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Liban

En attendant le gouvernement, Berry veut (ré)activer le Parlement

Institutions

Le chef du législatif tire à nouveau la sonnette d’alarme sur la « dangereuse » situation économique.

Yara ABI AKL | OLJ
25/10/2018

Le président de la Chambre, Nabih Berry, n’a jamais caché son mécontentement face au retard dans la formation du futur gouvernement. Depuis des semaines, il ne cesse d’exercer un forcing dans le sens de la mise sur pied d’un cabinet.

C’est dans ce cadre que s’inscrivent ses propos selon lesquels le Parlement pourrait tenir une séance plénière avant la fin du mois, date du deuxième anniversaire de l’élection de Michel Aoun à la tête de l’État. Ainsi, dans le cas où le Premier ministre désigné Saad Hariri échoue à former son équipe d’ici au 31 octobre, il s’agira de la deuxième séance plénière tenue en l’absence d’un gouvernement exerçant pleinement ses fonctions. Elle sera donc naturellement placée sous le label de la législation de nécessité.

Pour rappel, la Chambre s’était réunie les 24 et 25 septembre derniers. L’occasion pour les députés d’adopter certaines propositions de lois prévoyant des réformes exigées par la communauté internationale dans le cadre de la conférence dite CEDRE tenue à Paris le 6 avril dernier.

Pour en revenir à M. Berry, il a profité de ses audiences hebdomadaires du mercredi à Aïn el-Tiné pour tirer une fois de plus la sonnette d’alarme sur la situation économique du Liban. Insistant sur l’importance de mettre sur pied un cabinet, il a souligné que « la situation économique est dangereuse ». Cette même crainte se fait sentir chez le chef du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt. « La dette publique s’accroît à chaque instant. Et la solution réside dans des mesures d’austérité à tous les niveaux. Sinon, la conférence de Paris (CEDRE) n’aura servi à rien », a-t-il écrit sur son compte Twitter, soulignant que le PSP présentera « quelques idées au prochain cabinet » à ce sujet.

« Si la formation du cabinet est importante, l’homogénéité entre ses composantes est encore plus importante », a ajouté le président de la Chambre, avant de poursuivre : « Nous sommes devant 48 heures décisives » pour la formation du cabinet. « La déclaration ministérielle de la future équipe ne posera aucun problème, dans la mesure où elle est, dans ses grandes lignes, identique à celle du gouvernement sortant », a-t-il précisé.

Rapportant les propos de Nabih Berry, Ali Bazzi, député de Bint Jbeil, a alors fait savoir que « la Chambre pourrait tenir une séance plénière avant la fin du mois ». M. Berry n’a pas tardé à transformer les mots en actes, convoquant le bureau de la Chambre à une réunion qui se tiendra ce matin à 11 heures. Les députés devront examiner l’ordre du jour de la séance de la prochaine séance parlementaire. À en croire Ali Bazzi, près de 40 projets et propositions de loi pourraient être soumis à examen.
Au vu de son timing, l’initiative Berry pourrait être interprétée comme une tentative de mettre Saad Hariri au pied du mur. Sauf que les milieux du Premier ministre désigné ne perçoivent pas les choses sous cet angle. Une source informée souligne dans ce cadre à L’Orient-Le Jour que l’initiative Berry n’est pas à même de déranger M. Hariri. Ce dernier poursuit ses contacts avec tous les protagonistes afin de mettre sur pied un cabinet d’union nationale, assure la source.


(Lire aussi : L’Iran est derrière le blocage gouvernemental, pour les milieux souverainistes, l'éclairage de Philippe Abi-Akl)


FL-CPL

C’est justement à la faveur de ces contacts que les Forces libanaises attendent la réponse de M. Hariri à la formule que lui ont remise le ministre sortant de l’Information Melhem Riachi et Élie Baraghid, directeur de cabinet du leader des FL, Samir Geagea.

Il s’agit là d’une nouvelle tentative d’aider Saad Hariri à surmonter l’obstacle chrétien entravant encore la formation du cabinet. Un différend oppose le parti de Samir Geagea au Courant patriotique libre, et par extension, à Baabda, autour du ministère de la Justice. Et pour cause : le chef de l’État Michel Aoun insiste pour conserver ce portefeuille dans son lot, alors que le Premier ministre l’avait proposé aux FL à titre de compensation pour le ministère dit « régalien » dont les FL se sont vues privées. Notons à ce stade que Melhem Riachi devait se rendre à Baabda hier pour un entretien avec le président de la République. Sauf que la rencontre a été reportée. Une source proche de Baabda a expliqué à L’OLJ que plusieurs réunions ont été annulées en raison d’une urgence. Sans plus de détails.

Interrogé, un cadre FL explique que sa formation n’a jamais demandé le portefeuille de la Justice. Mais ce qui lui importe reste une « représentation juste », c’est-à-dire conforme au poids populaire du parti issu des législatives de mai dernier.

Quant au CPL, il a désormais les regards braqués sur la prochaine phase qui devrait débuter après la formation du gouvernement. Celle-ci était au centre de la rencontre tenue mardi à la Maison du Centre entre MM. Hariri et Bassil.

Citées par l’agence locale al-Markaziya, des sources proches du parti de M. Bassil confient que les deux hommes ont insisté sur l’importance de redynamiser l’entente entre le Futur et le CPL dans la mesure où cela est à même de permettre au cabinet de réaliser les accomplissements que les Libanais attendent de la part du mandat Aoun.


(Lire aussi : Saad Hariri à Riyad, une visite différente des précédentes, le décryptage de Scarlett Haddad)


Le nœud sunnite
Pour ce qui est du nœud sunnite, six des dix députés anti-haririens se sont réunis hier au domicile de Fayçal Karamé, député de Tripoli. Étaient présents, outre M. Karamé : Abdel-Rahim Mrad (Békaa-Ouest), Jihad el-Samad (Denniyé), Kassem Hachem (Marjeyoun), Walid Succarié (Baalbeck-Hermel) et Adnane Traboulsi (Beyrouth). L’occasion pour ces parlementaires de réitérer leur attachement à ce qu’ils appellent leur « droit » à prendre part au cabinet, dans la mesure où ils représentent « la tendance politique des sunnites qui ne sont pas favorables au courant du Futur », comme on peut lire dans le communiqué publié à l’issue de la réunion. Rappelant que le cabinet en gestation est un « gouvernement d’entente nationale », les députés ont estimé que leur représentation est « normale » et « ne fait pas l’objet de compromis ou d’ententes ». Une position par laquelle les milieux de Saad Hariri confient « ne pas être concernés », renvoyant implicitement la balle dans le camp de Michel Aoun. Mais des proches de Baabda estiment que ce nœud relève de la compétence du Premier ministre désigné chargé de former le prochain cabinet.


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FÊTE ACCOMPLIE

Quoi qu'on puisse en dire , économiquement on est loin du désastre grecque , toute proportion gardée .

En considérant surtout que la Grèce est épaulée à bout de bras par toute une communauté économique européenne .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

MAUVAIS INDICE QUE L,ABRUTISSEMENT AIDANT LE GOUVERNEMENT N,EST PAS POUR DEMAIN... ET L,ECONOMIE EN SOUFFRE ET LE PAYS SOMBRE DANS L,ABYSSE...
BLOCAGE : GENDRISSIMO-BEAUPERIEN !!!

Zovighian Michel

Un gouvernement d'union nationale ne veut pas dire que tout les parlementaires doivent y être. La nouvelle loi electorate est à la fois proportionnelle et communautaire. Ceux qui sont majoritaire au sein de leur communauté mais aussi leurs opposants qui au moment des elections formaient une coalition politique de quatre parlementaires ou plus, devraient être adjugés les ministères de cette communauté.

Les six parlementaires qui ceux sont réunis chez Karamé sont des indépendants qui ne font pas parti de la même coalition politique, ou même idéologie, et par conséquent ils ne devraient pas être représentés au gouvernement.

En finale, il n'y a pas de noeuds FL, Joumblat, Hariri mais un seul noeud qui est celui du tandem Bassil/Président qui signe des accords mais ne les respecte pas.

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