Liban

Gouvernement : ultimes retouches et spéculations internationales

Décryptage
26/10/2018

Si les pronostics optimistes se vérifient, le Premier ministre désigné serait en train de mettre les dernières retouches à la mouture gouvernementale qu’il devrait soumettre au chef de l’État au cours des prochains jours. Saad Hariri, qui est rentré jeudi à l’aube de son court voyage en Arabie saoudite, serait revenu avec un nouvel élan pour relancer les négociations gouvernementales, notamment après l’intérêt qui lui a été accordé par les dirigeants saoudiens, qui l’ont traité en hôte de marque. Selon d’ailleurs les médias qui suivent le déroulement du forum économique, le « Davos du désert » qui se tient à Riyad, le Premier ministre du Pakistan, Omran Khan (selon des médias turcs, ce dernier aurait même obtenu dans le cadre de ce forum des contrats d’investissements d’un montant de 6 milliards de dollars), et celui du Liban seraient les personnalités politiques les plus en vue ayant participé à ce forum après le désistement de nombreux responsables suite à ce qu’on appelle l’affaire Khashoggi.

Si cette approche se vérifie, le Premier ministre désigné devrait donc être en mesure de trouver des solutions aux derniers problèmes encore en suspens et commencer à recueillir auprès des différentes parties les noms qu’elles souhaitent désigner pour les portefeuilles qui leur sont destinés. En effet, cette pratique a été adoptée par Saad Hariri dès le premier gouvernement qu’il a formé (en 2009) et elle continue à être respectée, chaque camp remettant au Premier ministre désigné les listes de ses ministrables selon les portefeuilles qui leur sont octroyés. À ce moment-là, le Premier ministre désigné devra voir si les noms qui lui sont communiqués correspondent à la distribution confessionnelle. En général, il arrive souvent que des changements de dernière minute soient opérés, comme des échanges de portefeuilles ou des changements de noms pour pouvoir respecter les quotas confessionnels. Plusieurs ministres ont ainsi été choisis à la dernière minute, juste parce qu’il manquait une personne de telle confession ou de telle région. Mais ces ultimes arrangements ne devraient pas prendre beaucoup de temps, s’il y a une réelle décision d’aboutir à la formation du gouvernement et de faciliter par conséquent le processus.


(Lire aussi : Le CPL commence à envisager un cabinet sans les FL)


Des sources proches du courant du Futur ne cachent d’ailleurs pas leur optimisme au sujet de la naissance imminente du gouvernement, au plus tard avant le 1er novembre, sachant qu’il serait aussi préférable que le chef du CPL, Gebran Bassil, soit au Liban pour les ultimes arrangements et l’annonce, alors qu’il effectue actuellement un voyage à l’étranger.

Mais en dépit de ce climat optimiste, certains milieux, en particulier au sein de ce qui était le 14 Mars, restent sceptiques. Selon eux, il ne faut pas s’attendre à ce que le gouvernement soit formé avant que le paysage régional ne se précise. Selon ces milieux, deux dates importantes doivent être suivies de près : d’une part l’application effective des nouvelles sanctions économiques américaines imposées à l’Iran, notamment au sujet de l’exportation de son pétrole, à partir du 4 novembre, et d’autre part les élections de mi-mandat aux États-Unis prévues le 6 novembre, sur fond de critiques contre les contrats d’armes avec l’Arabie suite à l’affaire Khashoggi. Selon les partisans de cette théorie, ces deux développements devraient être déterminants pour l’avenir de la région. Les nouvelles sanctions économiques américaines devraient ainsi affaiblir de façon significative le pouvoir iranien et soit susciter une grogne populaire qui le mettrait en danger, soit le pousser à faire des concessions sur les dossiers régionaux, dont celui de l’appui au Hezbollah. Dans ce cas, il serait bon d’attendre quelque temps avant de former au Liban un gouvernement avec une participation plus importante que d’habitude du Hezbollah, comme c’est le cas actuellement.


(Lire aussi : Le Hezbollah tient-il tellement à représenter les sunnites du 8 Mars ?)


Au sujet des élections de mi-mandat aux États-Unis, leur issue aura une influence importante sur le cours des événements régionaux. Si par exemple Donald Trump et les républicains continuent à avoir la majorité des sièges dans les deux Chambres, l’administration américaine, qui est l’une des plus extrémistes dans l’histoire des États-Unis, aura les coudées franches dans la gestion de la plupart des dossiers régionaux. Mais si les démocrates parviennent à obtenir la majorité des sièges dans l’une des deux Chambres, l’administration aura moins de liberté pour prendre les décisions et pourrait être amenée à infléchir sa politique au sujet de certains dossiers régionaux. Pour ces milieux libanais, il vaudrait mieux donc attendre l’issue de ces élections avant de définir les rapports de force politiques au sein d’un gouvernement qui devrait rester en place jusqu’aux prochaines législatives en 2022.

Les partisans de la thèse optimiste ne sont pas d’accord avec cette prudence et rappellent qu’en 2016, on avait dit qu’il fallait attendre l’élection présidentielle américaine (qui a eu lieu le 4 novembre 2016) pour avoir un nouveau président. Or Michel Aoun a été élu le 31 octobre et nul (ou presque) n’avait prévu l’élection de Donald Trump à la Maison-Blanche...


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Amère Ri(s)que et péril.

D'abord et avant tout Hamdellah 3assalemeh à notre 1er M revenu saint et sauf du royaume de l'héritier/charcutier , cela nous enlève une épine du pied .

Scarlett a les défauts de ses qualités , très pointilleuse dans l'information l'a rend un peu stressé quand au résultat dans ses "prévisions" , très au fait de l'info nous fait penser qu'elle anticipe un tas de choses parfois sans importance .

Très chère Scarlett dans cet excellent article écrit comme d'habitude avec beaucoup de professionnalisme , on sait que quand le moment sera venu on aura un gouvernement , et que ni trump-pète ni le congrès du père de trump-pète ne pourra déloger le hezb de ce pays , sanctions , boycott ou je ne sais encore quel blocage rendant heureux certains de mes compatriotes pourrait le faire .

GOD'S TIME IS THE BEST .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL Y A AUSSI TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD LA SITUATION AU ZIMBABWE ET DANS LES REPUBLIQUES BANANIERES DU PACIFIQUE QUI PESERAIENT DE LEURS POIDS SUR LA FORMATION DU GOUVERNEMENT DANS L,ATOLL LIBAN ! FAUT BIEN LES MENTIONNER...

gaby sioufi

et si on mettait Paris dans une bouteille ?
comme le dit bien cet article , NUL n'oserait affirmer quoi que ce soit.
toutes les options sont ouvertes .

Irene Said

"...que le chef du CPL soit au Liban pour les ultimes arrangements et l'annonce...etc."

Pourquoi ?
Le Liban ne peut plus respirer sans la présence et la bénédiction de Monseigneur Gendre ?
Irène Saïd

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