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Moyen Orient et Monde

USA-Iran : la double impasse

Analyse
22/06/2019

Ni les États-Unis ni l’Iran ne veulent la guerre. Mais leurs stratégies respectives ont pour principal effet de faire monter l’escalade et d’augmenter ainsi les risques de conflit.

Les objectifs américains sont clairs : faire plier l’Iran pour l’obliger à renoncer durablement à son programme nucléaire, à ses missiles balistiques et à son interventionnisme dans les pays arabes. Mais le plan est pour l’instant loin de fonctionner. L’Iran subit une pression maximale du fait des sanctions américaines, une arme extrêmement puissante, qui fait peser une menace sur la stabilité du régime à moyen terme. Mais cette politique d’étouffement renforce la position du clan des durs au sein du régime iranien et radicalise ainsi le comportement de l’Iran sur la scène régionale. Non seulement Téhéran n’a pas reculé d’un iota dans la région au cours de ces derniers mois, mais il a au contraire un comportement plus agressif – en témoignent les attaques sur les tankers dans le Golfe qui lui sont attribuées – pour montrer qu’il ne se laissera pas étrangler sans réagir. « Voilà le coût de votre politique », disent en somme les Iraniens aux Américains, en faisant constamment monter la pression et en misant sur le fait que le président américain n’est pas véritablement prêt à entrer en guerre dans une région dont il cherche à se désengager. La guerre ou la poursuite de l’escalade iranienne : pour les Américains, c’est une impasse.


(Lire aussi : Trump dit avoir annulé in extremis des frappes "disproportionnées" en Iran)


La stratégie iranienne est logique et calculée, mais elle n’en reste pas moins très risquée. Les États-Unis, tout comme le reste de la communauté internationale, ne peuvent pas tolérer indéfiniment leurs attaques dans le Golfe sans réagir. En quittant l’accord nucléaire et en menaçant le trafic pétrolier dans le Golfe, les Iraniens poussent les Européens dans les bras américains. Sans pour autant obtenir de concessions de la part des Américains, ils prennent le risque de les obliger à mettre leurs menaces à exécution pour des questions de crédibilité sur la scène internationale. L’étouffement ou la guerre : la stratégie iranienne mène également à une impasse.

Les dernières 48 heures pourraient prêter à sourire si les enjeux n’étaient pas aussi graves. Le revirement du président américain, qui dit avoir annulé in extremis des frappes de représailles sur l’Iran après avoir estimé qu’elles seraient « disproportionnées » – 150 morts contre un drone ! –, semble avoir pour objectif de faire comprendre aux Iraniens que les Américains sont prêts et ont les moyens de répondre militairement à l’escalade iranienne. Le fait que le drone américain abattu jeudi par les Iraniens ait survolé, ou en tous cas effleuré, le territoire iranien participe sans doute de la même logique.


(Lire aussi : En eaux troublesl'éditorial de Issa GORAIEB)


Américains et Iraniens jouent tous deux une partie de poker menteur où chaque surenchère peut déclencher un conflit qui aura des répercussions dans tout le Moyen-Orient. Loin d’être dissuasives, les frappes américaines, si tant est qu’elles aient vraiment été ordonnées dans un premier temps, auraient sans doute suscité une réponse immédiate de la part des Iraniens et ainsi déclenché une escalade incontrôlable. Chaque bombage de torse entraîne une réaction réciproque de la part de l’adversaire sans que personne ne soit en mesure de parvenir à ses objectifs.

Donald Trump menace d’utiliser son bâton juste avant de sortir sa carotte : une proposition de dialogue avec le guide suprême l’ayatollah Khamenei ou avec le président Rohani sans conditions préalables. Il répète exactement la même stratégie utilisée avec la Corée du Nord qui a abouti à la tenue de deux sommets Kim-Trump, qui ont eu le mérite de calmer le jeu à défaut d’avoir le moindre résultat concret. Les Iraniens vont-ils saisir la main américaine ? Il y a de quoi en douter. Ils auraient intérêt à faire retomber la pression et à écarter à court et moyen terme le risque de guerre. Mais contrairement au leader nord-coréen Kim Jong-un, les dirigeants iraniens n’ont pas grand-chose à gagner, en termes d’image, d’une négociation en tête à tête avec les Américains, d’autant plus qu’ils ont pu constater que, malgré la négociation, les sanctions contre la Corée du Nord n’avaient pas été levées.

Dans cette histoire, Donald Trump joue sa crédibilité sur les scènes interne et internationale. Mais le régime iranien, lui, joue sa survie.



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Chammas frederico

On doit partager cette analyse
En y ajoutant deux considérations majeures:
Tramp est en campagne et une guerre ferait crouler sa campagne
Les iraniens sont de nature "suicidaires" et leur peuple "théocratique ment dirigé leur donne (à certains faucons au moins) une résilience considérable

Tramp à intérêt à jouer au chat et à la souris, sans nécessairement de succès pendant toute la période électorale...il pourrait être très agressif après

Les deux années à venir conduiront certainement à des "modifications" dans la sociologie démographique de l'Iran: montée sur la scène de jeunes, plus enclins a chercher une vie meilleure qu'à se faire trouer la peau...pour les mollahs

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