X

Liban

Le Hezbollah tient-il tellement à représenter les sunnites du 8 Mars ?

Gouvernement

Le Premier ministre désigné n’est pas tenu de répondre aux requêtes qui lui sont transmises, estime Fouad Siniora.


26/10/2018

Si le nœud chrétien n’a pas cessé d’entraver la formation du gouvernement depuis le début des tractations, celui des députés sunnites pro-8 Mars qui font valoir leur droit à être représentés au sein du cabinet est réapparu récemment, en concomitance avec la crise suscitée par le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.

C’est ce qui a poussé certains responsables politiques à établir un parallèle entre cette « nouvelle enchère » suscitée par les sunnites anti-haririens, et soutenue de plus en plus explicitement par le Hezbollah, et la « position critique » dans laquelle se trouve l’Arabie saoudite actuellement et par extension, le Premier ministre désigné, Saad Hariri, qui reste – en dépit de l’épisode mouvementé de sa séquestration à Riyad, l’un des principaux partenaires du royaume au Liban.


(Lire aussi : Le CPL commence à envisager un cabinet sans les FL)


Ainsi, et sans que les parties ne l’aient véritablement souhaité cette fois-ci, l’affaire Kashoggi s’est indirectement invitée dans le paysage politique libanais à travers la formation du gouvernement. Alors que le Hezbollah s’était abstenu jusqu’à très récemment de prendre fait et cause pour la requête des sunnites pro-8 Mars, ce qui avait d’ailleurs suscité la semaine dernière des propos amers à son encontre de la part du député Abdel-Rahim Mrad, l’intervention du patron du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui a pris position vendredi dernier en faveur de cette cause, est apparue comme une tentative de saisir au vol le moment de vulnérabilité par lequel passe Riyad, et de forcer la main de Saad Hariri en engrangeant un portefeuille de plus pour ses alliés sunnites. Une réalité que reconnaît une source proche des milieux du parti chiite, qui, tout en admettant que ce dernier essaye de tirer sa ficelle au moment opportun, tient toutefois à nuancer cet avis en soulignant que le Hezbollah n’a pas l’intention dans tous les cas de mener cette bataille à la place de ses alliés sunnites. « C’est la raison pour laquelle il a préféré pousser les députés anti-haririens à monter au créneau et à faire eux-mêmes campagne pour défendre leur droit », commente la source qui rappelle que Hassan Nasrallah s’est juste contenté d’évoquer, en une phrase lapidaire, la légitimité de cette requête sans trop s’y attarder.

Un droit que conteste l’ancien chef de gouvernement Fouad Siniora, qui tient à rappeler que M. Hariri n’est aucunement tenu de prendre en compte les nombreuses requêtes formulées ici et là. « À ce moment-là, les chrétiens indépendants pourraient à leur tour prétendre à un portefeuille ou plus », dit-il à L’Orient-Le Jour. M. Siniora rappelle que les consultations parlementaires auxquelles est tenu le Premier ministre ne sont pas contraignantes, à l’inverse des consultations qu’effectue le chef de l’État pour nommer ce dernier. « La tâche du Premier ministre est de s’assurer de la cohésion et de la solidarité de son gouvernement et d’obtenir la confiance du Parlement. En définitive, c’est lui et seulement lui qui en est responsable et non le président. C’est lui qui décide par conséquent. »


(Lire aussi : Gouvernement : ultimes retouches et spéculations internationales)


Le Hezbollah, un « marionnettiste »

Pressé d’avoir un gouvernement – notamment pour surveiller ses arrières au moment où l’administration américaine s’apprête à adopter des sanctions « extrêmement lourdes », dit-on, contre lui – le Hezbollah n’irait pas jusqu’à compromettre ses relations avec le Premier ministre désigné, Saad Hariri, précise-t-on dans les milieux qui lui sont proches. C’est ce que pense d’ailleurs M. Siniora, qui reste convaincu que le parti chiite n’a pas intérêt, « pour des raisons stratégiques », à retarder le gouvernement.

« Le Hezbollah ne cherche pas tant à consolider sa position au sein du gouvernement qu’à faire reluire plutôt son image qui en serait ainsi rehaussée avec la présence d’un sunnite qui lui est proche au gouvernement », commente l’ancien chef de gouvernement. Comprendre que la présence à son côté d’un ministre sunnite de son bord viendrait colorer un peu l’homogénéité du tandem chiite qu’il constitue avec Amal.

Qualifiant de « marionnettiste » le parti chiite, qui « tire les ficelles de chacune des communautés dans la direction qu’il souhaite, le président du Rassemblement chrétien de Saydet el-Jabal, Farès Souhaid, soutient que le Hezbollah cherche à faire comprendre à ses alliés sunnites qu’« qu’ils ont tout à gagner en se positionnant en dehors du courant du Futur sans pour autant que le Hezbollah se mette Saad Hariri à dos ».

De retour de Riyad où il a été très bien accueilli, Saad Hariri a reçu un bol d’oxygène qui l’habiliterait à résister un tant soit peu face à la nouvelle requête des sunnites pro-Assad, même si nombreux sont ceux qui estiment que c’est plutôt lui qui a servi ce bol au prince héritier, Mohammad ben Salmane (MBS), à côté duquel il est apparu lors du Forum international sur l’investissement à Riyad.

Pour M. Souhaid, la visite de Saad Hariri à Riyad » était destinée à conforter la position de MBS qui avait besoin de montrer qu’il lui restait de bonnes amitiés dans le monde arabe «, en l’absence notamment d’une représentation européenne de haut niveau.

Dans les milieux proches du Hezbollah, on considère cette visite plutôt comme » un point faible « à marquer sur le crédit du Premier ministre, d’autant que l’Arabie saoudite » qui a besoin d’embellir son image en l’accueillant, n’est pas en position de pouvoir lui accorder un soutien quelconque, même si M. Hariri a besoin de « rester dans leurs bonnes grâces ». Néanmoins, sa visite « va certainement permettre d’alléger les pressions saoudiennes sur lui. Il pourra désormais avoir les coudées franches pour renégocier à la baisse la quote-part des FL », estime-t-on dans ces milieux.

De l’avis de plusieurs observateurs, la seule issue possible pour débloquer le nœud sunnite serait un compromis de la part du chef de l’État, Michel Aoun, qui accepterait alors de sacrifier un ministère de sa propre quote-part à un sunnite du 8 Mars.


Lire aussi

L’Iran est derrière le blocage gouvernemental, pour les milieux souverainistes, l'éclairage de Philippe Abi-Akl

En attendant le gouvernement, Berry veut (ré)activer le Parlement

Joumblatt à « L’OLJ » : Je n’ai pas de problème avec Saad Hariri

Vers un cabinet avant la fin du mois ?

L’attribution d’une quote-part ministérielle au président est-elle constitutionnelle ?

Gouvernement : le bras de fer avec les FL « remonte » à Baabda

À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Sarkis Serge Tateossian

Un peu de symbole .... Et la pomme !
Avec humour et optimisme.

Depuis que l'homme existe, il à toujours été divers.... Jamais homogène.

Il y a eu le bon et le maivais, l'affectueux, le fraternel et le fratricide... (Souvenez-vous de Cain et Abel), le lucide et l'aveugle, le généreux honnête et le trompeur ....

Chaque objet, idée, idéologie ou
spiritualité,... chez l'homme, ceci peut servir pour le bien ou le mal, pour le nourir ou le desservir. (Souvenez-vous de la pomme ... Que Eve à offert à Adam.

Il en est ainsi avec Dieu concernant la spiritualité...
Ou l'idéologie en politique....(parfois les deux n'en font qu'un).

Certains, les plus rusés et malins dans une société, s'en servent pour tromper les plus faibles et les plus fragiles....

Ce qui devrait servir la société, peut devenir la raison de leurs maux.


Peuples reveillez-vous.

ACQUIS À QUI

Basically , à la base , le hezb libanais de la résistance représente tous les libanais , sunnites chrétiens druzes arméniens etc... dans la défense du TERRITOIRE LIBANAIS .

Politiquement , chacun devrait se démer.er comme il peut .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL TIENT A RETARDER LA FORMATION DU GOUVERNEMENT MU PAR DES ESPOIRS TROMPEURS !

gaby sioufi

en tous cas, la photo le dit bien :
ils ont l'air d'etre des orphelins attendant piteusement que la porte d'un asile leur soit ouverte .
Pas tres digne pour des elus du grand peuple du Liban

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DE L,ABRUTISSEMENT TOUS PASSENT A L,HYSTERIE. LE MAL ETANT TOUTEFOIS TOUJOURS GENDRISSIMO-BEAUPERIEN !

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué