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À La Une - Japon

Ghosn retourne en prison et dénonce une "arrestation révoltante"

"Je fais appel au gouvernement français pour me défendre, pour préserver mes droits en tant que citoyen pris dans un engrenage incroyable à l'étranger", déclare l'homme d'affaires franco-libano-brésilien dans une interview à la télévision française.

L'ancien dirigeant de Nissan Motor, Carlos Ghosn, le 3 avril 2019, à Tokyo. Photo AFP / Kazuhiro NOGI

Arrestation "révoltante et arbitraire", a jugé Carlos Ghosn, interpellé jeudi à son domicile de Tokyo sur de nouveaux soupçons de malversations financières. Les enquêteurs du bureau des procureurs se sont rendus au petit matin à son immeuble. L'ancien patron de Renault-Nissan a été plus tard conduit au centre de détention de Kosuge (nord de la capitale), où il a déjà passé plus de 100 jours avant d'être libéré sous caution il y a à peine un mois.


"C'est contre l'esprit de la loi ou de ce que la loi prévoit, et c'est un acte qui ne doit pas arriver dans un pays civilisé", s'est insurgé devant la presse son avocat Me Junichiro Hinoraka, promettant d'utiliser tous les recours possibles pour obtenir sa remise en liberté.

Le défenseur, visiblement courroucé, a dénoncé la confiscation du téléphone sans accès à internet de son client et de l'ensemble de ses notes, ainsi que du smartphone de sa femme, privée aussi de son passeport. De son côté, le parquet a justifié cette décision par "un risque de destruction des preuves", selon le procureur-adjoint, Shin Kukimoto.

Carole Ghosn a également "été entendu par les procureurs, hors la présence de son avocat, tandis qu'elle n'est pas mise en cause dans la procédure", s'est insurgée l'avocate française de la famille, Jessica Finelle, sur BFMTV.




"Pour me briser"

Alerté dès mercredi par des rumeurs de presse, l'homme d'affaires de 65 ans s'était préparé à cette éventualité. "Il a enregistré une vidéo résumant son point de vue, document que nous prévoyons de diffuser", a annoncé Me Hironaka.

Le magnat de l'automobile déchu avait aussi rédigé une déclaration écrite, clamant son "innocence". "Pourquoi venir m'arrêter alors que je n'entravais en rien la procédure en cours, sinon pour me briser ?", a-t-il lancé. Cette arrestation "fait partie d'une nouvelle manœuvre de certains individus chez Nissan qui vise à m'empêcher de me défendre en manipulant les procureurs", a-t-il accusé, reprenant le thème du "complot" brandi dans de précédentes interviews accordées en prison.

"Mensonges", "acharnement" et "démolition systématique" : il a usé de la même virulence dans un entretien accordé mercredi en urgence à TF1/LCI par Skype. "Je fais appel au gouvernement français pour me défendre, pour préserver mes droits en tant que citoyen pris dans un engrenage incroyable à l'étranger", a-t-il insisté.

Ce nouveau rebondissement dans un interminable feuilleton, qui s'est ouvert le 19 novembre avec l'arrestation surprise de celui qui était alors le tout-puissant PDG de l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi Motors, intervient alors même qu'il avait décidé de prendre la parole pour la première fois depuis sa sortie de prison.

M. Ghosn avait annoncé mercredi via Twitter, de façon impromptue, qu'il s'exprimerait devant la presse le 11 avril.



"Contraire à l'éthique"
Déjà sous le coup de trois inculpations pour déclarations inexactes de revenus sur les années 2010 à 2018, dans des documents remis par Nissan aux autorités financières, et pour abus de confiance, M. Ghosn est désormais sous la menace d'une quatrième mise en examen.

Le parquet le soupçonne d'avoir transféré des fonds de Nissan, pour un total de 15 millions de dollars entre fin 2015 et mi-2018, à une société "de facto contrôlée par lui". Sur cette somme, 5 millions ont été détournés, a précisé le bureau des procureurs dans un communiqué. "Le suspect a trahi sa fonction (de patron de Nissan) pour en tirer des bénéfices personnels", a-t-il souligné.

Selon une source proche du dossier, le procédé a débuté dès 2012, portant sur une somme totale de plus de 30 millions de dollars versée à un distributeur de véhicules Nissan à Oman, montants dont une partie lui serait revenue indirectement. Il aurait notamment acheté un yacht et investi dans une société dirigée par son fils aux États-Unis.

Des flux financiers similaires ont été signalés la semaine dernière par Renault à la justice française, à l'issue d'une enquête interne du constructeur qui s'interroge aussi sur des dépenses opaques au sein de la filiale commune avec Nissan, RNBV, basée aux Pays-Bas.

Une enquête a déjà été ouverte sur le financement du mariage de Carlos Ghosn au château de Versailles en octobre 2016.

Au Japon, la date du procès n'a pas été fixée. Ses avocats ont déposé cette semaine une requête au tribunal pour que l'ex-patron soit jugé séparément de Nissan, qui, bien qu'étant aussi inculpé sur un des volets, "a pris depuis le début le parti des procureurs", selon Me Hironaka.

Le dirigeant franco-libano-brésilien espère être blanchi après avoir été dépouillé de la présidence des trois constructeurs qu'il avait unis et hissés au premier rang mondial.

Nissan, qui a encore une fois jeudi évoqué "des preuves substantielles d'un comportement ouvertement contraire à l'éthique", se prépare à tenir lundi une assemblée générale extraordinaire d'actionnaires. Le mandat d'administrateur de M. Ghosn devrait être révoqué.



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Arrestation "révoltante et arbitraire", a jugé Carlos Ghosn, interpellé jeudi à son domicile de Tokyo sur de nouveaux soupçons de malversations financières. Les enquêteurs du bureau des procureurs se sont rendus au petit matin à son immeuble. L'ancien patron de Renault-Nissan a été plus tard conduit au centre de détention de Kosuge (nord de la capitale), où il a déjà passé plus...

commentaires (9)

Au Japon un homme n'est pas considéré une voix. (Un homme, une voix) Un homme accusé au Japon est un homme condamné d'avance. Et quand il s'agit D'un gros poisson, une figure de l'économie mondiale comme Carlos Ghosn que le Japon veut le voir mourir, ne peut lui permettre de prendre la parole. On à l'impression que la machine du milieu de crime nippon est en marche contre Carlos.

Sarkis Serge Tateossian

14 h 45, le 04 avril 2019

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Commentaires (9)

  • Au Japon un homme n'est pas considéré une voix. (Un homme, une voix) Un homme accusé au Japon est un homme condamné d'avance. Et quand il s'agit D'un gros poisson, une figure de l'économie mondiale comme Carlos Ghosn que le Japon veut le voir mourir, ne peut lui permettre de prendre la parole. On à l'impression que la machine du milieu de crime nippon est en marche contre Carlos.

    Sarkis Serge Tateossian

    14 h 45, le 04 avril 2019

  • Pourquoi les japs ont eu peur de la conférence de presse de Ghosn? Ils ont quelque chose a cache, quelle intrigue ? Ils sont acharnés.

    Eleni Caridopoulou

    12 h 58, le 04 avril 2019

  • Dans ce nouveau rebondissement je ne peux m’empêcher de penser a l’attitude decevante des nouveaux dirigeants de Renault ainsi qu’a celle des politiques francais honteusement equivoque. Cet homme n’est surement pas complètement innocent mais le traitement qu’on lui impose avec l’acquiescement hypocrite des politiques francais est révoltant. Un de ses compatriotes qui lui a escroque le systeme de 450 Millions d’euros, beneficie toujours d’un traitement privilégié et a droit a avocats, conférences de presse et proces equitable. Ou est la Justice, ou est l’egalite, et pourquoi tant d’acharnement injustifie sur une personne en particulier au detriment des principes mêmes des valeurs tant defendues de la Justice ? Deux poids Deux mesures,...Décidément les rencoeurs de certains politiques sont effarantes!

    Cadige William

    12 h 26, le 04 avril 2019

  • Son véritable drame c'est qu'on ne le laissera pas sortir intact . On peut briser son corps , mais pas son génie qui pourra être utilisé ailleurs . Quand on ne veut plus de vous c'est pas seulement qu'on vous jette , mais on essayera de vous finir par tous les moyens . C'est ce que fait l'amérique et l'occident en général avec ses alliés sur une plus grande échelle , dans le fond je plains leurs alliés .

    FRIK-A-FRAK

    11 h 34, le 04 avril 2019

  • PRIS DANS LES TENAILLES NIPPONNES IL VA SOUFFRIR BEAUCOUP SURTOUT S,IL EST INNOCENT...

    L,EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 51, le 04 avril 2019

  • Arrestation preventive avant la conference de presse qu' il préparait?

    LeRougeEtLeNoir

    09 h 49, le 04 avril 2019

  • Malheureusement il ne reste à la justice nipponne qu’à tendre à M. Ghosn le sabre avec lequel il doit qu’il le veuille ou pas sefaire hara-Ki-ri. La cause est entendue depuis avant son arrestation, le verdict émis le jour de sa première arrestation. Vous avez dit arbitraire tout ceci? Georges Tyan

    Lecteurs OLJ

    07 h 34, le 04 avril 2019

  • Un adage japonais dit : quand tu arrives dans un village, obéis au village. C'est très révélateur Les japonais n'aiment pas qu'on leur donne des leçons de gestion, d'économie ou autres....

    Sarkis Serge Tateossian

    03 h 15, le 04 avril 2019

  • cet homme devient un supplicié de la soi disante justice japonaise. Renault tend à l'imiter jusqu'à ce jour nous n'avons eu accès aux preuves des accusations contre cet homme. Après l'avoir "démoli", c'est une humiliation perpétuelle poursuivie sans scrupules, cyniquement

    FAKHOURI

    02 h 25, le 04 avril 2019

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