L'éditorial de Issa GORAIEB

En eaux troubles

L’éditorial
Issa GORAIEB | OLJ
22/06/2019

Pour s’attirer la sympathie du monde, Israël a longtemps usé jusqu’à la corde la thèse du minuscule État modestement peuplé, privé de ressources et entouré de toutes parts d’ennemis acharnés à vouloir le détruire. Avec la guerre éclair de 1967 qui lui a permis de conquérir de larges portions de territoires arabes, petit poisson est devenu grand. Et gros. Tellement gros même, et doté d’une telle capacité militaire, qu’il est aujourd’hui une des plus grandes – et des plus actives – puissances du Proche et du Moyen-Orient. Il lui restait encore à jouer dans la cour des très grands. Et comme tout vient à qui sait attendre, ce sera chose faite dès lundi prochain : à Jérusalem même, où vont se concerter sur les problèmes régionaux les responsables de la sécurité nationale des États-Unis, de la Russie et de l’État hébreu.


C’est surtout par sa charge symbolique d’ailleurs que cette rencontre tripartite, absolument sans précédent, est un développement majeur. Benjamin Netanyahu n’a pas manqué d’y voir la preuve par mille de la position qu’occupe désormais Israël sur la scène internationale. Il est même en mesure de revendiquer la paternité de l’idée d’un aussi prestigieux remue-méninge à trois, tout comme il se vantait dernièrement des liens officieux ou publics qu’il a réussi à nouer ou à resserrer avec nombre d’États arabes épouvantés par le péril iranien.


Comme on pouvait s’y attendre en ce moment d’extrême tension dans la région du Golfe, la République islamique sera la vedette incontestée de cette concertation de deux jours. Fidèle à son label de faucon, le conseiller à la Sécurité nationale de la Maison-Blanche John Bolton comblera sans doute les vœux de l’hôte israélien en plaidant pour la manière forte contre Téhéran. Mais davantage encore que du niet des Russes, bien décidés à faire valoir les besoins de l’Iran, il faudra tenir compte de l’ahurissante valse-hésitation d’un Donald Trump, aussi prompt à ranger son colt qu’à le dégainer.


À peine annoncée la destruction, jeudi, d’un de ses drones de reconnaissance, le président américain avait ainsi ordonné des frappes contre des radars et des batteries de missiles iraniens. Selon ses propres dires (tweetés comme à l’accoutumée), il annulait celles-ci en dernière minute pour éviter un bilan humain disproportionné par rapport à l’affront. Aux dirigeants de Téhéran, il allait jusqu’à offrir une sortie de crise, et même une occasion de négocier, en attribuant l’incident du drone à la stupide erreur d’un général trop excité. Tiens, tiens, négocier : proposition inattendue, de la part l’homme qui a dénoncé unilatéralement l’accord sur le nucléaire iranien, qui a promis à ses concitoyens plus jamais la guerre, mais qui est visiblement écartelé entre deux courants rivaux au sein de sa propre administration.


Outre la brûlante crise du Golfe qui, au moindre dérapage, risque fort de tourner à la confrontation armée, c’est une fois de plus du cas de l’Iran que l’on débattra au conclave de Jérusalem quand sera abordé un autre de ces dossiers chauds dont souffre la région. Non moins glauques que celles du Golfe sont les eaux de la mare syrienne. Partenaires dans la remise à flot du régime de Damas, Moscou et Téhéran n’en sont pas moins engagés dans une sourde lutte d’influence en Syrie. À plusieurs reprises, le Kremlin a démenti les rumeurs persistantes quant à un projet (un autre marché du siècle ?) aux termes duquel les Iraniens seraient éconduits de Syrie en échange d’une réhabilitation de Bachar el-Assad et d’une levée des sanctions US frappant son pays. Mais il n’en reste pas moins que la Russie a consenti à éloigner du Golan les milices iraniennes ; mieux encore, elle tolère parfaitement les bombardements aériens israéliens contre les positions iraniennes ou affiliées en Syrie…


Bien malin en vérité qui, de ce fouillis de manigances, réussirait à faire un ordre moyen-oriental nouveau.


Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com

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