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Moyen Orient et Monde

Affaire Khashoggi : une nomination du frère cadet de MBS, possible scénario de sortie de crise ?

arabie saoudite
Acil TABBARA | OLJ
19/10/2018

L’affaire de la disparition du journaliste Jamal Khashoggi fait vaciller le pouvoir de Mohammad ben Salmane, mais ira-t-elle jusqu’à provoquer sa destitution ? Pas tant que le roi Salmane est vivant, affirme à L’Orient-Le Jour une source saoudienne proche des cercles du pouvoir. Mais une possibilité pourrait être de nommer le frère cadet du prince, Khaled ben Salmane, actuel ambassadeur à Washington, comme « vice-prince héritier », un poste vacant depuis que MBS a été nommé en juin 2017 prince héritier.

« La question est entre les mains du roi. Mais je crois que l’éventualité de destituer le prince héritier est peu probable, car cela équivaudrait à reconnaître » sa responsabilité dans l’affaire Khashoggi, estime cette source, qui tient à l’anonymat. « Une possibilité est que le frère cadet de MBS, le prince Khaled, soit nommé vice-prince héritier et se voie confier un ministère régalien, comme la Sécurité nationale, la Défense, ou les Affaires étrangères. » Le prince Khaled, contrairement à son frère Mohammad, a fait ses études à l’étranger et est familier des cercles du pouvoir à Washington.

Dans cette éventualité, « MBS se fera plus discret, surtout médiatiquement », en attendant que « l’affaire se tasse », ajoute cette source. « Mais si le roi Salmane meurt ou si sa maladie s’aggrave subitement, les Saoud peuvent se réunir et décider de démettre MBS », poursuit-elle.

Pour le moment, ajoute encore cette source, le Conseil d’allégeance, formé de quelque 32 princes Saoud, ne s’est pas encore réuni. Cette instance, théoriquement chargée de décider de la succession, était présidée par le doyen de la dynastie, le prince Mechaal ben Abdel Aziz, décédé l’an dernier sans être remplacé. De plus, explique la source, les membres, dont plusieurs sont à l’étranger, doivent être convoqués deux semaines à l’avance et un quorum des deux tiers doit être réuni. Lors de la nomination par le roi, en juin 2017, de Mohammad ben Salmane comme prince héritier, qui avait été un véritable coup de théâtre, car le souverain avait abandonné le principe de la succession linéaire entre frères du fondateur du royaume, Ibn Saoud, pour passer à la génération suivante, les membres de cette instance avaient été contactés par téléphone pour donner leur assentiment.

En revanche, ajoute la même source, les membres influents des Saoud proches du roi se réunissent chaque vendredi autour du souverain, et ont de toute évidence dû débattre de la question du maintien du prince impétueux au pouvoir, qui n’était pas bien vue par beaucoup de membres de la famille régnante, surtout en raison de la manière brutale dont il avait écarté son cousin Mohammad ben Nayef, alors prince héritier.

Qahtani en bouc émissaire ?

Si cette planche de salut est tendue à MBS, « il est évident qu’une personne assez influente de son entourage devra porter le chapeau », ajoute la source, évoquant, entre autres, l’influent conseiller Mohammad al-Qahtani. Elle indique que les Saoudiens devront trouver une version des faits atténuant les circonstances de la mort probable du journaliste, disparu au consulat de Turquie à Istanbul, « comme le fait qu’il ait été tué d’une overdose d’anesthésiant, d’autant qu’il souffre de tension et de diabète, ou qu’il est mort car il a opposé une résistance pendant son interrogatoire, et que ce n’est pas MBS qui a donné l’ordre de l’arrêter ».

C’est là que la Turquie, qui « de toute évidence avait placé le consulat saoudien sous écoute », selon la source, peut jouer un rôle crucial. Elle rappelle qu’Ankara a atténué ses attaques contre l’Arabie saoudite après que le roi Salmane eut dépêché il y a une semaine un membre éminent de la famille royale, le prince Khaled al-Fayçal, gouverneur de La Mecque, auprès du président Recep Tayyip Erdogan, en raison des relations d’amitié entre les deux hommes. « La Turquie, en pleine crise économique, peut décider de faire valoir ses intérêts économiques et atténuer ses accusations », ajoute la même source, qui évoque un « compromis secret » avec Ankara.

Les États-Unis pourraient également faire prévaloir leurs intérêts économiques, d’autant que le président Donald Trump « a une position pragmatique » et que l’administration US « a une attitude neutre », seuls le Congrès et les médias étant ouvertement hostiles à MBS. « Si la communauté internationale veut une issue de secours, MBS restera en place. D’ailleurs, le président syrien Bachar el-Assad, qui a massacré son peuple, est bien resté au pouvoir grâce à ces grands décideurs », conclut la source.

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