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Moyen Orient et Monde

Quand un opposant saoudien disparaissait à Beyrouth en 1979

Retour sur l'histoire
OLJ
08/10/2018

Le 17 décembre 1979, un opposant saoudien notoire disparaissait à Beyrouth dans des circonstances tout aussi rocambolesques que celles qui entourent l’affaire du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, porté disparu la semaine dernière après s’être rendu à l’intérieur du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul. Ce jour de décembre 1979, Nasser Saïd, farouche critique de la monarchie wahhabite, était enlevé par des inconnus. Il n’a plus jamais donné signe de vie.

Nasser Saïd dirigeait l’Union du peuple de la péninsule Arabique, qui appelait à l’instauration d’une république en Arabie saoudite. Pour son groupuscule, pas de doute : ce sont les autorités saoudiennes qui l’ont enlevé. L’opposant saoudien a été kidnappé en plein jour dans le quartier de Hamra, à Beyrouth-Ouest, alors sous le contrôle des forces palestino-progressistes. À l’époque, le Fateh de Yasser Arafat avait été pointé du doigt, certaines sources affirmant que l’organisation, et plus particulièrement un de ses chefs, Abou Zaïm (Atallah Atallah), avait organisé le rapt pour le compte de l’ambassade d’Arabie saoudite, en échange d’une somme conséquente. Abou Zaïm avait nié, par la suite, toute responsabilité.


(Lire aussi : Affaire Khashoggi : une potentielle bombe à fragmentation pour Riyad)


Selon son épouse interrogée dans le cadre d’un documentaire, Nasser Saïd, qui résidait à l’époque à Damas, s’était rendu à Beyrouth pour rencontrer un journaliste français ayant sollicité une interview. Le journaliste ne s’est jamais présenté au siège du journal as-Safir, à Hamra, où devait se dérouler l’entretien. Des proches de l’opposant saoudien avaient dès lors estimé qu’il s’agissait d’un guet-apens. Toujours selon son épouse, Saïd a été kidnappé par des inconnus alors qu’il marchait vers la rue Hamra, a été drogué et emmené vers l’Aéroport international de Beyrouth d’où il a été conduit à bord d’un avion saoudien vers le royaume.

L’ambassade saoudienne a démenti tout lien avec cette affaire, comme le rapportait quelques jours plus tard le journal Le Monde : « Le gouvernement du royaume d’Arabie saoudite déclare que l’information d’après laquelle le nommé Nasser Saïd aurait été enlevé à Beyrouth et ramené à Djeddah à bord d’un avion spécial est dénuée de tout fondement. »

Nasser Saïd avait toujours été un virulent critique des al-Saoud et jouissait du soutien du président égyptien Gamal Abdel Nasser qui encourageait tous les opposants au royaume. Auteur de nombreux livres, dont une Histoire des al-Saoud, Nasser Saïd est né en 1932 à Haqel, ville réfractaire à la monarchie car elle avait été naguère la capitale d’un puissant émirat contrôlé par la famille al-Rachid, rivale des al-Saoud, jusqu’à la création par ces derniers du royaume saoudien.L’analyste saoudienne Madawi al-Rachid, hostile à la monarchie, indique dans un documentaire qu’il a travaillé à la compagnie pétrolière Aramco où il a organisé la contestation ouvrière, ce qui lui a valu un séjour en prison. En 1956, ayant appris qu’il était recherché et condamné à mort, il s’est enfui en Égypte. Via les ondes de la radio Voix des Arabes au Caire, il critiquait régulièrement, dans une émission, la monarchie saoudienne. À la mort du président égyptien en 1970, il s’était installé à Damas mais se rendait fréquemment à Beyrouth.

Toujours selon l’analyste, Nasser Saïd avait justifié la prise, en novembre 1979, de la grande mosquée de La Mecque, estimant qu’il s’agissait là d’une manifestation du mécontentement populaire contre les al-Saoud, alors qu’il était idéologiquement très éloigné du fondamentaliste Jouhaiman al-Oteibi qui avait dirigé cette attaque (finalement mise en échec avec l’aide du GIGN français). Ce qui pourrait expliquer pourquoi le royaume aurait pu vouloir le faire taire.


Rq : cet article a été corrigé le 8 octobre 2018 à 14h. En raison d'une erreur d'inattention, nous avions situé la disparition de Nasser Saïd en 1977, alors qu'elle a eu lieu en 1979. Veuillez nous excuser pour cette coquille.


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Il reste à corriger la date sous la photo. Excellent article qui montre comment les braves palestiniens combattaient farouchement Israël depuis Hamra. Bien courageux de votre part de revenir sur ce type de faits historiques qui concerne un pays ami du Liban. Merci

PAUL TRONC

Article sans aucun intérêt, juste bon à SERVIR de pare-feu 41 ans après , au dégagement pressenti des bensaouds par leurs employeurs.

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