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Le Saoudien Jamal Khashoggi, journaliste et trublion

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Brillant intellectuel 59 ans, le journaliste saoudien n'a jamais mâché ses mots, que ce soit lorsqu'il a dirigé des rédactions dans son pays ou quand il a pris la plume depuis l'Occident pour critiquer le royaume saoudien à l'ère de "MBS". 

OLJ/AFP/René SLAMA
07/10/2018

Jamal Khashoggi, porté disparu depuis le 2 octobre après être entré au consulat saoudien à Istanbul, est un journaliste de renom, connu pour son franc-parler, qui s'est exilé aux Etats-Unis en 2017 après être tombé en disgrâce à la cour du prince héritier Mohammad ben Salmane.

La police turque estime que le journaliste saoudien a été tué à l'intérieur du consulat par des agents de Riyad venus spécialement en Turquie, selon une source proche du gouvernement, mais Riyad a fermement démenti ces accusations. Le prince Mohammad s'est lui-même exprimé, dans une interview diffusée vendredi par l'agence Bloomberg, affirmant que Jamal Khashoggi était effectivement "entré" au consulat, mais qu'il en était sorti peu après. "Nous n'avons rien à cacher", a-t-il dit en invitant les autorités turques à "fouiller (les) locaux".

Brillant intellectuel âgé de 59 ans, Jamal Khashoggi n'a jamais mâché ses mots, que ce soit lorsqu'il a dirigé des rédactions dans son pays ou quand il a pris la plume depuis l'Occident pour critiquer le royaume saoudien à l'ère du puissant prince Mohammad, surnommé "MBS". Le 6 mars, il écrivait ainsi dans un éditorial cosigné avec Robert Lacey dans le quotidien britannique The Guardian : "Pour son programme de réformes intérieures, le prince héritier mérite des éloges. Mais ce jeune et impétueux innovateur n'a ni encouragé ni permis le moindre débat en Arabie saoudite sur la nature de ses nombreux changements". "MBS" "semble faire bouger le pays d'un extrémisme religieux d'une autre époque vers son propre extrémisme +Vous devez accepter mes réformes+, sans aucune consultation et avec des arrestations et des disparitions de ses détracteurs. Son programme ignore-t-il la plus importante des réformes, la démocratie ?", interrogeait le journaliste.


(Lire aussi : Journaliste saoudien disparu en Turquie : la police évoque un assassinat, Erdogan attend l'enquête)


"Intimidation"
M. Khashoggi a quitté son pays après une campagne d'arrestations de dissidents, dont des prédicateurs et des intellectuels, en septembre 2017. A l'époque, il avait annoncé avoir été interdit de s'exprimer dans le quotidien panarabe Al-Hayat, propriété du prince saoudien Khaled ben Sultan al-Saoud, pour avoir défendu la confrérie islamiste des Frères musulmans, classée "terroriste" par Riyad.

Dès septembre 2017, dans une tribune publiée par le Washington Post, M. Khashoggi écrivait : "Quand je parle de peur, d'intimidation, d'arrestations et d'humiliations publiques d'intellectuels et de dirigeants religieux et que je vous dis que je suis d'Arabie saoudite, êtes-vous surpris?".

Jamal Khashoggi a aussi critiqué la politique saoudienne à l'égard du Yémen et du Qatar. Au Yémen, Riyad mène une guerre contre des rebelles soutenus par l'Iran et le Qatar fait l'objet d'un embargo saoudien pour ses liens présumés avec les Frères musulmans.

Homme de grande taille, portant des lunettes, une moustache et un bouc grisonnant, M. Khashoggi est né à Médine (ouest). Proche de l'islamisme radical dans sa jeunesse, il a ensuite embrassé des idées libérales.


(Lire aussi : Khashoggi a-t-il été rattrapé par les purges saoudiennes en Turquie ?)


Carrière mouvementée
Il a commencé sa carrière de journaliste dans les années 1980, collaborant notamment à Saudi Gazette, Okaz et Asharq al-Awsat.
Jamal Khashoggi a couvert des conflits et a interviewé à plusieurs reprises en Afghanistan et au Soudan l'ancien chef d'el-Qaëda, feu Oussama ben Laden.

Jugé trop progressiste, il avait été contraint à la démission en 2003 du poste de rédacteur-en-chef du quotidien saoudien Al-Watan. Il y était revenu en 2007, mais était reparti en 2010 après un éditorial jugé offensant pour les salafistes, courant rigoriste de l'islam qui prône une obéissance totale au gouvernant.

M. Khashoggi a longtemps entretenu des rapports ambigus avec le pouvoir saoudien, ayant occupé des postes de conseiller, notamment auprès d'un ancien ambassadeur à Washington, le prince Turki al-Fayçal, qui a aussi dirigé les services de renseignements saoudiens. Un autre prince, le milliardaire Al-Walid ben Talal, lui avait confié la direction d'une grande chaîne panarabe d'information en continu, "Alarab". Mais ce projet, qui devait être lancé en 2015, n'a jamais vu le jour après une interdiction des autorités de Manama, proches de Riyad.
Le prince Al-Walid a lui-même été détenu entre novembre 2017 et janvier 2018 à l'hôtel Ritz-Carlton de Riyad avec des dizaines de personnalités accusées de "corruption".

Reporters sans frontières (RSF) a estimé dimanche que si les informations sur la mort de Jamal Khashoggi étaient confirmées, "cela constituerait une attaque horrible, totalement déplorable et absolument inacceptable contre la liberté de la presse". "Il s'agirait d'un crime d'Etat d'un autre temps", a affirmé sur Twitter le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire.

L'Arabie saoudite occupe la 169e place sur 180 au Classement mondial 2018 de la liberté de la presse établi par RSF.


Pour mémoire
L’ambassadeur saoudien convoqué par les autorités turques


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L’azuréen

Le pauvre! C’est pas en Turquie qu’il fallait s’exiler .

Sarkis Serge Tateossian

Classement RSF 2018 pour la liberté de la presse.

Arabie Saoudite : 169 ème
Turquie. : 157 ème
Sur 180 pays.

On sent la rivalité entre les deux pays ... Très presente pour être champion !

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