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Sommet arabe : l'initative du Liban sur les réfugiés adoptée, "une victoire" selon Bassil

déclaration finale

"L'idée que la Syrie retourne dans le giron arabe a été reçue positivement", affirme le chef de la diplomatie libanaise.

N.B. | OLJ
20/01/2019

A l'issue d'un sommet économique arabe, organisé à Beyrouth et boudé par la plupart des chefs d’État arabes, les pays arabes ont appelé dimanche la communauté internationale à "redoubler d'efforts" pour favoriser le retour des réfugiés, notamment Syriens, dans leurs pays d'origine. Cet appel est basé sur une initiative présentée par le Liban pour résoudre la crise des réfugiés syriens. Le ministre libanais sortant des Affaires étrangères, Gebran Bassil, s'est d'ailleurs félicité "d'une victoire" pour le pays qui accueille à lui seul près de 1,5 million de réfugiés syriens, soit le tiers de sa population.

Dans un communiqué adopté en parallèle de la déclaration finale du sommet et lu par M. Bassil, les représentants arabes ont souligné que "la crise des déplacés et des réfugiés dans les États du monde arabe est considérée comme étant la pire catastrophe humanitaire depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale" et que "la région arabe supporte le plus grand poids de cette crise, que ce soit en accueillant le plus grand nombre de déplacés et de réfugiés ou en présentant les aides humanitaires nécessaires". 

"Nous appelons la communauté internationale à assumer ses responsabilités pour limiter la tragédie des déplacés, à tout mettre en œuvre pour trouver des solutions radicales et efficaces et à redoubler d'efforts pour assurer des conditions propices au retour des déplacés et des réfugiés dans leur pays d'origine, conformément à la légalité internationale et dans le respect de la souveraineté des pays d’accueil et de leurs lois", peut-on lire dans le communiqué soulignant "l'impact de cette grave crise sur l'économie des pays d'accueil et leurs finances publiques (...), les dangers réels du déplacement au niveau du tissu social des pays de la région et la nécessité de déployer des efforts régionaux et internationaux pour faire face à cette crise humanitaire majeure (...)". 

"Nous appelons les pays donateurs à assumer le fardeau de la crise des déplacés et des réfugiés en honorant leurs engagements financiers, en fournissant les fonds nécessaires aux pays hôtes pour répondre aux besoins des personnes déplacées et réfugiées, en soutenant l'infrastructure et en fournissant une assistance aux déplacés et aux réfugiés dans leur pays d'origine pour les encourager à y retourner", poursuit le texte. "Nous appelons la communauté internationale à soutenir les pays arabes accueillant les déplacés et les réfugiés syriens et à mettre en œuvre des projets de développement afin de réduire les impacts économiques et sociaux de cet accueil , et demandons au secrétariat général de la Ligue arabe d'organiser une réunion des donateurs internationaux, des organisations spécialisées et des fonds arabes avec la participation des pays arabes accueillant les réfugiés  et déplacés syriens en vue d'un accord sur un mécanisme clair pour financer ces projets".

M. Bassil a en outre souligné que "l'Unrwa (l'agence de l'ONU en charge des réfugiés palestiniens) doit poursuivre son travail et assurer ses services et remplir son rôle envers les réfugiés à l'intérieur ou à l'extérieur des camps dans toutes les régions où elle opère, jusqu'à ce que la crise des réfugiés palestiniens soit résolue, conformément à la résolution 194 des Nations unies".


Dans son discours lors de la séance inaugurale du sommet, dimanche matin, le président libanais Michel Aoun  avait appelé à un retour "sécurisé" des réfugiés syriens dans leur pays, sans que ce retour ne soit lié à une solution politique en Syrie.
Le président libanais et le ministre sortant des Affaires étrangères réclament le retour des réfugiés syriens chez eux sans attendre une solution politique à la guerre qui ravage la Syrie depuis 2011. Mais la communauté internationale s'inquiète d'un tel retour qu'elle juge non sécurisé et prématuré dans les circonstances actuelles. Cette question avait déjà fait des vagues au cours des derniers jours entre différents responsables libanais.

Sur le plan économique, selon la déclaration finale du sommet baptisée "Déclaration de Beyrouth" et lue par le secrétaire adjoint de la Ligue arabe Houssam Zaki, les principales résolutions du sommet ont porté sur la dynamisation du processus visant à mettre en place une zone de libre-échange arabe et la création d'un fonds d'investissement arabe pour la technologie, pour un montant total de 200 millions de dollars. Le Koweït et le Qatar ont annoncé dimanche y contribuer à hauteur de 50 millions de dollars (44 millions d'euros) chacun. Selon le FMI, la croissance économique dans la région Moyen-Orient devrait s'élever à 2,5% en 2019 et l'inflation à plus de 10%. Le président libanais a proposé, par ailleurs, la création d'une banque arabe pour financer la reconstruction de pays ravagés par des guerres.



(Lire aussi : Le sommet a révélé l’ampleur du conflit entre les pôles du pouvoir sur les choix stratégiques du Liban)



"Une victoire pour le Liban"
Après l'issue du sommet, Gebran Bassil a tenu un conférence de presse conjointe avec le secrétaire général de la Ligue arabe, Ahmad Aboul Ghait, se félicitant du "succès" du sommet économique "malgré tout ce qui s'est passé" et estimant que "le Liban a rempli son devoir en organisant" cet événement. Le chef de la diplomatie libanaise a en outre estimé que "la déclaration concernant les déplacés syriens constitue une victoire pour le Liban, un geste de solidarité des pays arabes envers les pays hôtes et une reconnaissance de leurs sacrifices".




Le chef de la diplomatie libanaise Gebran Bassil lors d'une conférence de presse à l'issue du sommet économique arabe, à Beyrouth. Photo Dalati et Nohra



Le sommet économique et social fait traditionnellement moins recette que le sommet de la Ligue arabe, qui se tiendra en mars en Tunisie. Le dernier en date, en 2013 en Arabie saoudite, avait néanmoins attiré de nombreux chefs d’États. A Beyrouth, les 20 participants ont préféré pour la plupart dépêcher leur Premier ministre, leur ministre des Affaires étrangères ou des Finances. L'émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, et le président mauritanien, Mohammad Ould Abdel Aziz, sont les seuls chefs d'États à représenter officiellement leur pays après de nombreux désistements survenus au cours des derniers jours. Une assistance qui justifie difficilement aux yeux des Libanais la quasi-paralysie du centre de la capitale, où de nombreux commerces, écoles et rues ont été fermées.

Outre la question de l'invitation de la Syrie de Bachar el-Assad et le dossier des réfugiés syriens, l'absence de la Libye a terni l'image de ce sommet. La participation de la Libye, que le Liban tient pour responsable de la disparition en 1978 de l'imam Moussa Sadr, a provoqué de vives polémiques à Beyrouth. Finalement, Tripoli a décidé de ne pas participer au sommet, après les protestations de Nabih Berry, qui dirige le mouvement Amal fondé par l'imam Sadr, et les agissements de certains de ses partisans dans la rue.

"L'imam Moussa Sadr n'est pas seulement l'imam des chiites au Liban, il est également un modèle de coexistence, a réagi M. Bassil. En tant qu'État libanais, nous avons regretté le fait que la Libye n'ait pas participé (au sommet) et exprimé notre mécontentement, mais cela n'empêche pas les dirigeants libyens de faire ce qu'il faut pour dévoiler le sort de l'imam Sadr".


M. Bassil a en outre indiqué avoir ressenti "que l'idée d'un retour de la Syrie dans le giron arabe a été reçue positivement". "Il n’y a pas de contact avec la Syrie concernant son retour à la Ligue arabe et nous ne connaissons pas sa position à ce sujet, nous nous contentons d'exprimer l’avis du Liban à ce sujet", a-t-il précisé.
Vendredi, le chef de la diplomatie libanaise avait réclamé la réintégration de la Syrie au sein de la Ligue arabe "sans attendre une quelconque autorisation pour son retour".

La Syrie n'a toujours pas été réintégrée à la Ligue arabe, sur fond de divisions persistantes entre les États-membres à son sujet. Son siège avait été gelé fin 2011 en réaction à la répression meurtrière par le régime de Bachar el-Assad des manifestations pro-démocratie, à l'origine du conflit qui a fait plus de 360.000 morts.

"D'ici la tenue du sommet arabe en Tunisie, nous verrons qui propose des initiatives concernant la Syrie et, si elles sont abordées et approuvées, la Ligue présentera certainement des résolutions", a de son côté affirmé M. Aboul Ghait.

En clôture du sommet, Michel Aoun, a pris la parole pour remercier "les délégations participantes pour leurs points de vue et leurs contributions ainsi que le secrétaire général de la Ligue arabe, le comité chargé de l'organisation, les services de sécurité et les médias". "Il ne fait aucun doute que les décisions prises contribueront à la promotion d'une action arabe commune et constitueront un pas de plus sur la voie de la mise en place d'une économie arabe globale, que nous souhaitons tous".  "En coopération avec le secrétariat général, le Liban veillera à l'application des décisions du sommet", a assuré le président libanais.




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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

CETTE MANIE D,ESSUYER DES ECHECS ET DE CRIER VICTOIRE ! SE RIT-ON DES GENS OU DE SOI-MEME ? L,APPEL ARABE, REDOUBLER D,EFFORT POUR FAVORISER LE RETOUR DES REFUGIES SYRIENS, SOUS ENTEND UNE SOLUTION PREALABLE EN SYRIE ET NE FAIT QUE CONFIRMER LES DIRES DE L,ONU SUR CETTE QUESTION ! ET LE RETOUR DE LA SYRIE EST ACCEPTE CERTES AUSSI AVEC SOUS ENTENDU DES CONDITIONS PREALABLES !
LE SOMMET : UN ECHEC SUR TOUS LES FRONTS !

M.E

Le SDSSDEA* est fini! Enfin!

*Soi Disant Sommet Soi Disant Economique Arabe

Quel est le point commun entre tous ces pays? Tout de même Somalie, Mauritanie, Liban il ne faut pas exagérer les points de ressemblance. Même l'arabe qu'ils parlent leur est souvent incompréhensible. Le seul point commun c'est évidemment le chapeau tendu en permanence vers les pays où on porte le turban, au nom d'Allah et des ses oeuvres

Wlek Sanferlou

Trum dixit: "winning, too much winning, we are tired of winning" ... serait-il libanais après tout? célébrons nos défaites comme des gains inouis!
Yallah, allah karim, on verra un jour quelqu'un de réaliste.

AIGLEPERçANT

Culturellement le Liban est au dessus de ce magma arabe inculte et ignorant.

À nous LIBANAIS de ne PLUS accepter de se sentir PETIT devant ceux qu'on croit être important parce qu'ils sont assis sur des ressources qu'ils ne maîtrisent de toute façon pas du tout.

Arrêtons ce COMPLEXE idiot, le Liban d'aujourd'hui ne mérite que respect et considération.

Irene Said

Un fleuve de paroles...de soi-disant décisions...de dollars dépensés...mais
qui s'en souviendra encore dans quelques semaines ?
Irène Saïd

Le point

Avant le sommet je pensai ne pas comprendre grand chose en politique, mais à présent je suis sûr de ne rien comprendre!

Un de nos ministres sortant, perçu comme étant proche de l'axe iranien, explique aux arabes comment il faut faire avec la Syrie & avec la globalisation de l'économie arabe. Franchement bravo!

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