Liban

L’Iran est derrière le blocage gouvernemental, pour les milieux souverainistes

Éclairage
25/10/2018

Le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah avait conseillé, lors de son allocution télévisée de vendredi dernier, de ne pas fixer de délai dans la formation du gouvernement. Le Premier ministre désigné Saad Hariri a pourtant informé le groupe parlementaire du courant du Futur, lors de sa réunion mardi, qu’il présidait en principe la séance pour la dernière fois, dans la mesure où le nouveau cabinet « se trouve à deux doigts de voir le jour », confiant à sa tante Bahia Hariri la direction du bloc. Il avait auparavant assuré au président français Emmanuel Macron, lors de leur entretien en marge du sommet de la Francophonie à Erevan, que le cabinet serait formé « avant la fin du mois ». De son côté, le président de la Chambre Nabih Berry a mis en garde contre le « danger d’un effondrement de la situation économique en quelques semaines si l’équipe ministérielle n’est pas mise sur pied ». « Nous avons 48h charnière et le cabinet sera formé, nous l’espérons », a-t-il dit. Un député des Forces libanaises a pour sa part confié à un diplomate occidental que le gouvernement serait « un cadeau pour le Nouvel An », rejoignant ainsi des milieux proches du Hezbollah, qui avaient plusieurs fois indiqué qu’il n’y aurait « pas de cabinet avant Noël ».

Face à un tel concert de dissonance dans les pronostics, que penser ? Y aura-t-il un gouvernement avant la fin du mois ou l’optimisme va-t-il une fois de plus se volatiliser, les circonstances extérieures ne permettant toujours pas à la formule magique d’opérer le déblocage tant attendu ?

Les instances économiques et la CGTL se sont hâtées de sonner le tocsin et pourraient initier un mouvement de protestation dans la rue pour faire pression sur les dirigeants. Les instances soulignent qu’il n’y a pas de crise monétaire au Liban, mais une crise économique. Le gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé a pour sa part affirmé à plusieurs reprises qu’il ne fallait pas avoir peur pour la livre, qui reste solide et stable contrairement aux rumeurs. Mais les instances bancaires insistent sur le fait que la stabilité économique a besoin de stabilité politique pour la consolider. Le Hezbollah et les autres forces politiques ne peuvent ignorer le ressentiment populaire qui grandit globalement, et encore plus face au retard dans la formation du cabinet. La révolte de Baalbeck menée par le cheikh Sobhi Toufayli dans les années 90 est restée dans tous les esprits et le binôme chiite Amal-Hezbollah avait tout fait pour l’étouffer dans l’œuf. L’important taux d’abstention lors des dernières législatives traduit bien ce sentiment de dégoût et de désespoir, et cette crise de confiance entre le citoyen et ses responsables. En dépit de tout cela, des forces politiques ont préféré retarder la formation du gouvernement en attendant des échéances extérieures. Des milieux souverainistes accusent ainsi le Hezbollah d’être à l’origine de ce retard, l’Iran utilisant le dossier libanais comme une carte de pression sur l’Occident, notamment Washington, avant les sanctions américaines contre Téhéran et le parti chiite. L’influence iranienne s’est réduite en Syrie, en Irak et même au Yémen. Le bastion fort continue d’être le Liban, par le biais du Hezbollah. Téhéran a donc cherché à exercer cette pression en mettant tout son poids pour obtenir un cabinet du 8 Mars, d’où cette persistance du tandem chiite de voir les députés sunnites pro-Assad représentés à la demande de Damas, le but étant de circonscrire Saad Hariri et de démanteler son réseau d’alliances, notamment avec les FL et le Parti socialiste progressiste. Téhéran a également cherché à profiter de la débâcle saoudienne dans l’affaire Khashoggi pour faire pression sur M. Hariri et tenter d’obtenir de lui une promesse qu’il fera front contre les sanctions américaines et qu’il tentera d’en annihiler les effets sur le plan intérieur.

C’est pour détourner les regards de l’Iran que des milieux proches du Hezbollah cherchent à rejeter la responsabilité du blocage sur les FL, notamment en affirmant que les forces souverainistes attendent les résultats des élections de mi-mandat aux États-Unis le 4 novembre prochain et misent sur une victoire des républicains et des sanctions économiques qui modifieraient le rapport de force en leur faveur. Mais la réelle grogne populaire et les risques d’une intifada auraient incité le Hezbollah et ses alliés à refaire leurs comptes et mettre fin à leur blocage. « Si Saad Hariri décide de toute façon de faire cavalier seul, de dériver vers le camp saoudo-occidental et de laisser certaines parties exploiter les sanctions contre le Hezbollah pour atteindre son arsenal, nous avons toujours d’autres cartes en réserve pour réagir », affirme ainsi un cadre politique du 8 Mars…

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