L’ex-chef de la banque centrale libanaise Riad Salamé quittant son bureau le 31 juillet 2026, à la fin de son mandat de plusieurs décennies. Photo Mohammad Azakir/Archives Reuters
L’ex-gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé fait l’objet d’un nouveau mandat d’arrêt, dans l’affaire des opérations financières liées à Bank Audi, pour lesquelles il est poursuivi ainsi que l’ex-PDG de Bank Audi, Samir Hanna.
L’affaire porte notamment sur une opération remontant à 2010, au cours de laquelle une société offshore a acquis auprès d’EFG Hermes quelque 17 millions d’actions de Bank Audi pour environ 153 millions de dollars, avec un financement de la BDL. La même période est marquée par l’entrée des frères Nagib et Taha Mikati au capital de Bank Audi, dans le cadre d’une opération distincte, financée notamment par des crédits de la banque. La BDL reproche à Riad Salamé d’avoir utilisé des fonds de la banque centrale dans le cadre des opérations aujourd’hui examinées par la justice.
La plainte déposée en janvier par la BDL porte notamment sur des opérations dans lesquelles des titres auraient été souscrits par la banque centrale auprès de sociétés, avec des garanties constituées par des actions de Bank Audi. Ces opérations présumées auraient causé d’importantes pertes financières, des fonds de la banque centrale ayant été placés auprès de sociétés qui se seraient révélées par la suite fictives ou en difficulté financière.
C’est après plus de trois heures d’audition de M. Salamé que la juge d’instruction Shéhérazade Nasser a émis ce nouveau mandat d’arrêt à l’encontre de l’ancien gouverneur, d’après nos informations. Mme Nasser assure la permanence pendant les vacances judiciaires et remplace Roula Osman, première juge d’instruction à Beyrouth chargée de cette affaire.
Plus de trois heures d’interrogatoire
L’état de santé de Riad Salamé, actuellement hospitalisé à l’hôpital Dahr el-Bachek, n’était pas bon ce matin et ses médecins avaient refusé qu’il se rende à son interrogatoire au Palais de justice de Beyrouth. Mais c’est lui-même qui a insisté pour s’y rendre, selon une source proche du dossier. La juge Nasser a alors auditionné Riad Salamé de 11h30 à 15h, en présence de l’avocat de M. Salamé, Wassim Ghaoui, de celui de la BDL, Choucri Haddad, et de l’avocate représentant le département du contentieux de l’État, Bertha Naïm. Le département du contentieux s’est porté mercredi partie civile dans ce dossier.
Une autre source précise que les avocats de la BDL étaient présents mais que seul Riad Salamé a pu répondre aux questions lors de l’audience. À la fin de la séance, l’avocat de la BDL et Me Ghaoui ont pu poser des questions, adressées à la juge, afin que celle-ci les pose à son tour au prévenu.
Une audience devra être consacrée à Samir Hanna le 20 août dans cette même affaire. À l’issue de son interrogatoire, la juge d’instruction devra décider de la suite à donner au dossier et, notamment, de son éventuelle transmission au procureur général près la cour d’appel, qui devra déterminer s’il y a lieu d’engager des poursuites.
L’avocat de Riad Salamé compte faire appel de la décision de la juge Nasser et a vingt-quatre heures pour le faire devant la chambre d’accusation de Beyrouth, selon nos informations. Ce recours porte sur la décision de placer M. Salamé sous mandat d’arrêt et non, à ce stade, sur le fond des accusations portées contre lui. Dans le cas présent, la défense pourrait notamment contester la nécessité du mandat au regard de la situation de l’ancien gouverneur, qui est interdit de voyager et fait l’objet de mesures conservatoires sur ses avoirs, et n’exerce plus aucune fonction à la Banque du Liban.
Ce mandat est le quatrième du genre émis par un juge d’instruction libanais contre Riad Salamé depuis septembre 2024, après ceux de Bilal Halaoui dans l’affaire Optimum Invest, de Nicolas Mansour dans le dossier immobilier français et de Roula Sfeir à la suite de la plainte du déposant Talal Abou Ghazalé.



