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Moyen Orient et Monde

Le vent avait commencé à tourner pour MBS bien avant le scandale Khashoggi

arabie saoudite
19/10/2018

L’affaire Khashoggi tombe très mal, car l’été qui vient de s’écouler est loin d’avoir été un long fleuve tranquille pour le clan des al-Saoud. En mai dernier, la famille déplorait le premier comportement erratique du prince hériter Mohammad ben Salmane (MBS) : les arrestations d’activistes connus pour avoir réclamé le droit pour les femmes de prendre le volant. La jeunesse saoudienne, qui avait dans un premier temps perçu le prince héritier comme l’un des siens, est médusée. Ensuite, et une fois l’euphorie du 24 juin (le jour où les femmes ont commencé à conduire) retombée, la nervosité de MBS n’a fait qu’aller crescendo. Au point d’en arriver à gifler, au cours d’une réunion, l’un de ses proches collaborateurs et de se faire conseiller par l’un de ses cousins d’aller se « reposer quelque temps » sur son yacht amarré à Charma, à l’extrême nord-ouest de l’Arabie, à quelques encablures de Charm el-Cheikh.

Conséquence de cette crise, du moins sur le plan médiatique : aucune photo du prince héritier n’a été publiée dans les journaux durant le mois d’août, sauf lors des traditionnelles célébrations de l’Adha. On y voit MBS assis à côté du roi Salmane, sans plus. Les Conseils des ministres qui ont suivi ont été présidés par le roi Salmane, et le silence dans les médias de MBS s’est fait de plus en plus marquant. Autre élément important : la « réapparition » en septembre dernier à Djeddah de la mère de MBS, Fahda ben Sultan, qu’il avait mise en résidence surveillée à Riyad depuis son accession au pouvoir en 2015. Cette dernière ne partageait pas en effet l’enthousiasme du roi Salmane quant à la nomination de MBS au poste de prince héritier. En septembre dernier, Fahda a donc été revue sur son yacht privé, où elle a donné une grande fête en compagnie d’une cinquantaine de ses proches, selon une source non autorisée proche du palais royal. Une réapparition qui, pour les observateurs, est bel et bien un signe que le vent a commencé à tourner, bien avant le scandale de l’affaire Khashoggi.


(Lire aussi : Comment l’affaire Khashoggi menace l’accession au trône de MBS)


Une affaire qui contraste particulièrement avec le tapage médiatique qui a accompagné, depuis 2015, la fulgurante ascension au pouvoir de MBS, qui a œuvré sans relâche afin de tenter de gommer le côté obscur de son royaume : 2018 comptait, jusqu’en mai seulement, 48 exécutions capitales par décapitation ou lapidation selon Death Penalty Worldwide. Le fougueux prince héritier était obsédé par sa volonté de braquer les projecteurs sur les ambitions et les ressources d’un pays « désormais guidé par un leader jeune et prometteur ». Toutefois, l’une des rares entités à ne pas avoir mordu à l’hameçon est, sans surprise, Amnesty International. En réponse à l’agressive campagne saoudienne de « relooking », l’ONG avait répondu par un poster reprenant une photo d’exécution publique par décapitation avec la mention : « Lorsque c’est comme cela que votre pays rend justice, vous allez avoir besoin de bien plus qu’une très bonne agence de communication. »

Un slogan d’autant plus d’actualité aujourd’hui, alors que l’horreur de la violence quotidienne qui sous-tend l’exercice du pouvoir par le jeune prince a été exposée au grand jour, au vu et au su de l’ensemble de la communauté internationale. Et, surtout, du clan al-Saoud lui-même, obligé de trouver au plus vite un scénario de sortie de crise (lire par ailleurs).


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL NE FAUT PAS OUBLIER LES MILLIERS DE TETES COUPEES EN UN RIEN DE TEMPS ET DEPUIS AVEC L,AVENEMENT DE KHOMEINI EN IRAN...
LES DEUX FACES DE LA MEME MONNAIE !

Sarkis Serge Tateossian

Merci chère Mme Irène Said pour votre gentillesse, à mon tour je pense à plusieurs personnes dont on lit tous régulièrement leurs commentaires et je les admire ...

Notre pluralité et diversité de penser est notre richesse. L'orient le jour est un formidable outil médiatique et lubre, longue vie à sa rédaction.

Malgré les difficultés, nous sommes tous fiers de notre identité libanaise.

Merci encore et mes respects Madame Said.

Irene Said

J'aimerais, si l'OLJ l'accepte et me publie, dire toute mon admiration pour les commentaires de M. Sarkis Serge Tateossian, toujours empreints de sagesse, de tolérance, d'espoir...et d'un grand amour pour le Liban !
Irène Saïd

RE-MARK-ABLE

A quel moment dans ces pays d'orient , sunnite et chiite , la communauté chiite a commis les crimes gratuits et odieux , comparables à ceux , non pas des sunnites mais de leur branche wahabite ????.

Par instinct de survie , les chiites ont botté le cul à des envahisseurs au sud Liban en 2000 , et en 2006 ils ont éliminé plus de soldats que de civils , à 90% des pertes des envahisseurs .

Si on regarde l'histoire l'Imam Hussein a été massacré lui et sa famille comme l'a été Jamal Khashoggi au consultat bensaoud . Donc d'un point de vue massacres à la tronçonneuse , les chiites ne l'ont jamais pratiqué ni en public sur des civils ni en privé sur des journalistes .

JAMAIS LES CHIITES N'ONT EU A MASSACRER DES CHRETIENS OU DES SUNNITES OU DES DRUZES , COMME CES DERNIERS L'ONT FAIT SUR EUX .

Gebran Eid

ESPÉRANT QU'AU LIBAN LES PRO-ARABIE SAOUDITE ET LES PRO-IRAN SE RÉVEILLENT ENFIN DE LEUR LONG SOMMEIL ET QU'ILS DEVIENNENT DES PRO-LIBAN, LEUR VRAI PAYS.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TROP DE GAFFES ET DE DESPOTISME ET SURTOUT LE CRIME DAESCHIEN CONTRE KHASHOGGI VONT AVOIR RAISONS DE LUI !

Sarkis Serge Tateossian

LA VIOLENCE ....

Il n'y a pas de honte à avoir, ni de considérer ceci comme une insulte, mais plutôt une critique constructive :
Il faut que les pays d'Orient (sunnites et chiites), ... fassent un travail de remise en question culturelle et spirituelle. Ils ont tout intérêt de s'inspirer de la philosophie, de la science, de l'esprit d'ouverture et de tolérance ...

L'ouverture, la tolerance, la grandeur d'esprit ne s'acquiert pas du jour au lendemain, il est le fruit d'un travail de longue haleine. Cela commence à l'école, par le respect des enfants, (cesser de frapper un enfant pour lui apprendre sa leçon par exemple...) Favoriser l'éducation, l'enseignement et la prévention par la persuasion et non pas par la violence.

Un enfant violenté est un futur adulte violent ... Et c'est toute la société orientale qui est concernée, car, fondée sur cette violence inutile et dégradente, cela va de l'Arabie, à la Turquie et le pakistan,... jusqu'au Liban probablement, ne cesse de dégrader l'image de nos pays, qui méritent une bien meilleure réputation.
Après tout l'orient est héritier des grandes civilisations.


Cessons cette violence dans nos comportements de tous les jours et la vie sera plus prometteuse pour nous tous et nos futures générations seront rayonnantes, prospères.

La violence est la mère de tous les vices en orient et dans le monde.

La violence, considérée (à tord) en orient comme un signe de virilité, en réalité n'est que le cancer pour l'homme!

Cadige William

Eh oui...
Une Faute, bien plus qu’un crime !

Irene Said

Mettre sa propre mère en résidence surveillée...
c'est cela un "leader jeune et prometteur" ?
Celle-ci devait donc bien le connaître pour ne pas être enthousiaste de sa nomination comme prince-héritier.

L'affaire de ce malheureux J. Khashoggi a donc révélé au monde entier la vérités sur MBS, et peut'êre...évité d'autres crimes de sa part ?
Irène Saïd

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