener l’Iran à la conclusion qu’il devrait également se doter d’un programme nucléaire avant de prendre part à des négociations », conclut Emmanuelle Maître.


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