Jbeil vise le zéro plastique

« L’Orient-Le Jour » en guerre contre le plastique

Le 11 juillet dernier, la municipalité de Jbeil a décrété l’interdiction définitive de l’usage des sacs plastiques. Ceux-ci devront être remplacés par des sacs biodégradables d’ici à fin 2018, une première au Liban.

20/10/2018

Consommer et distribuer des sacs en plastique est désormais chose interdite à Jbeil, première ville libanaise à en décider ainsi. Les commerçants ont jusqu’au 31 décembre 2018 pour effecteur la transition vers l’utilisation de sacs biodégradables, le temps d’écouler leurs derniers stocks de plastique.


(Lire aussi : Quand Greenpeace s’en va-t-en guerre contre le plastique)


Objectif zéro plastique

Le plastique est une institution au Liban. « Imaginez-vous, une étude récente a estimé qu’un Libanais consomme environ trois cents sacs en plastique par an. Jbeil compte 40 000 habitants, ce qui veut dire que nous consommons plus de douze millions de sacs en plastique, pour une petite ville de 5 km2 ! Ce n’est pas acceptable », s’insurge Wissam Zaarour, maire de Jbeil.

L’objectif est donc de réduire drastiquement la consommation de plastique dans la ville, ce qui ne peut se faire sans la coopération des restaurants, magasins et autres commerçants, premiers distributeurs de la matière récriée. À partir du 1er janvier 2019, une réglementation entrera donc en vigueur, et l’utilisation et la distribution de sacs en plastique seront désormais verbalisées.



La différence de prix entre les sacs en plastique et les sacs biodégradables n’est pas très grande (légère augmentation de 300 LL), mais elle n’est pas non plus négligeable. « Cette légère augmentation incitera à moins consommer : au lieu de distribuer dix sacs pour cinq articles, on donnera un sac pour dix objets. Là sera la différence », poursuit le maire. La municipalité avait également discuté la possibilité de rendre les sacs payants comme en Europe, mais il n’est pour le moment pas possible d’imposer une taxe qui n’a pas été décrétée à l’échelle nationale au Liban.


(Lire aussi : Alerte au plastique, l’édito de « L’Orient-Le Jour »)


Jbeil ville modèle

Ce n’est pas la première fois que la cité phénicienne se démarque par ses initiatives avant-gardistes en matière d’environnement au Liban. Seule ville libanaise qui fait partie du réseau mondial 100 Resilient Cities (100 villes résilientes) de la Fondation Rockefeller, la ville a adopté il y a quelques années une stratégie globale pour répondre aux nombreux enjeux socio-économiques, environnementaux, politiques et culturels auxquels elle fait face.

Un système de tri des déchets, chose rare dans le pays, a par exemple été mis en place il y a un an et demi. Depuis, plus de 90 % des foyers jbeiliotes ont été équipés de bacs de tri : un vert pour les déchets organiques et un bleu pour les déchets non organiques. « Cela nous permet de diminuer considérablement le nombre de déchets acheminés vers la déchetterie », explique Tony Sfeir, chargé de coordonner les actions de 100 Resilient Cities à Jbeil.



Un éveil progressif

On ne pourra pas reprocher à la municipalité de ne pas avoir fait son travail en termes de communication. Après avoir rendu sa décision publique, elle a dû expliquer son choix avec beaucoup de pédagogie : de nombreux messages SMS ont été envoyés aux habitants pour les informer de la décision, une campagne de sensibilisation a été mise en place sur les réseaux sociaux, des affiches ont été placardées dans toute la ville, des bénévoles ont été envoyés faire du porte-à-porte…

Même si la plupart des habitants et des commerçants ont répondu favorablement à l’appel, certains doutes persistent cependant. Pour Rita, vendeuse dans le vieux souk de Byblos, il n’est pas évident de se détacher du plastique : « Que la municipalité nous distribue des sacs biodégradables, et alors on les utilisera. Moi, je suis attachée au plastique, contrairement à ma fille, qui me fait la guerre ! » plaisante-t-elle à moitié.

« On a besoin de temps, a plusieurs fois répété le maire, les Libanais ne sont pas sensibilisés aux enjeux écologiques et ne comprennent pas à quel point la consommation de plastique est dangereuse. Il faut montrer que tout le monde y gagne au final. » Les soutiens extérieurs fusent quant à eux : les ministères, plusieurs syndicats et de nombreux particuliers ont déjà contacté le maire pour soutenir l’initiative. « L’environnement est une de mes priorités et je mènerai ce projet jusqu’au bout », a-t-il promis.




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Abichaker Toufic

Bravo ! Bonne décision (à appliquer) et bon exemple à suivre.

Stes David

D'après ma connaissance, la plupart des boulangers libanais vendent le pain libanais dans des sacs en plastique. Je me souviens d'un article dans le OLJ en concernant le gouvernment qui décide du poids d'un paquet de pain libanais voir https://www.lorientlejour.com/article/905554/liban-le-poids-du-paquet-de-pain-arabe-a-augmente-de-50-grammes.html Ce texte écrivait que "le paquet de pain arabe (la "rabta") doit dorénavant peser 950 grammes". Ce que je me demande c'est si le gouvernement ne pouvait pas interdire l'emploie de plastique pour ce "rabta" paquet de pain ??? Probablement je me trompes et il y a aussi des moyens sans plastique pour acheter du pain, mais d'après ma connaissance comme je disais, "normallement" le pain est vendu en plastique, quoique dans le passé sans doute il y avait des moyens plus écologiques et mieux pour l'environnement ...

Sarkis Serge Tateossian

Initiative au départ semble isolée, mais qui peut donner l'idée à d'autres villes avant une généralisation ...


L'environnement nous concerne tous.

c...

Excellente initiative, a un grand supermarché de la région de Jbeil, quand, au début, je présentais mon cabas, les clients me considéraient comme un extraterrestre et les « petites mains » à la caisse pensaient que j’agissais de la sorte par économie de 3000 LL.

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