Alors que les négociations de Rome semblent piétiner, des propositions auraient été faites au Hezbollah pour régler définitivement la question de ses armes. Le sujet est d’ailleurs primordial, à l'heure où les Israéliens lient leur retrait total du Liban au désarmement du parti. Pour certains, il ne s’agit que d’un prétexte, mais pour d’autres, c’est par là qu’il faudrait commencer. C’est donc justement pour surmonter cet écueil de taille qui plane sur l’ensemble du processus de négociations directes sous le parrainage de Washington que des tiers ont entrepris des discussions discrètes pour tenter de convaincre le Hezbollah de renoncer à ses armes.
À ce sujet, deux approches sont en concurrence : selon la première, le désarmement du Hezbollah est une affaire interne libanaise et ne peut se faire que par un coup de force de l’armée libanaise. Mais ce scénario dépend essentiellement de l’armée qui, jusqu’à présent, affirme qu’elle n’a nullement l’intention d’entrer en conflit avec le Hezbollah. Ce qui ouvre la voie à la seconde approche. Celle-ci mise sur un processus de longue haleine pour rétablir la confiance entre l’État libanais et le Hezbollah, lequel serait ainsi plus apte à déposer les armes, ainsi que sur des concessions qui seraient accordées au parti et à sa communauté.
Des sources diplomatiques révèlent que les deux parties les plus actives dans ce contexte sont l’Égypte et le Qatar, qui ont, lors de réunions discrètes, soit au Liban, soit à Doha, formulé des propositions concrètes au Hezbollah. Les Égyptiens, et en particulier leur chef des renseignements, le général Hassan Rachad, qui suit de près le dossier libanais, ont proposé un processus progressif, qui s’étale sur plusieurs années (entre 3 et 6 ans) et repose sur l’idée d’encadrer les armes du Hezbollah. Celles-ci ne seraient ainsi pas détruites, mais placées sous le contrôle de l’armée, tout en préservant le droit de les utiliser en cas d’attaque israélienne contre le Liban. De leur côté, les Qataris ont proposé une solution plus radicale, reposant sur un nouveau grand compromis politique au Liban, dans le cadre duquel le Hezbollah renoncerait à ses armes moyennant un rééquilibrage des pouvoirs au sein du système politique, au profit de la communauté chiite. Une sorte de « Doha 2 », en référence à la conférence qui s’est tenue le 21 mai 2008 dans la capitale qatarie et a abouti à un rééquilibrage des pouvoirs au Liban et à l’élection du général Michel Sleiman à la présidence de la République.
Selon des sources du Hezbollah, parmi les « appâts » proposés à ce dernier, il y aurait le fait qu’il pourra choisir lui-même le commandant en chef de l’armée, lequel est, selon la Constitution, de confession maronite et généralement considéré comme relevant du giron du chef de l’État. Cette proposition serait destinée à calmer d’éventuelles inquiétudes au sein de la communauté chiite au sujet de l’armée libanaise qui devrait avoir le rôle principal dans le désarmement du Hezbollah. Cette idée rappelle ce qui avait été proposé à la communauté chiite lors des négociations pour mettre fin à la guerre civile et qui consistait à créer un poste de vice-président de la République qui lui serait attribué. Une autre idée a également été lancée, qui consiste à créer une brigade spéciale au sein de la troupe, une sorte de « gardes-frontières », intégrant les combattants du Hezbollah, ou du moins une partie d’entre eux. Cette idée n’est pas bien accueillie par de nombreuses parties, dont le Hezbollah, car elle demeure difficile à mettre en œuvre.
De son côté, le parti chiite prend au sérieux toutes ces propositions, qui sont soigneusement étudiées dans le cadre des réunions de ses commissions spécialisées. À ce stade, il n’en rejette aucune, mais en même temps, il n’en privilégie aucune. Il se contente de dire publiquement que, pour lui, ce qui compte, c’est d’obtenir un retrait israélien total. Après cela, toutes les questions politiques et autres pourraient être réglées dans le cadre d’un dialogue interne. Lorsqu’on le presse de donner une position concrète, le parti choisit de rester dans le vague en déclarant qu’il préfère que le prix de ses armes soit un acquis « pour tout le Liban ». De plus, en parlant précisément des propositions concrètes formulées, le Hezbollah constate qu’elles portent sur des acquis accordés depuis des décennies à la communauté chrétienne. C’est donc un peu comme si, à travers ces propositions, l’on cherchait à créer un conflit entre les chiites et les chrétiens. Il répète, dans ses cercles privés comme publics, que sa priorité reste la préservation de la paix civile interne. Il affirme ainsi ne pas vouloir offrir le cadeau des conflits internes aux Israéliens, qui font tout pour qu’ils aient lieu. De toute façon, pour lui, ces propositions sont prématurées. Pour l’instant, son intérêt se concentre sur la situation sur le terrain, notamment sur la colline Ali Taher qui reste une position stratégique que les Israéliens veulent à tout prix contrôler afin de consolider leur emprise sur la zone située au-delà de la ligne jaune.

