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Liban

TSL : Pour le principal avocat des victimes, le Hezbollah était « la main » de Damas au Liban

Assassinat de Rafic Hariri

Les représentants légaux des victimes réclament de connaître la vérité, même si cela pourrait provoquer « des troubles ».


15/09/2018

Les représentants légaux des victimes, partie indépendante au procès de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, ont axé hier leur plaidoirie finale devant le Tribunal spécial pour le Liban (TSL) sur l’impératif que le jugement dise toute la vérité sur un « acte terroriste » ayant ravagé des vies – et dise cette vérité pour honorer « la mémoire d’un pays » – expression utilisée dans le réquisitoire, à l’ouverture des audiences mardi dernier.

L’entière vérité est celle qui se trouverait en adéquation avec la thèse du procureur, en l’occurrence la qualification de l’attentat du 14 février 2005 d’acte terroriste, avec une implication du Hezbollah et du régime syrien.

Ouvrant la plaidoirie, Peter Haynes, principal représentant légal des victimes, endosse en l’étayant la thèse du contexte politique comme cause directe de l’attentat : les pièces à conviction établissent le lien entre les accusés, Moustafa Badreddine (ancien accusé tué en Syrie, cerveau de l’opération, selon l’accusation) et son engagement connu au sein du Hezbollah. Selon l’avocat, le Hezbollah était « la main » de Damas au Liban. Aussi, la Syrie avait peut-être une contribution indirecte dans l’exécution matérielle de l’attentat, mais le commandement opérationnel était celui du Hezbollah, poursuit-il, en faisant remarquer que même la défense avait reconnu que les relations entre le Hezbollah et Rafic Hariri n’étaient pas toujours au beau fixe. Pourquoi l’organisation chiite chercherait-elle à l’assassiner ? Par anticipation des législatives de 2005 que l’ancien Premier ministre s’apprêtait à rafler, donnant le coup d’envoi à une opposition nationale contre Damas.


(Lire aussi : « Nous avons senti que nous avons, enfin, une valeur humaine », disent des victimes, au TSL)


L’une des questions posées par la chambre aux représentants légaux des victimes a porté sur l’intérêt qu’ils ont de dire que l’assassinat est « l’œuvre d’une organisation politique », sachant que celle-ci n’a pas fait l’objet d’une inculpation. La réponse de David Haynes est claire : le crime « découle du fait que les accusés sont membres de cette organisation ». Quel que soit le jugement, il doit prendre en compte ces circonstances, ajoute-t-il.

C’est pourquoi l’avocate Nada Abdel Sater, représentante légale des victimes, appelle à cerner l’objectif du crime indépendamment de son exécution. Or, le réquisitoire a consacré un volet à ce contexte, sous l’angle d’une implication du Hezbollah et de Damas dans le crime. Un jugement qui omet d’examiner ce volet serait incomplet pour les victimes. « Que vous infirmiez ou confirmiez (NDLR : la piste du Hezbollah et de Damas), votre jugement ne peut voir le jour sans que toute la vérité ne voit le jour », dit-elle. Autrement dit, les victimes attendent de la chambre qu’elle élucide la question du Hezbollah, quel qu’en soit son constat final. « L’intérêt des victimes va au-delà de la condamnation d’un accusé. Elles attendent que vous leur disiez qui se trouve derrière l’attentat », souligne-t-elle. Contourner cette question ôterait au jugement « la moitié de sa force ». Consciente de la sensibilité politique de la question, elle estime qu’une telle sensibilité, si elle justifie des « demi-vérités » au Liban, ne devrait en revanche avoir aucune incidence sur les juges du TSL.


(Lire aussi : TSL : Les mouvements des téléphones, preuve supplémentaire de l’implication du Hezbollah, selon l’accusation)


Pas de « demi-vérités »
« Au Liban, nous avons assez des demi-vérités », dit-elle. « La vérité fait trembler les criminels (qui se cachent, mais suivent de près le tribunal) », et c’est cette vérité « sans modération » (entendre sans compromis) que requièrent les victimes. Certes, « connaître la vérité pourrait provoquer des troubles (…) mais le rôle du tribunal est de révéler la vérité impartiale sans considérer les conséquences politiques de cette vérité ». Faire un « compromis entre la paix et la justice » est une position « politique absurde ». « La paix imposée n’est que terrorisme », prolongeant le crime commis. C’est ainsi que l’avocate leur demande, en leur qualité « d’apôtres de la justice », de prononcer un jugement qui exprime toute la vérité, et fait le choix haut en symbole de citer un texte de droit libanais.

Pour les victimes interviewées hier (voir par ailleurs), seul le prononcé du jugement mettrait fin au « crime qui se poursuit ».


(Lire aussi : Saad Hariri et Hariri Saad, l'éditorial de Issa Goraieb)


Les représentants des victimes mettent en valeur les histoires personnelles des 21 morts (outre Rafic Hariri) et plus de deux cents blessés. Peter Haynes a ainsi passé en revue l’histoire de certaines victimes, « image par image », le récit d’espoirs « éteints », ceux d’une « génération », qu’un verdict est à même de ressusciter. On peut y voir aussi une métaphore avec le pays. D’ailleurs, l’avocat Mohammad Matar appelle à considérer les victimes comme on considère le peuple libanais dans son ensemble. « La vérité est ce que le peuple libanais a réclamé » lors de l’intifada de l’indépendance, souligne-t-il. « Les victimes considèrent que la promesse de justice est incontournable sur le chemin de la stabilité » et le jugement, condition sine qua non, pour instaurer une bonne gouvernance au Liban. La vérité est ainsi vouée à libérer les Libanais, selon les représentants des victimes.

Le caractère terroriste de l’attentat défendu par l’accusation (le TSL est la première juridiction pénale internationale à plancher sur un crime de terrorisme) devrait aggraver la peine. Mais la chambre est aussi invitée à « tirer les conclusions sur les défaillances des autorités libanaises », « sources de souffrances additionnelles » (dégradation des preuves sur la scène de crime, omission de rechercher toutes les victimes dont un jeune homme mort asphyxié sous les débris de l’explosion, cinq heures après l’attentat). Des défaillances, « sources de souffrances additionnelles » pour les victimes, souligne l’avocat.


Lire aussi
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Tony BASSILA

Il ne fait plus aucun doute que des agents du Hezbollah commandités par le régime syrien dirigé par Bashar el-Assad, avaient commis ce crime odieux en 2005.
Faudra voir comment le Premier Ministre Saad Hariri va réagir et se comporter vis-à-vis des ministres du futur gouvernement issus du Hezbollah, une fois le verdict du TSL tombé dans quelques semaines sans doute.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TOUS NOUS NOUS SOUVENONS DES INTERVIEWS DU HEZBOLLAH POUR DEMONTRER QUE LES TELEPHONES DE SES PARTISANS ONT ETE UTILISES A LEUR INSU PAR DES AGENTS ISRAELIENS... MAINTENANT IL ADMET QUE SES GENS SUIVAIENT LES DEPLACEMENTS DE RAFIC HARIRI POUR SURVEILLER UN ISRAELIEN QUI PRATIQUAIT LES MEMES TRAJETS...
DE LA A FAIRE GOBER CES INEPTIES AUX LIBANAIS...

Le Faucon Pèlerin

"Le loup campe bel et bien au Liban". Il a placé le renard à la tête du poulailler pour "garder" les coqs, poules et poussins.

Gebran Eid

UN SECERT DE POLICHINELLE. QUI EST DERRIÈRE CET ATTENTAT. TOUT LE MONDE LE SAIT, SAUF LES GENS QUI NE VOULAIENT PAS LE SAVOIR.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

BABA YAMOO KHATTAT... BABY YAMOO NAFFAZ !

Tabet Ibrahim

Je salue le courage de Nada Abdel Sater qui demande au tribunal international de designer clairement les responsables de l'assassinat de Rafic Hariri et de ne pas prononcer des demi-vérité pas crainte des repercussions politiques

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