Que pèse la filière du plastique dans l’industrie libanaise ?

« L’Orient-Le Jour » en guerre contre le plastique - Repère

Les procédés de transformation varient en fonction des produits fabriqués et des types de polymères utilisés.

25/10/2018

Si le plastique est omniprésent parmi les produits consommés quotidiennement au Liban, il sert également de gagne-pain à une partie des industriels du pays, dont la quasi-totalité est spécialisée dans la transformation des polymères. Selon plusieurs sources concordantes, ils sont plus d’une centaine à s’être investis dans cette filière, pour un secteur qui compte environ 5 000 sociétés, selon l’Association des industriels du Liban (AIL). Ce nombre pourrait toutefois être plus élevé « en comptant les entreprises qui exercent illégalement, sans autorisation du ministère de l’Industrie, qu’elles soient libanaises ou syriennes », indique à L’Orient-Le Jour Khalil Cherry, président de Plastic Chemical Company et secrétaire général de l’AIL. Le ministère de l’Industrie n’était pas disponible pour confirmer cette estimation.



Selon plusieurs sources concordantes, la filière compte une majorité de PME ainsi qu’une poignée de gros acteurs dont dépendent des centaines d’emplois. Les capacités des usines se mesurent généralement à travers celles de leurs machines. En l’absence de statistiques centralisées et actualisées, la contribution totale de la filière dans l’économie est également inconnue. Selon l’AIL, elle se situerait à moins de 1 % du PIB – attendu à 53,6 milliards de dollars en 2018 (+1 % en un an), selon la Banque mondiale.


(Lire aussi : Alerte au plastique, l’édito de « L’Orient-Le Jour »)


Plusieurs procédés de transformation

La palette des produits fabriqués est très large et inclut les contenants alimentaires, ceux destinés au stockage de produits chimiques, plusieurs catégories d’outils et d’ustensiles ménagers, du mobilier ou encore du matériel de construction, comme les dalles ou les canalisations. La majeure partie de la production est destinée au marché local, le reste est généralement exporté – sous forme de produits finis – vers certains pays d’Afrique et du Golfe dans une moindre mesure, note M. Cherry.



Les matières premières utilisées par cette filière sont généralement importées, principalement des pays du Golfe – le plastique étant fabriqué à partir du naphta, un liquide issu du raffinage du pétrole. En 2017, le Liban a importé 379 831 tonnes de plastiques, dont plus de 100 000 sont absorbées par l’industrie, selon M. Cherry. Le prix du plastique se négocie à la tonne et évolue en fonction des cours du brut et de la demande chinoise, plus grand producteur de plastique au monde. Le prix de la tonne dépend également du type de plastique (polyéthylène, polypropylène, polyéthylène téréphtalate (PET) etc.) et évolue généralement au-dessus du millier de dollars. « Les procédés de transformation varient en fonction des produits fabriqués, des types de polymères ou encore de leur épaisseur », explique de son côté Robert Noujaim, qui dirige Nouja Plast. De taille moyenne, son entreprise fabrique plusieurs types de contenants et emploie 50 salariés. « La plupart des flacons sont par exemple formés par injection-soufflage (en gonflant une pièce de plastique préformée), tandis que le bouchons sont produits par injection (via une presse à injecter) », poursuit M. Noujaim. « Les pots de yaourt ainsi que d’autres contenants alimentaires en plastique sont généralement fabriqués par thermoformage, un procédé qui transforme des couches de polymères ramollies par chauffage », indique-t-il encore. À ces procédés s’ajoutent l’extrusion (utilisée pour les tubes), l’extrusion-gonflage (films plastiques et sacs poubelles), l’extrusion-soufflage (flacons et réservoirs d’essence) ou encore l’expansion-moulage (barquettes, caisses à poissons). Ces procédés ont un point commun : ils sont très gourmands en électricité.


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Refonte et recyclage

Enfin, les entreprises qui transforment le plastique utilisent généralement la quasi-totalité des polymères utilisés comme matière première. « Notre taux de déchets est faible, de l’ordre de 2 % », assure par exemple M. Noujaim. Il explique en outre que ces « rebuts » sont généralement vendus à un prix à la tonne équivalant « à environ 15 % » celui du marché à des sociétés qui récupèrent les plastiques propres de même nature pour les recycler.



« Il ne faut pas confondre ces entreprises spécialisées dans la refonte de matières plastiques propres avec celles qui sont investies dans le recyclage de déchets à proprement parler et qui doivent notamment nettoyer et trier ces derniers avant de les recycler », précise Ziad Abi Chaker, ingénieur spécialisé dans l’installation de conteneurs de recyclage. Le Liban compte une dizaine de sociétés centrées sur le plastique – contre « 5 ou 6 » qui font du recyclage généralisé – alors qu’il aurait besoin de 40 pour traiter l’essentiel de ses déchets, selon M. Abi Chaker.


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Stes David

C'est intéressant de voir qu'il existe production des contenants alimentaires en plastique au Liban, je pensais avant avoir lu cet article que c'etait plutôt des produits importés au Liban (au lieu de produit au Liban) car je pensais qu'il n'y avait pas beaucoup d'industrie chimique au Liban. En tous cas, dans cette série d'articles en concernant le plastique ca serait aussi intéressant de voir comme monsieur et madame tout-le-monde utilise les produits en plastique car le problème se trouve plutôt chez le consommateur que chez le producteur, il semble.

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