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Liban

TSL : Wissam el-Hassan dans le collimateur de la défense

Assassinat de Rafic Hariri
19/09/2018

Les audiences finales pour les arguments des conseils de la défense se sont poursuivies hier devant le Tribunal spécial pour le Liban (TSL), à La Haye. Après les conseils de Salim Ayyache la veille, les conseils de Hassan Merhi ont pris la relève. Sur les quatre accusés dans l’affaire de l’assassinat, en 2005, de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri – Ayyache, Merhi, Hussein Oneissi et Assad Sabra, tous membres présumés du Hezbollah – Ayyache et Merhi sont les seuls à être poursuivis pour planification du complot. Selon la thèse du procureur, ce sont les seuls à avoir eu chacun des interactions téléphoniques directes avec Moustapha Badreddine (ex-accusé tué en Syrie), « cerveau de l’opération », à travers le réseau téléphonique dit vert, que le procureur a attribué au Hezbollah dans son mémoire en clôture. L’accusation fonde cette attribution sur une conférence de presse exceptionnelle du secrétaire général du parti pro-iranien, Hassan Nasrallah, en 2010. À une question d’un journaliste d’al-Akhbar (média proche du parti), le leader chiite avait confirmé avoir transmis à Wissam el-Hassan, alors directeur des renseignements des Forces de sécurité intérieure (FSI), des informations relatives à des téléphones du Mossad qu’un « réseau du Hezbollah » surveillait – des informations censées aider l’enquête sur l’assassinat de Hariri sous l’angle d’une implication présumée d’Israël. Ces informations sont confirmées dans le réquisitoire : le réseau, qui traquait prétendûment le Mossad, n’était autre que le réseau vert identifié par les enquêteurs. Toutefois, sa colocalisation géographique (ou positionnement coïncidant) avec les lignes du Mossad n’est repérée que très ponctuellement sur la route de Zouk Mosbeh. Le reste du temps, les lignes du Mossad n’accrochaient pas le réseau de couverture du réseau vert, lequel avait donc pour rôle non pas de traquer le Mossad mais de surveiller Rafic Hariri sur son chemin vers Faqra, qui passe par Zouk Mosbeh.

La défense de Ayyache s’est employée la veille à contester la lecture que l’accusation fait des propos de Hassan Nasrallah pour attribuer le réseau vert au Hezbollah. Virant carrément au politique, la défense avait mis en garde contre toute accusation de terrorisme contre le parti chiite.

La défense de Merhi, elle, s’avère moins agressive sur la forme. Son mémoire en clôture rejette l’appartenance du réseau vert au Hezbollah pour deux raisons : nulle part dans la retranscription de la conférence de presse, Hassan Nasrallah n’admet que le réseau est celui du Hezbollah ; en outre, l’interview menée sur ce point par le procureur avec Wissam el-Hassan (alors responsable de la sécurité de Rafic Hariri, puis assassiné en 2012 alors qu’il était chef des services de renseignements des FSI) ne serait pas fiable.


(Lire aussi : Au TSL, la défense de Ayache se fait l’avocat du Hezbollah)


Alibi suspect
Alors que le principal conseil de la défense de Merhi, l’avocat tunisien Mohammad Aouini, confie à L’Orient-Le Jour son souci de « rester dans le juridique », la plaidoirie s’ouvre pourtant sur « l’ambigüité » de Wissam el-Hassan.

Chargé de la sécurité de Rafic Hariri, il s’était absenté de son travail le jour de l’assassinat de l’ancien Premier ministre. Une absence qui aurait éveillé les soupçons des enquêteurs, d’autant plus que « son alibi (un examen qu’il devait passer ce jour-là à l’université) n’a jamais pu être vérifié », relève la défense. « Il avait donc intérêt à donner certaines pistes d’enquête pour ne pas devenir lui-même suspect », estime la défense. Pour rappel, la chambre avait donné suite, dans un jugement du 20 octobre 2017, à la demande des conseils de Sabra d’obtenir les éléments de preuve relatifs à l’interview menée par le procureur avec Wissam el-Hassan. Dans sa réponse, l’accusation avait rapporté l’intérêt des conseils de Sabra (non exprimé en tant que tel par les conseils de Merhi) : le rôle de Wissam el-Hassan dans l’enquête menée par la commission des Nations unies, qui avait permis notamment de construire le dossier des données téléphoniques. On pourrait s’attendre à ce que la défense de Sabra rebondisse sur ce point.

En outre, toujours sans faire mention du Hezbollah, l’équipe de Merhi défend l’absence de lien matériel entre le réseau vert (ou d’autres) et l’un des trois téléphones attribués à Merhi. La défense tend à décrire l’accusé comme un électron libre associé artificiellement aux autres réseaux.

À titre d’exemple, l’accusation attribue le vert 071 à Merhi du 24 septembre 2004 au 7 février 2005, en se basant sur un changement d’utilisateur le 24 septembre 2004 (date d’acquisition « frauduleuse » de la ligne avec « souci de camoufler l’identité de l’acheteur »), survenu après une période d’inactivité d’une durée de trois jours. Après son activation, le vert 071 a communiqué exclusivement avec le vert 023, à l’exception de deux appels, explique l’accusation.

Pour la défense de Merhi, « le procureur n’a pas éliminé la possibilité que l’utilisateur du vert 071 n’ait pas eu d’autre téléphone en sa possession ». C’est une piste qu’il aurait fallu explorer pour éliminer tout doute sur cette attribution, selon la défense.


(Lire aussi : TSL : pour la défense, accuser le Hezbollah de terrorisme équivaudrait à accuser de Gaulle ou Aoun de terrorisme)


La question-clé de David Re
Le principal point de divergence entre l’accusation et l’ensemble des conseils de la défense porte sur la démarche : la première estime que les données téléphoniques doivent être lues comme un tout, une association non tributaire du hasard, alors que la défense tend à évaluer chaque preuve isolément (que vaudrait par exemple le contenu d’un sms ou une colocalisation de téléphones, s’interroge-t-elle).

D’où l’importance d’une question du président de la Chambre, le juge David Re, à laquelle les conseils de la défense et l’accusation doivent encore répondre : la chambre peut-elle arriver à des conclusions factuelles sur base des preuves téléphoniques soumises par l’accusation, que ces conclusions soient d’acquitter ou de condamner les accusés ? La première réponse a été donnée hier par le représentant des intérêts des victimes, l’avocat Peter Haynes : « Les conclusions peuvent et doivent être obtenues sur cette base, en vue de faciliter d’autres procès mettant en cause d’autres accusés pour l’assassinat de Rafic Hariri ou portant sur d’autres assassinats connexes. » Cette remarque inédite de l’avocat serait-elle prémonitoire ?


Abou Adass à bord du camion piégé ?
En dehors des données téléphoniques, la défense de Merhi s’attarde sur une piste « non explorée » par le procureur : la possibilité qu’Ahmad Abou Adass, le jeune homme que Oneissi aurait « enlevé » sur ordre de Merhi pour filmer la vidéo de « la fausse revendication » de l’attentat, ait été à bord du camion piégé avec le kamikaze. Les dégâts subis par la scène du crime n’ont permis le prélèvement que d’échantillons minimes attribués à un corps non identifié – et non conforme à l’ADN familial de Abou Adass – qui serait celui du kamikaze. Mais la défense de Merhi estime que des restes humains d’Abou Adass auraient pu être identifiés, n’était la pollution de la scène du crime.


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Le Faucon Pèlerin

Ya achraf en-nass, relisez le conte "Le petit chaperon rouge" avec toute la gentillesse et la douceur du loup.

Bustros Mitri

Faisceau, faisceau d' indices convergents,concordants...quand tu nous tiens...
Ce qui est sur en tous cas, c' est que ce ne sont pas les italiens ou le Vatican qui sont derrière...En tous cas pas pour l' instant.. Lol.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TRES ENCHEVETRE ! JUGER SUR LES TELEPHONES UNIQUEMENT N,EST PAS POSSIBLE A MOINS QUE LES JUGES S,APPUIENT SUR LES CIRCONSTANCES ATTENUANTES ET PRONONCENT LEUR VERDICT !

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