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Société - Commentaire

Abolition de la peine de mort : le Liban qui ressemble au Liban...


Abolition de la peine de mort : le Liban qui ressemble au Liban...

Photo 1 : Une affiche en faveur de l'abolition de la peine de mort. Photo d'illustration Wolfram Steinberg/AFP/DPA

Depuis sa sépulture au Panthéon, Robert Badinter relève encore une fois le front et esquisse un sourire : 45 ans après sa réforme en France, l’ancien Garde des sceaux observe un tout petit pays, que l’on croyait pourtant perdu à jamais, décréter lui aussi que la justice, désormais, ne tuera plus…

S’il n’est pas, techniquement, le premier État membre de la Ligue arabe à avoir aboli la peine de mort – Djibouti l’avait précédé dès les années quatre-vingt-dix –, le Liban fait néanmoins figure, dans ce domaine, de précurseur au niveau de l’ensemble du monde arabo-musulman, un monde qui reste accroché, bien qu’à des degrés différents selon les pays, à une vision moyenâgeuse et vindicative de la justice et des rapports entre les humains. Mais ce n’est guère un apanage de cet espace-là, puisque certains États de la plus grande puissance mondiale, les États-Unis, partagent de nos jours encore cette vision.

En sautant le pas sur la peine capitale, le pays du Cèdre nous ressemble davantage, il renoue avec cette « certaine idée du Liban » que beaucoup d’entre nous continuent, malgré tout, à nourrir en eux. Surtout, il ressemble davantage à sa propre vocation. Celle, terriblement malmenée depuis des lustres, d’une terre d’ouverture, de dialogue, d’humanisme, de liberté et de paix.

Mais il demeure aussi le plus déroutant de tous les pays, car le jour même où les députés de la nation mettaient fin officiellement à la peine de mort, ils votaient par ailleurs une loi sur les médias un peu plus restrictive sur les libertés. On est certes toujours très loin en la matière de l’Iran ou de la Corée du Nord. Et, d’un autre côté, ce n’est sûrement pas l’unique contradiction libanaise, mais elle est tout de même de taille. Autre coïncidence historique à signaler en ce mardi 11 août, la condamnation à mort en Syrie de l’ancien dictateur Bachar el-Assad et de deux de ses proches.

Derrière la décision du Parlement libanais sur la peine capitale, il y avait naturellement des considérations d’ordre pragmatique, comme celle de ne plus être débouté pour les demandes d’extradition de suspects résidant dans des pays qui s’interdisent de renvoyer des personnes faisant l’objet de poursuites dans des affaires criminelles vers des États appliquant le châtiment suprême. Mais il y avait aussi un combat mené sans relâche par des personnes ayant cru dans cette cause, comme l’ancien ministre Ibrahim Najjar, vice-président de la Commission internationale pour l’abolition de la peine de mort, la militante Ougarit Younane et bien d’autres, sans oublier naturellement l’actuel ministre de la Justice, Adel Nassar.

Une pensée devrait aller aussi à la mémoire de l’ancien Premier ministre Salim Hoss. Ce dernier s’est souvent prêté à la critique lorsqu’il se montrait trop conciliant envers le tuteur syrien, mais comment ne pas souligner son courage lorsqu’il a refusé en l’an 2000 de contresigner les derniers ordres d’exécution de peines capitales, quelques années avant l’entrée en vigueur du moratoire sur la peine de mort (2004) sous la pression de l’Union européenne.

En 1978, trois ans avant la réforme de Robert Badinter, l’épiscopat de France publiait un texte devenu célèbre en faveur de l’abolition, défendant le « droit absolu à la vie ». Pour la première fois, le débat sur cette question ne coïncidait plus avec le clivage gauche-droite, pourtant très prégnant à l’époque. Toutes proportions gardées, c’est un peu la même chose qui s’est passée hier à la Chambre des députés libanaise, des parlementaires de tous bords se prononçant massivement pour la réforme. Cependant, la procédure de vote à main levée imposée par Nabih Berry ne permet pas toujours de distinguer clairement qui a voté quoi. Ce que l’on sait, c’est que le Hezbollah et le CPL (il fut un temps où ce dernier s’affublait du titre pompeux de « groupe du changement et de la réforme ») ont exprimé des réserves à propos du texte.

Bien des réformes à caractère sociétal sont encore attendues au Liban, à commencer par celle qui mettra fin à l’ignominie par laquelle on empêche encore les femmes, en violation claire de la Constitution, de transmettre la nationalité à leur conjoint étranger et à leurs enfants. Il n’en reste pas moins que pour un jour, pour une heure, le Liban est redevenu hier ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : un phare…


Depuis sa sépulture au Panthéon, Robert Badinter relève encore une fois le front et esquisse un sourire : 45 ans après sa réforme en France, l’ancien Garde des sceaux observe un tout petit pays, que l’on croyait pourtant perdu à jamais, décréter lui aussi que la justice, désormais, ne tuera plus…S’il n’est pas, techniquement, le premier État membre de la Ligue arabe à avoir aboli la peine de mort – Djibouti l’avait précédé dès les années quatre-vingt-dix –, le Liban fait néanmoins figure, dans ce domaine, de précurseur au niveau de l’ensemble du monde arabo-musulman, un monde qui reste accroché, bien qu’à des degrés différents selon les pays, à une vision moyenâgeuse et vindicative de la justice et des rapports entre les humains. Mais ce n’est guère un apanage de cet espace-là, puisque...
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