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L'affaire Khashoggi s'étend au monde des affaires

arabie saoudite

Une délégation saoudienne en Turquie pour des entretiens avec des responsables turcs dans le cadre de l'enquête.

OLJ/AFP
12/10/2018

L'affaire Khashoggi faisait vendredi des remous dans le monde des affaires, dont certains grands noms prennent leurs distances avec l'Arabie saoudite, au risque de compromettre les ambitieux projets économiques de son prince héritier.

L'éditorialiste critique du pouvoir saoudien et collaborateur du Washington Post n'a plus donné de signe de vie depuis son entrée le 2 octobre au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul. Des responsables turcs ont affirmé qu'il y avait été assassiné par des agents saoudiens. Riyad dément et maintient, sans preuve à l'appui, qu'il a quitté le bâtiment.

Vendredi, une délégation saoudienne est arrivée en Turquie pour des entretiens avec des responsables turcs dans le cadre de l'enquête, ont indiqué des sources officielles turques. Selon l'agence étatique Anadolu elle devait rencontrer des responsables turcs pendant le weekend. Ibrahim Kalin, porte-parole de la présidence turque, a annoncé jeudi soir la formation d'un "groupe de travail" turco-saoudien pour tenter d'élucider le mystère de la disparition du journaliste.

L'affaire risque de provoquer une crise diplomatique et fait craindre des répercussions économiques. Le milliardaire britannique Richard Branson, fondateur du groupe Virgin, a annoncé sa décision de geler plusieurs projets d'affaires avec le royaume, qui lui avait pourtant donné un poste de conseiller dans le tourisme et promis d'investir un milliard de dollars dans ses projets de tourisme spatial. "Si ce qui a été rapporté à propos de la disparition du journaliste Jamal Khashoggi est véridique, cela changerait radicalement les perspectives d'affaires de tous les Occidentaux vis-à-vis du gouvernement saoudien", a souligné M. Branson dans un communiqué publié jeudi soir.

Si les Etats-Unis, traditionnels alliés de Riyad, ont réclamé des explications à l'Arabie saoudite, le président Donald Trump a toutefois d'ores et déjà exclu un gel des ventes d'armes américaines en guise de sanctions. Les Saoudiens "dépensent 110 milliards de dollars en équipements militaires et sur des choses qui créent des emplois (...) dans ce pays. Je n'aime pas l'idée de mettre fin à un investissement de 110 milliards de dollars aux États-Unis" qu'ils risqueraient de "dépenser en Russie ou en Chine", a-t-il lancé depuis la Maison Blanche jeudi.


(Pour mémoire : MBS à Trump : "Nous avons payé" pour les armes américaines)


"Davos du désert"
Mais des grands noms de l'économie mondiale et des médias, censés participer à la deuxième édition du sommet "Future Investment Initiative", du 23 au 25 octobre à Riyad, ont commencé à prendre leurs distances.

Ce "Davos du désert", en référence à la réunion chaque année du gratin des affaires dans les Alpes suisses, sert de vitrine aux très ambitieux projets économiques du prince héritier Mohammad ben Salmane. Sauf que sa liste d'invités se réduit. New York Times, LA Times, Viacom ou The Economist: plusieurs médias partenaires ont annulé leur venue.

Et le patron d'Uber, Dara Khosrowshahi, n'ira pas à Riyad "à moins qu'une série de faits considérablement différents n'émerge" sur la disparition du journaliste saoudien, a-t-il dit à des journalistes, selon l'agence Bloomberg - elle même partenaire de l'événement. Le fonds souverain saoudien avait investi 3,5 milliards de dollars en 2016 dans la compagnie de VTC.

Le géant allemand Siemens, dont le patron Joe Kaeser est également invité au sommet, n'a pour l'instant pas annulé sa participation mais le groupe a fait savoir à l'AFP qu'il "surveillait la situation de près".

Sur son site internet, "Future Investment Initiative" annonce également la venue de la patronne du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde, du patron de la grande banque américaine JP Morgan, Jamie Dimon, ou encore du secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin, qui ne se sont jusqu'ici pas exprimés sur leur participation.


(Lire aussi : La presse saoudienne mobilise la géopolitique et la famille de Khashoggi)


Côté français, les dirigeants de BNP Paribas, Société Générale, Thales, EDF et AccorHotels, entre autres, sont annoncés.

"Je crains qu'une fois de plus il y ait quelques remous pendant quelques jours et que les choses rentrent dans l'ordre. Les investisseurs ont trop d'intérêts pour se fâcher avec les Saoudiens", estime auprès de l'AFP le directeur adjoint du think tank français Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), Didier Billion. "Je ne pense pas que beaucoup d'entreprises se feront carrément porter pâle. Ce qui peut se produire c'est que les entreprises seront représentées mais à un niveau moindre que leurs dirigeants centraux", poursuit-il.

L'ambiance s'est malgré tout rafraîchie depuis l'édition 2017 du "Davos du désert". L'Arabie Saoudite avait alors sorti le grand jeu, à coups de lions en hologrammes et de robots qui parlent, pour éblouir 3.500 chefs d'entreprise.

L'enjeu va bien au-delà du prestige : Mohammad ben Salmane, dit "MBS", a besoin d'embarquer les grands patrons et investisseurs mondiaux à bord de son pharaonique projet "Vision 2030", censé transformer le premier exportateur de pétrole mondial en géant du numérique et des services. Le fonds souverain saoudien multiplie pour ce faire les investissements dans différents secteurs d'activité comme les voitures électriques avec Lucid, un concurrent de Tesla, ou le tourisme spatial avec Virgin.

Pour financer le tout, l'Arabie saoudite compte mettre sur le marché 5% du géant pétrolier Aramco, ce qui pourrait rapporter pas moins de 100 milliards de dollars selon MBS. Un temps envisagée pour cette année, cette fusion monstre a finalement été repoussée à fin 2020, au plus tôt.

"L'image de MBS est en train de se modifier. Il était présenté comme un jeune réformateur mais les masques tombent. Ses projets ont un peu de plomb dans l'aile", conclut Didier Billion.


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L,INNOCENCE OU LE DOUTE DES FAITS A COUPS DE DOLLARS !

Fan Phare Rond

Le monde des requins .

Je ne croirai pas à une condamnation ferme et sans appel .

Le point

MBS trouvera bien un bouc émissaire à faire démissionner pour apaiser les partenaires économiques. Pour l'affaire de Saad Hariri il l'avait bien collé à un conseiller....

MBS ne peut pas se permettre de faire du "Davos du désert" un désert, bien que ça serait une bonne leçon pour lui, et pour ses semblables dans la région, qui simulent, "ya haram" une religiosité, ô combien trompeuse.

Le problème restera la disparation d'un homme, d'un destin.

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