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Moyen Orient et Monde

Washington et Téhéran s’enferment dans un cercle vicieux

Crise

Entre proposition de négociation et sanctions, l’attitude de l’administration Trump semble témoigner d’une certaine incohérence dans la stratégie américaine vis-à-vis de l’Iran.

26/06/2019

Une sortie de l’escalade américano-iranienne est-elle envisageable? Le président américain Donald Trump, qui accuse l’Iran de chercher à se doter de l’arme nucléaire et d’être un « parrain du terrorisme », a signé lundi un décret empêchant « le guide suprême, son équipe et d’autres qui lui sont étroitement liés d’avoir accès à des ressources financières essentielles ».

Ces nouvelles sanctions visant la tête du régime – le guide ainsi que plusieurs hauts gradés des gardiens de la révolution (GRI, pasdaran) –, imposées en représailles à la destruction d’un drone par l’Iran la semaine dernière, accentuent davantage encore plus la pression sur Téhéran. L’administration américaine a également dans le collimateur le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, pourtant considéré comme « modéré », et qui sera placé sous sanctions « plus tard dans la semaine », selon le secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin. Ces nouvelles mesures punitives rehaussent encore d’un cran le niveau de l’escalade américano-iranienne qui ne cesse de s’intensifier depuis près de deux mois. Les deux rivaux vont de surenchère en surenchère en testant leurs limites respectives. Un jeu plus que dangereux qui peut déraper à tout instant en cas d’erreurs de calcul de la part de l’un des deux et ainsi entraîner toute la région dans un conflit aux proportions démesurées.


(Lire aussi : Trump empêtré dans ses contradictions sur l’Iran)


Les nouvelles sanctions imposées par Donald Trump ont-elles néanmoins un sens en termes d’efficacité ? Le président Hassan Rohani a affirmé hier que cette nouvelle salve de sanctions sera « sans effet puisqu’il (le guide suprême) n’a pas d’actifs à l’étranger ». Elles peuvent paraître symboliques puisque économiquement il n’y a pas de conséquences directes, même si celui qu’on appelle le « Rahbar » (« guide » en persan) dispose d’un empire financier considérable. « Ces sanctions apparaissent comme superflues. Les organisations sous le contrôle de Ali Khamenei et toutes les organisations que contrôle l’État iranien sont déjà sous le coup de sanctions américaines étendues », estime pour L’Orient-Le Jour Esfandyar Batmanghelidj, analyste et fondateur du site Bourse and Bazar, qui suit de près l’économie iranienne, expliquant ainsi que « cela n’entraîne aucune restriction économique ». « Ces sanctions ont toutefois un impact politique très important », complète Jonathan Piron, spécialiste de l’Iran pour le site Etopia, contacté par L’OLJ, ajoutant que « les menaces visant Zarif, très populaire en Iran, arrivent à faire la symbiose entre ceux qui vont défendre le guide et ceux qui vont se retrouver dans la position pragmatique de Zarif et qui considèrent que Washington refuse l’idée même d’une négociation ».


(Lire aussi : L’Iran au cœur du sommet tripartite de Jérusalem)



Incohérence

Les Iraniens ont annoncé hier qu’ils songeaient à réduire « résolument » d’autres de leurs engagements vis-à-vis de l’accord sur le nucléaire de 2015 (ou JCPOA, Joint Comprehensive Plan Of Action) à partir du 7 juillet. Dès demain, la République islamique doit déjà renoncer à l’un des points-clés de l’accord, à savoir le franchissement du seuil des réserves d’uranium enrichi. Suite à cette annonce, la France, fervent défenseur du deal, a fait savoir qu’une « violation iranienne » du pacte serait « une grave erreur ».

Dans une note, citée par l’agence Fars, l’amiral Ali Shamkhani, secrétaire général du Conseil suprême de la sécurité nationale, justifie cette décision par la lassitude de Téhéran vis-à-vis des promesses des Européens – qui, malgré leurs efforts pour sauver l’accord depuis le retrait unilatéral des États-Unis en mai 2018 et contourner les sanctions américaines, sont dans une impasse.

L’imposition des nouvelles sanctions contre le guide suprême et surtout le chef de la diplomatie iranienne semble témoigner de l’incohérence de la stratégie américaine vis-à-vis de Téhéran – consistant à tendre la main droite à la République islamique pour une négociation, tout en visant la tête du régime de la main gauche. « En même temps que vous appelez à des négociations, vous cherchez à sanctionner le ministre des Affaires étrangères ! Il est évident que vous mentez », a déclaré hier le président Hassan Rohani. « Imposer des sanctions inutiles contre le guide suprême de l’Iran et le commandant de la diplomatie iranienne (M. Zarif) constitue la fermeture définitive du canal diplomatique », a de son côté écrit sur Twitter le porte-parole de la diplomatie iranienne, Abbas Mousavi.

Une certaine « incertitude » semble se lire dans les rangs de l’administration Trump, surtout ces quinze derniers jours. « On a une politique régionale américaine complètement illisible », souligne Jonathan Piron. « Il y a d’un côté Donald Trump qui dit une chose et son contraire en moins de 24h, et/ou ses représentants qui n’adoptent pas la même ligne diplomatique ou attitude que celle du président des États-Unis de l’autre », explique-t-il.


(Lire aussi : Washington vise la tête du régime et sanctionne le Guide suprême iranien)



L’un des exemples de cette « incertitude » se reflète dans la situation dans le Golfe. Après que le secrétaire d’État américain Mike Pompeo eut assuré il y a quelques jours que les États-Unis garantiront la liberté de circulation dans le golfe Arabo-Persique – à la suite de la série d’attaques sur des pétroliers, imputées à l’Iran –, le président américain a affirmé lundi que l’armée américaine n’avait « rien à faire dans le Golfe », une déclaration que les Iraniens ont par ailleurs grandement approuvée.

Cette posture incertaine pourrait, surtout dans le contexte actuel, définitivement barrer la route à tout éventuel processus diplomatique ou de négociation. « On est dans une situation d’action-réaction, et où chacun des deux acteurs se pousse vers un précipice tout en mettant des barrières derrière lui, rendant un retour en arrière difficile, voire impossible, et en fermant les canaux de communication », conclut Jonathan Piron.


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

EN FIN DE COMPTE CA VA S,OUVRIR SUR DES NEGOCIATIONS NOUVELLES MALGRE LES DENIS DE CHACUN.

Irene Said

Qui, à Washington, aura le courage de débarrasser l'Amérique de cette girouette dangereuse, qui se prétend Président des Etats Unis ?

Pour qu'une grande partie du monde se porte mieux, surtout le Proche et Moyen Orient ?

Irène Saïd

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