La ministre des Affaires sociales, Hanine Sayed, lors de sa visite au Liban-Sud, le 15 mai 2026. Photo tirée de son compte X
De plus en plus, la ministre des Affaires sociales, Hanine Sayed, fait l’objet de critiques acerbes de la part du tandem Amal-Hezbollah, mais aussi du leader druze, Walid Joumblatt. En apparence, on lui reproche sa gestion du dossier des déplacés de la guerre. Mais les attaques renouvelées contre Mme Sayed ne peuvent être dissociées de son bras de fer avec les partis chiites autour de la nomination d’un directeur général de son ministère. Elles semblent également porter des messages au Premier ministre, Nawaf Salam, dont Mme Sayed est proche.
Il a suffi que la ministre se rende vendredi dernier aux cazas de Marjeyoun et Hasbaya, au Liban-Sud, pour qu’elle s’attire les foudres du député Kassem Hachem (Amal) pourtant connu pour éviter ce genre de polémiques. Dans un communiqué, il a qualifié la démarche de « folklorique ». « Les visites de certains ministres (…) sont régies par les relations et les services politiques, même si elles sont placées dans un cadre officiel », a estimé le parlementaire, ajoutant que les agissements de Hanine Sayed « laissent présager le pire ». « Je suis député de la région et la ministre n’a même pas pris la peine de me contacter en amont », explique Kassem Hachem à L’Orient-Le Jour. En face, le ministère des Affaires sociales préfère ne pas commenter ces propos. Mais une source impliquée dans les préparatifs de la visite de Mme Sayed se contente de dire que les instances officielles de la localité (municipalité, moukhtar) ont été informées.
Il reste que les critiques contre la ministre portent aussi sur son action en matière de réponse à la crise sociale engendrée par la guerre déclenchée le 2 mars dernier. « Peut-être qu’elle s’active pour les déplacés établis à Beyrouth. Mais dans les villages du Sud, je n’ai vu que le Conseil du Sud (organisme officiel chargé du développement de la région et perçu par certains comme un outil clientéliste aux mains du président de la Chambre, Nabih Berry) », déplore Kassem Hachem. Même son de cloche du côté du Hezbollah. Une source proche de la formation reproche à Hanine Sayed « son manque d’initiative alors que le pays est secoué par une crise grave », réclamant qu'elle s’active pour « débloquer plus de fonds » aux déplacés.
Toutefois, l’action de la ministre a été saluée par de nombreuses instances internationales. « Elle a réussi à débloquer des dizaines de millions de dollars en aides directes inédites au profit du gouvernement », souligne une source diplomatique occidentale.
Les accusations du tandem ont de quoi creuser le fossé avec Hanine Sayed. D’autant plus à l’heure où la ministre déploie des efforts pour convaincre les déplacés établis près du centre-ville de Beyrouth de déménager vers la Cité sportive, mieux équipée pour les accueillir. Une requête rejetée par les intéressés, vraisemblablement sous la pression du Hezbollah. Mais selon nos informations, la ministre insiste pour exécuter ce plan conformément aux directives de Nawaf Salam.
Et Joumblatt ?
Ces polémiques interviennent en plein bras de fer avec le Hezbollah autour de la nomination du directeur général des Affaires sociales, un poste que la coutume accorde aux chiites. Si Mme Sayed a longtemps tenu tête au Hezbollah, dont plusieurs proches ont vu leurs candidatures rejetées, il semble que l’heure du compromis ait sonné. Selon nos informations, le parti aurait donné son feu vert à la nomination d’un candidat acceptable pour les deux camps. « Il s'agit d’un juge. C’est donc un transfert entre deux postes de première catégorie, une démarche qui ne nécessite pas de passer par le mécanisme des nominations (auquel tenait Hanine Sayed, NDLR) », confie un membre du gouvernement, estimant que le Conseil des ministres pourrait concrétiser cette entente lors de sa séance prévue vendredi à Baabda.
Au-delà du tandem chiite, c’est le leader druze, Walid Joumblatt, qui a créé la surprise en s'en prenant à Mme Sayed dans une publication sur son compte X la semaine dernière. « Puisque le cessez-le-feu n’est qu’une illusion et que la destruction et le déplacement forcé se poursuivent, il est temps que le ministère des Affaires sociales crée de nouveaux centres d’hébergement adaptés, plutôt que de se contenter de déclarations quotidiennes. Idem pour le ministère de l’Éducation », avait-il écrit. Plusieurs observateurs estiment que cette publication est une flèche décochée en direction du Premier ministre, qui adopte une ligne jugée particulièrement dure contre le Hezbollah. Surtout que la ministre de l’Éducation, Rima Karamé, relève elle aussi de la quote-part du Premier ministre. Une lecture rejetée par un proche de Walid Joumblatt. « Nous continuons de soutenir le pouvoir et le gouvernement sur toute la ligne. Mais nous avons le droit de critiquer des actions jugées insuffisantes en période de guerre », dit-il.



