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Les Occidentaux prudents sur l'affaire Khashoggi pour ménager Riyad

Analyse

"D'un point de vue commercial, économique, militaire, sécuritaire, la plupart des gouvernements occidentaux ne sont pas prêts à remettre en question leurs relations avec l'Arabie saoudite, mais il peut y avoir en coulisses une certaine pression sur MBS", selon une analyste.

OLJ/AFP/Fabien ZAMORA avec Clare BYRNE
12/10/2018

Les Occidentaux font preuve d'une certaine retenue dans leurs commentaires sur l'affaire Khashoggi, tant l'Arabie saoudite est un partenaire-clé sur tous les plans - stratégique, militaire, commercial - et prompt aux coups de sang.

"Ce sont des réactions timides pour le moment", relève Camille Lons, une chercheuse spécialiste du Golfe au Conseil européen des relations internationales (ECFR), commentant les déclarations gouvernementales occidentales après la disparition du journaliste saoudien. Jamal Khashoggi, critique du pouvoir et collaborateur du Washington Post, n'a plus donné signe de vie depuis son entrée le 2 octobre au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul.

Les Saoudiens "dépensent 110 milliards de dollars en équipements militaires et sur des choses qui créent des emplois (...) dans ce pays. Je n'aime pas l'idée de mettre fin à un investissement de 110 milliards de dollars aux Etats-Unis", a résumé jeudi Donald Trump. Pour la France, les chiffres sont à l'échelle, mais la problématique est la même: l'Arabie saoudite est le deuxième client de l'industrie d'armement française sur la période 2008-2017, avec 11,1 milliards d'euros.

L'Arabie saoudite est aussi un poids lourd du marché pétrolier. Elle joue un rôle religieux de premier plan dans la sphère musulmane. C'est un point d'appui militaire de premier ordre pour les Occidentaux dans cette région sensible, et un acteur incontournable dans tout le Proche et Moyen-Orient, jusque dans la Corne de l'Afrique.


(Lire aussi : La presse saoudienne mobilise la géopolitique et la famille de Khashoggi)


MBS imprévisible
"D'un point de vue commercial, économique, militaire, sécuritaire, la plupart des gouvernements occidentaux ne sont pas près à remettre en question leurs relations avec l'Arabie saoudite, mais il peut y avoir en coulisses une certaine pression sur MBS", Mohammad ben Salmane, le prince héritier saoudien, qui a lancé une offensive de charme en Occident, estime la professeure Madawi Al-Rasheed de la London School of Economics.

Mais publiquement, cela reste pour l'instant feutré, d'autant que MBS peut se montrer sanguin, comme l'a expérimenté le Canada, plongé dans une crise diplomatique profonde avec Riyad après avoir critiqué une vague d'arrestations de militants des droits de l'Homme. "MBS a parfois eu des réactions assez virulentes et imprévisibles", souligne Mme Lons.

Les moyens de pression, eux, sont limités, surtout pour les Européens. "Si Trump tapait du poing sur la table il aurait beaucoup plus d'impact", compte tenu de l'importance stratégique des Etats-Unis pour l'Arabie saoudite, dont l'existence, depuis l'origine, repose sur une alliance indéfectible avec Washington. Mais il "va être difficile pour les Européens de ne pas réagir s'il y a une preuve formelle" de l'implication saoudienne dans la disparition de M. Khashoggi, au risque de s'exposer à des représailles de l'ombrageux MBS, estime Mme Lons.

Quoi qu'il en soit, l'affaire Khashoggi "va placer l'Arabie saoudite dans une position délicate. Elle essaye de se dépeindre en train de se moderniser et de s'ouvrir à l'Occident", estime l'analyste Sarah Bollinger, basée à Amman, travaillant pour l'ONG iMMAP.


(Lire aussi :  L’affaire Khashoggi peut-elle mettre fin à l’idylle entre Trump et MBS ?)


"Ligne rouge"
La notoriété de M. Khashoggi, le fait qu'il travaille pour une publication aussi prestigieuse que le Washington Post et les circonstances extravagantes de sa disparition poussent l'opinion occidentale à s'exprimer, créant des remous par ricochet: des sénateurs américains demandent une enquête américaine, des entrepreneurs comme Richard Branson prennent leurs distances avec Riyad... "La réaction de la société civile a été la plus forte, après près d'un an de propagande (...) présentant le dirigeant saoudien comme le grand réformateur et visionnaire tant attendu", relève Mme Al-Rasheed.

Quant à la réaction des gouvernements occidentaux, aussi modérée soit-elle, elle est très notable, relève Pascal Menoret à l'université Brandeis de Boston, auteur de "Royaume d'Asphalte: Jeunesse Saoudienne en Revolte" (La Découverte-Wildproject 2016), "C'est une réaction, et ça fait une différence par rapport au silence international complet sur la répression sanglante" en Arabie saoudite, estime-t-il: "toute une série d'activistes ont été arrêtés et on n'a rien entendu quand ces gens ont été mis en prison". Selon lui, "les Occidentaux sont en train d'envoyer un message au sens assez clair et précis aux (membres de la dynastie régnante) Al Saoud: +vous pouvez faire tout ce que vous voulez à l'intérieur du pays, créer une catastrophe humanitaire au Yémen, la seule ligne rouge c'est de toucher à un cheveu de la tête d'un journaliste du Washington Post+, un des piliers de l'institution médiatique américaine."


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Irene Said

Sauf preuve contraire et irréfutable, malheureusement "les cheveux du journaliste du Washington Post ont été touchés" et les Occidentaux, lâches comme toujours dans ce genre d'affaire qui risque de les pénaliser côté bénéfices de toutes sortes, se manifestent avec des déclarations sans effets contraignants.

Ils vont demander de virer MBS ?
Des dizaines de frères, cousins, demi-frères etc. avec la même mentalité sont dans les réserves de la famille royale séoudienne pour le remplacer !
Irène Saïd

ACE-AN-NAS

L'occident n'a plus d'âme pour un jour pouvoir même la perdre.

On a affaire à un groupe monstrueux qui se fera avaler par celui qu'ils ont élevé en lui donnant le sein.

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