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A Téhéran, les Iraniens entre peur et impuissance face aux tensions avec Washington

REPORTAGE

"Nous ne savons pas ce qu'il va se passer. La situation économique se détériore chaque jour, les sanctions se durcissent et notre niveau de vie en souffre toujours davantage".


OLJ/AFP/Amir HAVASI
23/06/2019

Dans le centre-ville de Téhéran, les Iraniens ont tenté samedi de poursuivre leur vie quotidienne malgré leurs craintes d'une guerre entre l'Iran et les Etats-Unis, et leur frustration face à une situation économique toujours plus difficile.

Dans la rue Karim Khan, les camions déchargent comme chaque jour d'immenses paquets de feuilles blanches et des cartons entiers de cartouches d'encre destinés aux dizaines de boutiques d'imprimantes.

Par 36 degrés, les clients et les commerçants négocient âprement le prix des machines, semblant un instant oublier les menaces d'un conflit ouvert entre Téhéran et Washington. Mais elles restent en réalité bien présentes dans leur esprit, confie à l'AFP Mehrad Farzanegan, propriétaire d'une boutique. "C'est les gens, la classe moyenne, qui sont sous pression. Dites-nous juste si une guerre va avoir lieu", soupire-t-il.

"Nous ne savons pas ce qu'il va se passer. La situation économique se détériore chaque jour, les sanctions se durcissent et notre niveau de vie en souffre toujours davantage. Tout ça, c'est parce que les tensions s'aggravent entre les deux gouvernements", souligne-t-il.

Vendredi, le président américain Donald Trump a assuré avoir renoncé à frapper Téhéran "10 minutes" avant l'heure prévue, en représailles à un drone américain abattu la veille par l'Iran. Tout en réaffirmant ne pas souhaiter la guerre avec l'Iran, il a promis "un anéantissement comme on n'en a jamais vu avant" si elle éclatait.

Le lendemain, Téhéran a prévenu Washington que "tirer une balle en direction de l'Iran mettra le feu aux intérêts de l'Amérique et de ses alliés" dans la région. De quoi rendre nerveux les habitants de la capitale iranienne.

"La situation est très volatile et il y a des risques qu'une guerre éclate. Cela a déjà eu un impact sur nos vies", s'inquiète Shahram Babayi, 38 ans. "Nous étions en train de dîner et un avion a volé à très basse altitude. Ce n'était pas un avion militaire mais tout le monde a paniqué parce que nous avions entendu que la guerre pouvait commencer", raconte cet informaticien.


(Lire aussi : USA-Iran : la double impasse)


"Un fou"

Les tensions entre les deux pays n'ont jamais été aussi élevées depuis le retrait en mai 2018 des Etats-Unis de l'accord international sur le nucléaire iranien, suivi du rétablissement de lourdes sanctions américaines contre l'Iran, privant ce pays des bénéfices économiques qu'il escomptait de ce pacte.

Début mai 2019, Washington a renforcé sa présence militaire au Moyen-Orient, invoquant une "menace iranienne". Les Etats-Unis ont par la suite accusé l'Iran d'avoir mené des attaques à un mois d'intervalle contre des navires dans le Golfe, ce que Téhéran dément.

Pour Mohammed Pouya, 29 ans, M. Trump souffle le chaud et le froid, et "agit comme un fou, de manière imprévisible". "C'est plus un homme de spectacle qu'un homme politique", regrette-t-il.

Psychologue de formation, il estime que les Etats-Unis ne se risqueront pas à provoquer un conflit ouvert avec l'Iran. Les Américains sont encore en train de digérer "le traumatisme de la guerre en Irak" et leur gouvernement ne peut se permettre de leur en imposer un nouveau, cette fois avec l'Iran, assure-t-il.


(Lire aussi : En eaux troublesl'éditorial de Issa GORAIEB)



"Quoi qu'il arrive"

Les tensions entre Téhéran et Washington ne rendent pas uniquement fébriles les Iraniens: leur économie, déjà mal en point, en pâtit également.

Pour Shahram Babayi, la situation rend certaines décisions plus difficiles: acheter une maison est ainsi devenu un parcours du combattant, en raison d'une spirale inflationniste alimentée, entre autres, par l'escalade entre les deux pays.

Lorsqu'il a enfin pu acheter son futur domicile, M. Babayi a appris que Donald Trump venait d'annuler des frappes contre Téhéran. "On s'est dit que ce n'était pas forcément la meilleure idée" d'acquérir une maison dans ce contexte, raconte-t-il.

Pour Alireza, le cousin de Mehrad Farzanegan, une confrontation militaire avec Washington n'est pas souhaitable. "La guerre n'est pas une solution, plus maintenant", affirme le jeune homme de 26 ans, réparateur d'ordinateurs. Mais si une guerre éclate, "le dévouement que nous portons à notre patrie nous fera tenir à ses côtés, quoi qu'il arrive".



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