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Budget : les réductions de salaires des militaires pas évoquées, indique Bou Saab

Liban

Le cabinet a encore une fois reporté l'examen de la baisse des salaires des fonctionnaires et des responsables politiques, en attendant un bilan que Ali Hassan Khalil est censé présenter lors de la séance de mardi.

OLJ
13/05/2019

Le ministre libanais de la Défense Élias Bou Saab a affirmé lundi, à l'issue de la séance du Conseil des ministres consacrée à l'étude de l'avant-projet de budget pour l'année en cours, que les ministres n'avaient pas discuté de réductions éventuelles des salaires et bénéfices accordés aux militaires et militaires à la retraite. Ces derniers ont de nouveau manifesté lundi matin devant la Banque du Liban à Beyrouth, mais aussi dans plusieurs régions du pays, contre toute mesure d'austérité qui pourrait être prise dans le budget et portant atteinte à leurs émoluments. Mais après concertations avec M. Bou Saab, ils ont décidé de suspendre leur mobilisation en attendant les résultats de la nouvelle réunion du gouvernement demain mardi à midi.

Par ailleurs, le cabinet a encore une fois reporté l'examen de la baisse des salaires des fonctionnaires et des responsables politiques, dans le cadre de la politique d'austérité qu'il entend mener. Selon le ministre de l'Information Jamal Jarrah, le cabinet attend le bilan que son collègue des Finances Ali Hassan Khalil est censé présenter lors de la séance de demain, sur l'impact qu'auront les mesures que nous avons approuvées jusque-là, notamment sur la réduction du déficit public, de sorte à savoir si ces mesures sont suffisantes ou non.



(Lire aussi : La fonction publique à nouveau en ébullition)



Baisse de 3% des allocations pour les soins de santé
En ce qui concerne le dossier des militaires à la retraite, M. Bou Saab a déclaré : "Nous n'avons pas évoqué de réductions de salaires des militaires et militaires retraités, sous quelque forme que ce soit". Il a souligné que la seule décision prise concernant une réduction des bénéfices sociaux accordés aux militaires était liée "à la baisse de 3% des allocations pour les soins de santé", précisant que cette décision touche également tous les fonctionnaires. 

Le ministre de la Défense a également rapporté que l'annulation de "la mesure no. 3", niveau d'état d'alerte maximum de l’État dans lequel des compensations financières sont versées à tous les militaires et membres des services de sécurité, n'avait pas non plus été évoquée.

Jamal Jarrah a souligné à ce sujet que "cette mesure est maintenue pour faire face aux menaces israéliennes" au Liban-Sud et qu'il revient aux ministres de la Défense et de l'Intérieur de prendre les mesures nécessaires concernant l'application de cette mesure "dans les autres régions" du pays. 

M. Jarrah a par ailleurs souligné que le gouvernement a approuvé une réduction de 10 à 15% des allocations versées par l’État aux associations, en veillant toutefois à ne pas toucher aux aides versées aux ONG et destinées aux citoyens, comme Caritas, le Centre pour la lutte contre le cancer des enfants et la Croix-Rouge.



(Lire aussi : Examen du budget : des signaux négatifs sont envoyés à l’Occident)



Les militaires suspendent leur mobilisation
De leur côté, les militaires à la retraite, qui craignent que leurs indemnités et leurs pensions de retraite ne soit touchées par les mesures d'austérité, ont temporairement suspendu leur sit-in devant la BDL et les autres régions du pays où ils étaient mobilisés, en attendant les résultats du Conseil des ministres prévu mardi. 

Plus tôt dans la journée, ils s'étaient rassemblés devant le siège de la BDL à Beyrouth, mais aussi devant ses branches à Jounieh, Zahlé, Tripoli, Tyr et Baalbeck. Ils ont parallèlement brièvement bloqué à l'aide de pneus enflammés l'axe routier de Dahr el-Baïdar, qui relie la capitale à la Békaa. Dimanche soir, ils avaient également manifesté devant le siège de la Banque centrale à Beyrouth.

La décision de suspendre la mobilisation est intervenue après une réunion entre une délégation représentant les anciens militaires et le ministre de la Défense. Lors de cet entretien, M. Bou Saab a assuré aux vétérans qu'aucun réduction de salaires ou de compensations, aucun gel temporaire partiel de ces bénéfices ni aucune taxe de 3% sur la pension perçue par les militaires à la retraite n'ont été proposés par le gouvernement. Si cela devait changer, le ministre Bou Saab a affirmé qu'il préviendrait directement les personnes concernées.

Un comité de militaires à la retraite a en outre été mis sur pied afin de suivre l'évolution de cette question avec le ministère de la Défense. M. Bou Saab a encore demandé aux militaires retraités de manifester pacifiquement "afin de protéger leur réputation et de conserver le respect des citoyens", sans brûler des pneus et bloquer l'accès à des institutions publiques.


Des militaires à la retraite tenant un sit-in, le 13 mai 2019, devant le siège de la Banque centrale à Hamra. Photo ANI


Des dizaines de militants de la société civile avaient de leur côté manifesté dimanche soir aux abords du Grand Sérail afin de dénoncer la politique d'austérité du gouvernement, qualifiant les responsables de "voleurs". Des échauffourées ont éclaté entre les protestataires et les forces de l'ordre, qui ont voulu les empêcher de s'approcher du siège du gouvernement.

Les fonctionnaires de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) ont pour leur part annoncé qu'ils observeront une grève mercredi, pour protester contre une éventuelle atteinte à leurs salaires. Dans un communiqué, leur syndicat a "appelé le gouvernement à cesser de porter atteinte à l'indépendance administrative et financière de la Caisse", et estimé que "les appels à baisser les salaires de ses fonctionnaires ne contribueront pas à réduire le déficit public". Le syndicat a appelé à la grève mercredi dans toutes les branches de la CNSS et demandé aux fonctionnaires de se présenter sur leur lieu de travail ce jour-là et de participer à un rassemblement devant le siège du gouvernement à Beyrouth à 11h.


(Lire aussi : Bassil : Il est temps qu'un budget extraordinaire soit approuvé)



Réunion nocturne
Dans la nuit de dimanche à lundi, le gouvernement avait déjà approuvé une série de mesures fiscales. Au début de cette réunion qui s'est achevée à 2h du matin, les ministres avaient observé, debout, une minute de silence en hommage au patriarche maronite émérite Nasrallah Sfeir, décédé dans la nuit de samedi à dimanche, trois jours avant de fêter ses 99 ans.

"Nous avons abordé de manière approfondie les points relatifs aux taxes, et nous avons approuvé plusieurs d'entre eux, notamment la baisse des frais d'enregistrement des motos pour encourager les conducteurs à enregistrer leurs engins, et les contributions de l’État au financement des écoles gratuites qui sont désormais sujet au contrôle de l'inspection pédagogique", avait annoncé le ministre de l'Information à l'issue de la réunion.

"Les pénalités concernant l'évasion fiscale sont désormais élevées, de sorte à assurer le recouvrement de l'impôt par l’État", avait également fait savoir le ministre, sans donner de chiffres précis concernant les pénalités en question. "Les frais pour les permis de travail des étrangers ont été légèrement revus à la hausse, et les contributions de l’État aux institutions publiques subventionnées ont été revues à la baisse, à hauteur de 10 à 50% pour certaines", a-t-il ajouté. "Les frais imposés aux avions qui atterrissent à l'aéroport de Beyrouth ont également été augmentés, de sorte à s'aligner sur les autres aéroports internationaux", avait ensuite annoncé le ministre de l'Information.

Le gouvernement doit adopter un budget pour l’année 2019, qui doit commencer à mettre en œuvre une partie des engagements de réformes pris les dirigeants libanais lors de la conférence de Paris (CEDRE) d’avril 2018 et qui conditionne le déblocage de plus de 11 milliards de dollars d’aides en prêts et dons par les soutiens du pays. Le texte doit notamment amorcer une réduction du déficit public à raison de 1 point de PIB par an pendant cinq ans de suite, alors que le ratio déficit/PIB a atteint 11 % en 2018 (pour un déficit estimé à plus de 6 milliards de dollars, bien que le budget prévisionnel pour 2018 tablait sur 4,8 milliards de dollars).

La nouvelle loi de finances devrait être adoptée avant la fin du mois, le ministère des Finances ne pouvant plus en principe collecter les impôts et décaisser les dépenses de l’État selon la règle du douzième provisoire au-delà du 31 mai, comme le Parlement le lui a autorisé en mars. Il reste que la question de l’assainissement des finances publiques est intimement liée à celle des recrutements illégaux dans la fonction publique. Un dossier dont s’est saisi ces dernières semaines la commission parlementaire des Finances et du Budget, présidée par le député Ibrahim Kanaan et qui doit valider un rapport définitif faisant état, selon lui, de plusieurs milliers d’infractions, notamment en matière de recrutement.


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gaby sioufi

ILS POUVAIENT TRES BIEN DECIDER? DE BAISSER LEURS SALAIRES A EUX EN ATTENDANT CEUX DES AUTRES NON ?
MAIS NON, C UNE QUESTION DE SOLIDARITE AVEC LA CLASSE LABORIEUSE DONT PT'T LA MOITIE, EUX MEMES INCLUS SONT INUTILES.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

REPORTER CA... REPORTER CELA... TERGIVERSER ET FAIRE DE L,ARRIERE SUR LES MESURES AGREES DANS LA CEDRE NE FAIT QUE PERDRE LA CONFIANCE DES INVESTISSEURS ET DONNEURS EN NOTRE CAPACITE DE REFORMES. PARTANT IL NE RESTERA DE LA CEDRE QUE LE NOM.
OISEAU DE MAUVAIS AUGURE OU CONSTATATION ET FAIT ?

Gros Gnon

"Interrogé sur la baisse des salaires dans le secteur public, notamment ceux des responsables politiques, Jamal Jarrah a affirmé que l'examen de cette question a été reporté."

Encore une fois ce ne sont pas les salaires en soi qu’il faut baisser, mais bien la masse de fonctionnaires (et "responsables" politiques) inutiles qu’il faut réduire.

Je tente une idée qui vaut ce qu’elle vaut: je suggère d’AUGMENTER les salaires dans le secteur public, notamment ceux des responsables politiques (mais pas ceux des "responsables" politiques), et de conditionner ceux-ci aux résultats et à la santé économique du pays...

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