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Liban

Gouvernement : sprint final... sauf accident de parcours

Gouvernement

Saad Hariri devrait pouvoir se diriger à Baabda aujourd’hui ou demain, muni d’une nouvelle mouture.

29/10/2018

Le week-end a été riche en contacts effectués par le Premier ministre désigné Saad Hariri en vue d’aplanir les derniers obstacles à la formation du futur gouvernement, et ce malgré son voyage hier pour la Jordanie pour des raisons familiales. Hier, de sources concordantes et à en croire différentes déclarations d’hommes politiques de tous bords, il semblait de plus en plus confirmé que, sauf imprévu, la formation du gouvernement est imminente, à savoir au début de cette semaine. Et ce bien que le nœud des Forces libanaises n’ait pas encore été totalement résolu hier, tout comme celui dit des « sunnites indépendants ».

Suivant les dernières informations disponibles hier, le Premier ministre désigné attendait toujours une réponse des FL aux propositions qui leur ont été présentées, une réponse qui devrait lui être donnée ce matin, à son retour de Jordanie. Cet état de fait a été confirmé hier par le député Georges Adwan du groupe parlementaire FL, dans une déclaration à la chaîne MTV. Il y affirme que « les FL n’ont pas encore donné de réponse définitive sur leur participation au gouvernement parce que la question est très délicate et nécessite une réunion du conseil exécutif du parti ». Effectivement, suivant des informations obtenues par L’Orient-Le Jour, le président des FL Samir Geagea tiendra aujourd’hui à 11h30 une réunion extraordinaire avec ses cadres, en prévision d’une conférence de presse vers 12h30, au cours de laquelle il exposera la position de son parti par rapport au futur gouvernement : intégrer l’équipe ministérielle ou pas.

M. Adwan a pour sa part confirmé que les FL « ont été informées de la formule définitive ces dernières heures », et que « le gouvernement sera formé durant les trois à quatre jours suivants », n’écartant pas la possibilité « d’une non-participation des FL au cabinet ». Selon lui, « l’obtention d’un portefeuille essentiel serait un facteur d’équilibre au sein du gouvernement, sachant que les FL cherchent à y jouer un rôle significatif ».

Selon des sources bien informées, les propositions présentées aux FL comportent, en plus de la vice-présidence du Conseil, trois portefeuilles : les Affaires sociales, la Culture et le Travail. Outre les trois portefeuilles proposés aux FL, toujours selon les mêmes sources, ce parti obtiendrait un ministère d’État, mais exigerait que celui-ci soit assorti d’une mission (exemple : ministère d’État aux Droits de la femme, ou à la Lutte contre la corruption…), et n’accepterait pas un simple ministère d’État sans finalité.


(Lire aussi : Nouveau cabinet : participation problématique du Hezbollah)


« Star du gouvernement Hariri »
Commentant les propos de M. Adwan suivant lesquels les FL pourraient ne pas participer au prochain gouvernement, la source précitée estime que cela n’est pas très probable, étant donné que ce parti ne risquerait pas de rester hors du cabinet pour les quatre années à venir, juste pour une question de portefeuilles. Elle pense donc que les FL donneraient leur réponse au Premier ministre aujourd’hui comme celui-ci s’y attend, et que celui-ci irait le soir à Baabda avec une nouvelle mouture en main, en vue d’annoncer le gouvernement ce soir ou demain. « Sauf accident de parcours », ajoute-t-elle cependant, prudence oblige.

Par ailleurs, le député Yassine Jaber, du groupe parlementaire de Nabih Berry, a communiqué à L’OLJ un message exhortant les Forces libanaises à participer au gouvernement. Il a assuré que M. Berry réclame depuis le début la formation d’un gouvernement « rassembleur et équilibré », c’est-à-dire que les FL doivent en faire partie, sachant que cette revendication, toujours selon le député, « est liée aux enjeux stratégiques actuels ». Il a ajouté : « Il vaut mieux que les FL fassent partie du gouvernement plutôt que de rester en dehors. Preuve en est, l’expérience du gouvernement de Tammam Salam, que les FL n’avaient pas intégré, et qui n’a pas été positive. » M. Jaber a souligné, parlant au nom de M. Berry, que « les FL ont été la star du gouvernement Hariri, notamment par leur opposition aux marchés suspects, et ce indépendamment des portefeuilles occupés, par leur présence en soi ».


(Lire aussi : Gouvernement : sommes-nous dans la dernière ligne droite ?)


Sunnites indépendants, carte de pression ?
Reste le nœud de la représentation des députés sunnites dits « indépendants », en d’autres termes hors du cadre du courant du Futur, à qui le Premier ministre (lui-même à la tête du Futur) refuse jusqu’à nouvel ordre d’accorder une place, sous prétexte qu’ils ne forment pas un bloc clair ni ne sont affilés à un seul parti. Selon des informations relayées par l’agence al-Markaziya, ces députés refusent d’être écartés du processus de formation du gouvernement et se sont sentis appuyés par le dernier discours du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Ces députés du camp du 8 Mars, indiquent certaines sources, devraient se rassembler, et en cas de non-représentation, décider s’ils iraient jusqu’à ne pas accorder la confiance au gouvernement, ou alors carrément rejoindre les rangs de l’opposition.

Toutefois, ce nœud est-il suffisamment important pour bloquer la formation du gouvernement ? Une source bien informée pense que non, et que cette question est surtout utilisée par les adversaires des FL en vue de faire pression sur Saad Hariri afin qu’il les convainque d’accepter les propositions qui leur sont faites. Une sorte d’épouvantail. Ce qui paraît certain toutefois, et qu’a confirmé dans un entretien au cours du week-end le député du Courant patriotique libre Salim Aoun, c’est que le président de la République n’accordera pas une éventuelle part à ces députés sunnites dans son bloc gouvernemental.

Enfin, un dernier nœud risque de compliquer quelque peu la formation du gouvernement, en rapport avec le portefeuille des Travaux publics et le courant Marada. En effet, bien qu’il ne fasse plus de doute que ce ministère restera aux mains de la formation de Sleiman Frangié, certaines parties, notamment le CPL, opposeraient un veto sur la personne du ministre sortant, Youssef Fenianos. Des informations ont fait état de la possibilité de nommer à ce poste un ministre du groupe mais non partisan, et le nom du député du Kesrouan Farid el-Khazen a circulé. Toutefois, des sources bien informées du dossier assurent à L’OLJ que bien que le veto sur la personne de Youssef Fenianos persiste, le parti des Marada reste attaché à son maintien au poste.


(Lire aussi : Le CPL commence à envisager un cabinet sans les FL)


« Qu’ils se débrouillent ! »
Enfin, du côté du Hezbollah, il semble que le portefeuille de la Santé soit définitivement tranché en sa faveur. Les échos qui parviennent du parti chiite sont d’ailleurs optimistes, ainsi que l’atteste une déclaration du cheikh Nabil Kaouk, membre du conseil central, qui a estimé que « le Liban a actuellement une chance réelle et sérieuse de former un gouvernement ». Il a confirmé l’impression d’imminence de la formation du cabinet.

De son côté, Saad Hariri, dans une conversation à bâtons rompus avec les journalistes samedi à l’issue d’un entretien avec Nabih Berry, a confirmé que le ministère de la Santé serait accordé au Hezbollah. Interrogé sur les sanctions américaines contre le parti chiite et l’Iran, qui entrent en vigueur après la signature de la loi par le président américain Donald Trump, et les répercussions que cela aurait sur un ministère qui profite d’aides internationales, notamment américaines, le Premier ministre a juste rétorqué : « Qu’ils se débrouillent alors. »

Certaines sources estiment que les sanctions américaines contre le Hezbollah ont plus à voir avec les élections américaines qu’avec un quelconque ministère au Liban. Elles soulignent que le parti chercherait cependant à contourner ce risque par la nomination d’un médecin chiite non partisan originaire de Baalbeck, une personnalité très respectée dans le milieu médical.

Contredisant quelque peu ces sources, le député Yassine Jaber assure à L’OLJ que « le Hezbollah a déjà tranché la question du ministère de la Santé, et que celui-ci sera occupé par un ministre partisan ».



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Sarkis Serge Tateossian

Que la lumière soit.... Au plus vite et dans la sagesse et l'union.

Gebran Eid

UN PETIT RAPPEL, IL FAUT PAS OUBLIER LE SALE GESTE SURPRISE QU'À FAIT HARIRI CONTRE LE CANDIDAT À LA PRÉSIDENTIELLE GEAGEA EN PRÉSENTANT SON PROPRE CANDIDAT SLEIMAN FRANGIÉ. L'HISTOIRE PEUT SE RÉPÉTER SOUS AUTRE FORME. GEAGEA NOUS A RAMENÉ AOUN PAR VENGEANCE. MAIS MAINTENANT SI ON L'IMPOSE UN GOUVERNEMENT AOUNISTE, IL FAIT QUOI ? C'EST TROP TARD. ATTENTION

gaby sioufi

pour aujourd'hui ou pour demain ?
VRAIMENT DOMMAGE !
vaudrait beaucoup mieux patienter jusqu'a la semaine prochaine!

AIGLEPERçANT

Imaginer que les fl ne participeraient pas à ce gvnmt c'est être un dupe innocent et naïf.

Ils en crèvent d'envie même si on leur donnait la moitié de ce qu'ils ont en ce moment. Proudless.

On aura le gvnmt qu On mérite et sera directionnel. Vers plus de liberté d'actions que ne l'ont été tous les autres, présence résistante oblige.

Malek Pierre Anid

Je ne comprends pas ce refus dans vos articles d’attirer l’attention sur l’injustice dont font face les FL depuis 5 mois. Pourquoi est-ce que les FL sont les seuls à ne pas avoir droit à un ministère souverain ? Un ministère essentiel ? Pourquoi est-ce que les FL sont les seuls à ne pas pouvoir réclamer un ministère précis ? Pourquoi est-ce que les FL doivent toujours se contenter des restes du gâteau après que les autres se soient divisé les parts avec toute l’arrogance du monde ?
Est-ce que l’offre mentionnée dans l’article parait juste et représentatif pour les libanais indépendamment de leurs avis politique ? Et puisque vous mentionnait l’interview de M. Edwan, pourquoi ne pas préciser que la raison pour laquelle les FL ne sont pas encore sur de participer, est l’injustice que représente cette offre et non pas par simple caprice comme l’article laisse l’entendre. C’est exactement ça que M. Edwan explique. L’indécision des FL est lie à l’injustice de l’offre proposée. Mais ne pas participer, ça voudrait dire laisser le champ libre à tout ce qui se batte depuis 5 mois pour empêcher les FL d’être bien représentés et jouer leurs rôles au niveau de la lutte contre la corruption et le marchandage et l’édification d’un état moderne et souverain.

Antoine Sabbagha

Il faudra vite finir de cette mascarade et voir vite un nouveau gouvernement .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

A LA BONNE HEURE AVEC LES F.L.

Yves Prevost

Le ministère de la Santé sera très pratique pour le Hezbollah pour gérer le trafic de drogue, surtout si la culture du cannabis "thérapeutique" est légalisée.

Zovighian Michel

Puisque Hariri est confiant que le Président ne succomberait pas aux pressions du Hezbollah dans la foulée du verdict du TSL en 2019, les FL ne devrait pas être plus royaliste que le Roi et continuer à exiger le ministère de la Justice. Il se peut que Hariri soit leurré par des guaranties (tranquillisants) d’un Président qui a signé des engagements auparavant mais ne les a pas respecté.

Si Hariri et Aoun conjointement pensent qu’ils auraient l’option de ne pas appliquer les décisions du verdict, ceci serait un manque de clairvoyance car les retombées économiques sur le Liban suivront certainement.

En tout état de cause ce serait une erreur de donner le ministère de la justice au Président. Une variante serait de le donner à Michel Mouawad: un 14 Marsiste qui fait parti du camp Aouniste dont le père a été assassiné de la meme façon que Rafiq Hariri.

Quand aux FL, il est préférable qu’elle rejettent la proposition de Hariri plutôt que de choisir de ne pas participer au gouvernement.

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