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Liban

Vers un cabinet avant la fin du mois ?

Gouvernement

Geagea évoque une « guerre d’élimination » ratée contre les FL.

Yara ABI AKL | OLJ
23/10/2018

Après de longs mois de tractations, et en dépit des couacs successifs, toutes les formations politiques affirment être convaincues qu’il est grand temps de former un gouvernement et que l’ère des atermoiements est révolue. Mieux encore : certains optimistes invétérés s’attendent même à la mise sur pied du cabinet avant le 31 octobre, date du deuxième anniversaire de l’accession du général Michel Aoun à la tête de l’État.

C’est en tout cas ce climat d’optimisme que le président Aoun et le Premier ministre désigné Saad Hariri ont tenté de distiller hier. Une façon pour eux de confirmer que la page du « coup de Jarnac de dernière minute », survenu lors du discours vendredi dernier du secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah, a été définitivement tournée. Le responsable chiite s’était livré à une épreuve de force face à M. Hariri, lui rappelant la nécessité d’intégrer des représentants du camp sunnite pro-Assad dans son équipe ministérielle. Un obstacle qui était venu s’ajouter à la querelle opposant le Courant patriotique libre (CPL), et par extension Baabda, aux Forces libanaises (FL), Michel Aoun insistant pour obtenir le ministère de la Justice, afin de réaliser son « projet » de lutte contre la corruption.

S’exprimant hier devant ses visiteurs, le président de la République a souligné l’importance d’aplanir les obstacles entravant encore la formation du gouvernement. Selon lui, « la conjoncture actuelle suppose une formation rapide du cabinet, en accordant la priorité à l’intérêt général ».

Saad Hariri s’est montré encore plus optimiste. Lors d’une conversation à bâtons rompus avec les journalistes au Grand Sérail hier, il a assuré que les contacts en vue de mettre sur pied une équipe ministérielle se poursuivent, affirmant que « cela n’est pas impossible, comme certains tentent de le montrer ». « Les nœuds sont en voie d’être défaits », a encore déclaré le Premier ministre.

M. Hariri n’a pas tardé à mettre ses paroles en pratique. Il s’est donc employé à résoudre le problème de la représentation FL au sein du futur cabinet au vu notamment de l’attachement de Michel Aoun au ministère de la Justice, alors que le Premier ministre désigné l’avait proposé au parti de Samir Geagea, à titre de compensation pour le ministère dit « régalien » dont les FL se sont vues privées.

Selon les informations qui ont fuité récemment dans les médias, les FL devraient obtenir la vice-présidence du Conseil, ainsi que trois ministères, dont la Culture et les Affaires sociales.Commentant les négociations gouvernementales lors d’une interview accordée à la BBC, M. Geagea a laissé entendre que son parti est victime d’une nouvelle « guerre d’élimination », parce qu’il a réussi. Il va sans dire qu’il s’agit là d’une critique implicite adressée au CPL, que les FL accusent de vouloir réduire leur quote-part gouvernementale. Se félicitant de l’important soutien populaire dont bénéficie sa formation actuellement, Samir Geagea a estimé que « c’est cet appui qui a fait tomber les tentatives de garder les FL en dehors du futur cabinet ». « Grâce à cet appui, les FL sont au centre des moutures dont il est actuellement question, et d’une manière acceptable et équilibrée », a-t-il affirmé.

Cette querelle interchrétienne FL-CPL avait repris de plus belle hier. Au lendemain des accusations lancées ouvertement par Baabda contre Meerab « d’empêcher le gouvernement de voir le jour », Mario Aoun, député CPL du Chouf, s’en est violemment pris aux FL qui « tentent de mettre en échec le régime Aoun », comme il l’a déclaré hier à l’agence locale al-Markaziya. Stigmatisant les tentatives de « réduire la quote-part du président », le député du Chouf a rappelé que « la coutume veut que la Justice relève du lot du chef de l’État ». Sauf que certains observateurs rappellent que ce portefeuille n’a pas toujours relevé du lot présidentiel comme le prétend M. Aoun. Sous le mandat Sleiman, il a été détenu par le courant du Futur (Achraf Rifi), le CPL (Chakib Cortbaoui) et même… les FL (Ibrahim Najjar).


(Lire aussi : L’affaire Khashoggi a fait trébucher la formation de la nouvelle équipe ministérielle)


Les FL à la Maison du Centre
Quoi qu’il en soit, Saad Hariri a reçu hier à la Maison du Centre une délégation FL, comprenant le ministre sortant de l’Information Melhem Riachi et Élie Baraghid, directeur de cabinet de Samir Geagea. « Nous sommes extrêmement soulagés », s’est contenté de dire M. Riachi à l’issue de la rencontre. À en croire la MTV, M. Baraghid aurait profité de cet entretien pour remettre au Premier ministre une note résumant les options proposées par Meerab auxquelles il pourrait avoir recours pour sortir de la crise.

Mais selon un cadre FL interrogé par L’Orient-Le Jour, l’entretien d’hier (intervenu après une réunion samedi entre MM. Geagea et Hariri samedi et une rencontre Hariri-Riachi dimanche) était une occasion de poursuivre « l’échange d’idées » au sujet de la représentation ministérielle des FL. Le cadre précité semble soucieux de noter que « la présence d’Élie Baraghid à elle seule prouve que les négociations ont enregistré un progrès significatif ». « Pour le moment, nous sommes sûrs d’obtenir la vice-présidence du Conseil. Les tractations portent actuellement sur le fait de fixer (ou non) la Justice dans le lot des FL », dit-il, soulignant que son parti insiste surtout pour une représentation ministérielle conforme au poids populaire des FL issu des législatives de mai dernier. Il pourrait donc accepter un autre ministère de la même importance que la Justice.

Même son de cloche chez Antoine Zahra, ancien député FL de Batroun. Contacté par L’OLJ, il rappelle que la quote-part de son parti n’est pas la seule entrave empêchant la mise sur pied du cabinet. « Il ne faut pas oublier qu’il y a aussi la question de la représentation des sunnites du 8 Mars », souligne-t-il, notant que son parti cherche à assurer une bonne représentation ministérielle conforme à son poids parlementaire. « Les tentatives d’expulser les FL du cabinet ont échoué », assure-t-il, se montrant confiant que « Saad Hariri ne formera pas un cabinet sans les FL, dans la mesure où le futur gouvernement devrait être équilibré ».

Ce souci d’équilibre gouvernemental face au Hezbollah et à ses alliés se fait également sentir dans les milieux diplomatiques. Des sources politiques croient même savoir que l’Occident tient à ce que M. Hariri soit à la tête d’un gouvernement d’union nationale qui inclurait les FL et qui adopterait la politique de distanciation du Liban par rapport aux conflits des axes. Cela pourrait donc expliquer le forcing exercé par la Maison du Centre pour intégrer Meerab à l’équipe ministérielle.


(Lire aussi : L’attribution d’une quote-part ministérielle au président est-elle constitutionnelle ?)


Le nœud sunnite
A contrario, M. Hariri semble de plus en plus déterminé à exclure les députés sunnites proches du 8 Mars de son cabinet. « Il n’y a pas de nœud sunnite. Ceux qui demandent une représentation (gouvernementale) sont libres de le faire. Et en fin de compte, je ne discuterai de la mouture ministérielle qu’avec le chef de l’État, point final », a déclaré M. Hariri, soulignant que les dix parlementaires concernés ne forment pas un bloc unifié. Des propos auxquels les parlementaires en question n’ont pas tardé à réagir. Dans un communiqué publié hier, ils se sont indignés des « vexations faites à leur encontre », dans la mesure où il s’agit d’une « insulte faite à la communauté sunnite dans son ensemble ». « Nous représentons une bonne partie de la population », ont rappelé les députés, incitant M. Hariri « à gérer cette amère réalité par sa sagesse d’homme d’État ». Notons que ces députés se réuniront demain au domicile de Fayçal Karamé, député de Tripoli.


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FAKHOURI

de quelle année ?????

ACE-AN-NAS

On lui fait des cadeaux et voilà que geagix prend la grosse tête. Hahahaha... élimination des fl hahahaha.....

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LA FIN DE QUEL MOIS ET DE QUELLE ANNEE S.V.P. ?

Sarkis Serge Tateossian

Un matin peu enthousiaste .... Voir pessimiste ! ?

Après mure réflexion .... J'ai peut-être trouvé la réponse à une question qui me tournmentait.

- Pourquoi nos bienheureux politiques qui nous savons, adorent les fauteuils ministériels et les honneurs qui vont avec... Prennent autant de temps pour se décider à la formation d'un nouveau gouvernement ?

Réponse : Puisque tous les ministres sortants et au delà de leur mandat légal, continuent à exercer leur le fonction et touchent leurs émoluments allègrement...(même si le pays est paralysé et aucune réforme ne vout le jour.)

A ce rythme ils ont tout leur temps pour semer la zizanie, entraver la formation du gouvernement et jouer aux difficiles....

Bravo chers "wouzaraa" ... Vous êtes fiers de cette situation ?

Irene Said

"...la priorité à l'intérêt général..."

Nos NULS patentés de tous bords ne semblent pas savoir ce que cela signifie !

Eux, ils oeuvrent depuis plus de 5 mois uniquement pour leurs intérêts personnels et ceux de leurs sponsors extérieurs et non-libanais.

Dites-nous, comment cela se passe-t-il dans d'autres pays "démocratiques", où il y a aussi des "présidents", des premiers ministres-désignés etc. ?

Irène Saïd

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